Le défi du lien dans une « société liquide »

Au sein du Collège des Bernardins, l’Observatoire de la Modernité lance un cycle de conférences sur le thème Recréer du lien dans une « société liquide ». Un concept qui a vu naissance dans les années 1990, et que Louis Manaranche, responsable de l’Observatoire et professeur agrégé d’histoire-géographie au collège Stanislas, nous explique.

Paris Notre-Dame – Qu’est-ce qu’une « société liquide » ?

JPEG - 88.9 ko
Louis Manaranche, professeur agrégé d’histoire-géographie au collège Stanislas, préfet des classes préparatoires commerciales et littéraires, et responsable de l’Observatoire de la Modernité.
© Priscilia de Selve

Louis Manaranche – C’est un concept développé par Zygmunt Bauman, dans les années 1990. Né en Pologne (en 1925) et citoyen britannique, ce philosophe et sociologue a grandi dans une société dominée par le totalitarisme, avant d’être imprégné par la société libérale. Il a donc travaillé sur la place de l’État dans les sociétés modernes et post-modernes. Selon lui, dans notre monde ultra contemporain, l’équation sécurité-liberté a basculé du côté de la liberté. Les institutions qui constituaient le cadre de la société – les États, les partis, les Églises, et même la famille –, tout ce qui structurait l’individu et lui permettait de s’insérer dans un faisceau de communautés a été dilué, voir supprimé, au profit de la liberté individuelle.
Ce qui prime désormais, c’est un rapport liquide au lien, jamais solide, ni définitif. Et la forme ordinaire des liens, c’est le réseau. Or un réseau, par nature, se constitue et se remodèle. Il y a donc ici l’idée d’une mutabilité constante. Si, dans ce système, la liberté individuelle est très honorée, en revanche le lien en ce qu’il suppose de sécurité concrète, psychologique, spirituelle, affective, est délié. Ce que nous tenterons d’explorer lors de ces conférences, c’est la manière dont cette « société liquide » peut, malgré cela, recréer du lien, sans pour autant revenir à des formes antérieures, ce qui semble vain.

P. N.-D. – Quels sont les atouts et les inconvénients de cette « société liquide » ?

L. M. – Le premier des atouts, c’est qu’il n’y a plus de carcan. On peut, aujourd’hui, se recomposer des structures amicales hors de sa communauté de naissance, s’émanciper du poids des traditions familiales, considérer de façon plus détachée le cadre politique, et envisager le monde dans sa globalité. On le voit, par exemple, pour la mobilité professionnelle, qui est un atout, et offre la possibilité de changer de vie. Le côté négatif, c’est tout simplement qu’il y a beaucoup moins de permanence, et que même pour des structures fondamentales comme la famille, cette liquéfaction de la société fragilise les liens et les remet constamment en question.

P. N.-D. – Vous avez choisi comme intervenants des urbanistes, des médecins, des théologiens, des intellectuels… Dans quel but ?

L. M. – L’idée est de montrer comment la fragilisation du lien est un constat global, qui ne réside pas dans un seul domaine en particulier. Ce n’est pas la famille qui est en crise, ni le lien politique, c’est la structure même du lien qui est fragilisée. Nous allons donc explorer, domaine par domaine, comment des penseurs posent aujourd’hui un diagnostic et proposent des réponses, en mettant l’accent sur la façon dont ces domaines interagissent entre eux.

Propos recueillis par Priscilia de Selve

PRATIQUE

  • Un lundi par mois.
  • Prochaine conférence le 5 novembre à 20h : L’écologie peut-elle être à la racine de nouveaux liens ? Avec Gaultier Bès, professeur agrégé de lettres modernes et directeur-adjoint de la revue Limite, et le P. Frédéric Louzeau, directeur du Pôle de recherche du Collège des Bernardins et professeur de théologie à la Faculté Notre-Dame.
  • Tarif : 6 euros.
  • Prochaines dates et thèmes : collegedesbernardins.fr/recherche/ lobservatoire-de-la-modernite
    Collège des Bernardins, 20 rue de Poissy, 5e.

Articles

Horaire de messes
Faire un don
Trouver ma paroisse