Le foot, avec tempérance

Le P. Bertrand Cherrier, curé de St-Gabriel (20e), est un ancien footballeur. Il nous livre quelques réflexions sur les vertus chrétiennes du sport à l’occasion de la Coupe du monde de football, dont le coup d’envoi est donné le jeudi 14 juin.

Paris Notre-Dame – L’Église doit-elle s’intéresser au Mondial de football qui représente un événement sportif et festif, mais aussi certaines dérives propres au sport professionnel ?

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Le P. Bertrand Cherrier, ancien footballeur et curé de St-Gabriel (20e), est frère de la Congrégation des Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie (Picpus).
© Laurence Faure

P. Bertrand Cherrier – Tout événement social et populaire, qui rassemble des femmes et des hommes autour d’un temps fort, intéresse nécessairement la vie de l’Église, puisqu’elle s’intéresse à la vie des hommes. La Coupe du monde est un événement planétaire. Donc l’Église ne peut pas ne pas s’y intéresser. Son approche a toujours été bienveillante vis-à-vis de la vie dans le monde, que ce soit en soutien ou même en critique, constructive, sur la manière de vivre l’événement. Alors pourquoi pas avec le football ? Une compétition de ce type a quelque chose de signifiant dans la vie des gens. Ils vivent des tragédies et des victoires comme dans leurs propres vies : des retournements impensables dans des scores qui se renversent d’un coup… La logique de David qui bat Goliath existe en compétition. Cette notion de combat rejoint l’exercice de la foi chrétienne. La foi, comme le sport, nécessite la constance, la solidarité, le courage, la régularité, la communion… en vue d’une construction commune ! Mais tout dépend de ce que l’on recherche à travers le sport. Je pense aujourd’hui que, malheureusement, la dimension ludique et gratuite du jeu, qui est à l’origine du sport, a tendance à se perdre au profit d’un esprit de compétition qui prône la réussite à tout prix et qui exècre la défaite.

P. N.-D. – Quelles valeurs, néanmoins, font du sport et notamment du football, un facteur d’éducation et d’évangélisation ?

B. C. – Lorsque j’étais prêtre éducateur dans l’Aveyron, dans le cadre de ma congrégation, notre leitmotiv était d’éduquer par le football et non pour le football. Beaucoup de personnes, entraîneurs ou footballeurs, engagent leur liberté pour mettre en avant les valeurs collectives de ce sport, lequel procure une joie qui se partage et se propage facilement. C’est cela, la magie du foot. Avec les jeunes en insertion, si je restais dans un esprit de jeu, ils s’épaulaient et grandissaient, en apprenant de leurs défaites autant que de leurs victoires. Dès qu’on entrait dans un esprit de compétition, on perdait cette notion de gratuité et la rivalité s’instaurait. Lors de l’Euro 2016, j’ai trouvé que l’équipe d’Islande, par exemple, avait développé une vraie solidarité par son style de jeu, au service d’une réalisation commune en évitant le piège de la starisation individuelle d’un ou deux joueurs.

P. N.-D. – Finalement, vouloir vaincre, est-ce chrétien ?

B. C. – Oui, si on apprend à différencier notre rapport au temps et à l’espace. Si on est pressé, on va chercher à être efficace. Si on prend le temps, on va chercher la fécondité. L’efficacité à tout prix n’est pas une notion évangélique. Donc gagner, oui, mais dans une autre finalité que celle du rendement, et pas n’importe comment : il s’agirait de gagner avec tempérance, dans une logique de construction humaine, sur le long terme.

Propos recueillis par Laurence Faure

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