Le « début d’une nouvelle ère » entre l’Église et l’État

Invité par la Conférence des évêques de France, le chef de l’État, Emmanuel Macron, a été reçu, lundi 9 avril, en présence de près de 400 invités, au Collège des Bernardins. Dans un discours dense et de haute-volée, il a souhaité vouloir « réparer » le lien entre l’Église et l’État.

JPEG - 504 ko
À l’issue de son discours, Emmanuel Macron a salué les personnes en situation de fragilité ayant témoigné. Ici, Samuel, atteint d’autisme, accompagné de son frère.
© Corinne Simon/CIRIC

Il a ému tout le monde par son témoignage humble et édifiant. Ouvrant, lundi 9 avril, la rencontre inédite au Collège des Bernardins entre la Conférence des évêques de France (CEF) et le président de la République Emmanuel Macron, Samuel, trentenaire atteint d’autisme, vivant dans un foyer de l’Arche, a livré, sans ambages, la violence de son quotidien. « J’ai accepté mon handicap mais j’ai dû me battre, souffle-t-il ainsi d’une voix hachée. Des gens ont peur ou sont indifférents », ajoute-t-il en laissant échapper quelques sanglots. Le réconfortant, son frère, à ses côtés, le remercie de l’avoir « aidé à devenir ce qu’(il) est ». « Tu es ma fierté, ma joie, mon rocher », confie-t-il en spécifiant qu’« il est temps pour notre pays de donner aux personnes handicapées leur juste place ».

De la nécessité de défendre les plus fragiles

Une idée que Mgr Georges Pontier développera un peu plus tard dans un discours incisif et engagé [1]. « La grandeur d’une société se mesure à sa capacité à entourer les plus fragiles de ses membres. Et c’est à cela qu’on peut la qualifier de plus ou moins humaine », rappelle ainsi le président de la CEF et archevêque de Marseille (Bouches-du-Rhône) en abordant les sujets brûlants de la révision des lois de bioéthique et de l’accueil des migrants.

Face à ces questions emblématiques d’une certaine divergence d’idées entre le gouvernement actuel et l’Église, Emmanuel Macron a confié « entendre » la parole catholique. Mais il a précisé que celle-ci doit se garder d’être « injonctive » et tendre plutôt vers le questionnement. Piochant dans le vocabulaire ecclésial, le chef de l’État, dans une allocution dense et de haute-volée, a invité les catholiques à trois dons. Celui de la sagesse, de l’engagement, social mais aussi politique, et de la liberté. « Ne restez pas au seuil, ne renoncez pas à la République, ne renoncez pas à l’Europe », a-t-il ainsi martelé en précisant : « La voix de l’Église se fait à la fois conservatrice et révolutionnaire, et c’est ce qui fait sa force : une grande liberté par rapport au monde ! » Et d’ajouter : « Le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé et il nous importe de le réparer ».

« Ce discours est une invitation à dire ce que nous pensons, nous, catholiques, sans nous décourager de ne pas être écoutés, a réagi, à l’issue de la soirée, Sr Magali Raoul, de la Communauté du Chemin Neuf. Le président de la République considère l’Église comme du poil à gratter : c’est une bonne chose ! » « Il a redéfini le rôle de chacun, Église et État, remarque le P. Brice de Malherbe, « référent-bioéthique » du diocèse de Paris. En spécifiant que nous avancerons ainsi, “cahin-caha”. » « C’est le début d’une nouvelle ère dans le dialogue entre l’Église et l’État, s’anime Benjamin Pouzin, membre-fondateur du groupe de musique chrétienne Glorious. Mais nous ne sommes pas naïfs. » « Nous attendons de voir ce qui va découler concrètement de cette soirée, précise Étienne Villemain, co-fondateur de l’Association pour l’amitié (APA). Il nous reste maintenant à prier l’Esprit Saint pour qu’il touche le cœur de notre président », a-t-il ajouté en annonçant avoir invité ce dernier à venir, avec son épouse, dîner dans une colocation solidaire. Emmanuel Macron aurait accepté. Il est déjà attendu.

Isabelle Demangeat

[1L’intégralité du discours est disponible sur eglise.catholique.fr

Articles

Horaire de messes
Faire un don
Trouver ma paroisse