L’Église
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À Paris

« Le christianisme est né en Orient »

Jusqu’au 14 janvier 2018, l’Institut du monde arabe (IMA) organise, en partenariat avec l’Œuvre d’Orient, une exposition autour du thème Chrétiens d’Orient. Deux mille ans d’histoire. Élodie Bouffard, commissaire de l’exposition, présente ce projet inédit et déjà très bien accueilli par le grand public.

Paris Notre-Dame – Pourquoi organiser, aujourd’hui, à l’IMA, une exposition sur les chrétiens d’Orient ?

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Roger Anis, Blessed Marriage (Égypte, Le Caire).
© Roger Anis

Élodie Bouffard – Cela fait un moment que nous réfléchissions à cette exposition. Mais nous ne trouvions pas l’axe d’approche. Nous avons déjà parlé du christianisme oriental par petites touches à travers une exposition sur les coptes, sur les icônes arabes, sur le Liban. Nous avons alors commencé à mener une grande réflexion sur la spiritualité. Nous avons monté, en 2013, l’exposition sur le Hajj, le pèlerinage à la Mecque. Cela a été un franc succès. Le public était extrêmement varié. Un dialogue s’établissait entre les visiteurs de différentes confessions au sein même de l’exposition. Certains, catholiques, nous ont remerciés pour notre démarche pédagogique. Nous avons alors pris conscience que l’IMA, institut laïc et donc dégagé d’un poids « confessionnel », pouvait remplir une mission : celle de présenter les religions du monde arabe, leur diversité, leur expression, pour mieux les comprendre. Avec les événements actuels, on a, je crois, oublié qu’on pouvait parler de religion dans ces territoires, sans casser l’omerta laïque. Pourtant, cela peut participer à une réconciliation. La semaine dernière, je recevais une princesse jordanienne. Elle m’a remerciée pour l’exposition. Et m’a soufflé : « Quand je vois où nous en sommes arrivés aujourd’hui, c’est à pleurer. »

P. N.-D. – Pourquoi se concentrer sur les communautés chrétiennes, minoritaires actuellement au Proche et Moyen-Orient ?

É. B. – Nous n’avons pas réécrit l’histoire. Nous avons juste voulu dire ce qui s’est passé. À savoir que le christianisme est né en Orient et que les communautés chrétiennes ont contribué à la construction du monde arabe actuel. Elles ont été puissantes, ont joué un rôle important : celui de passeur de culture, de techniques, de richesses artistiques…

P. N.-D. – Votre exposition montre l’existence ancienne du dialogue entre chrétiens et musulmans au Proche et Moyen-Orient. Y a-t-il une visée politique ? Celle de montrer que ce dialogue reste possible ?

É. B. – Les objets d’art, par essence, témoignent davantage des influences réciproques que des moments de crise. Mais il est vrai que nous avons voulu montrer que la coexistence s’est, pendant longtemps, bien passée. Les populations ont souvent développé davantage de ressources pour vivre ensemble que ce qu’une dimension strictement politique pourrait laisser entendre. Nous avons désiré contrebalancer le regard que notre public peut porter sur la situation contemporaine pour regarder l’histoire dans son ensemble. Là réside peut-être la dimension politique de notre exposition. Le monde arabe s’est construit avec les chrétiens. Il doit s’envisager, dans l’avenir, avec eux. L’exposition se finit d’ailleurs sur ces visages de ces chrétiens qui ont choisi de rester. C’était notre volonté : pour que l’histoire continue à s’écrire avec eux. Le territoire proche et moyen-oriental est un pont entre l’Orient et l’Occident. C’est le berceau des plus grandes civilisations, l’endroit où elles se sont rencontrées. Nous ne pouvons pas l’en¬lever de sa substance multiculturelle. Nous y perdrions tous quelque chose.

Propos recueillis par Isabelle Demangeat

Infos
L’exposition se tient jusqu’au 14 janvier à l’IMA, 1, rue des Fossés-Saint- Bernard, 5e. Tarifs : 12€ (plein) ; 10€ (réduit). Des colloques, conférences, projections de films, actions éducatives, etc., sont organisés en parallèle.
www.imarabe.org ; 01 40 51 38 38.

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