Le patriotisme, une vertu catholique ?

Peut-on être catholique et patriote ? La question se pose alors que la France prépare sa fête nationale et que la Coupe du monde de football réveille un peu partout dans le monde le sentiment national. Le P. Benoît Gérardin, curé de St-Antoine de Padoue (15e) et aumônier diocésain des Scouts unitaires de France, donne, ici, des éléments de réponse.

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Le P. Benoît Gérardin est curé de St-Antoine de Padoue (15e) et aumônier diocésain des Scouts unitaires de France.
© Pierre-Louis Lensel

Paris Notre-Dame – En grec, catholique signifie universel. Peut-on alors dire qu’un catholique peut être patriote ?

P. Benoît Gérardin – Le patriotisme est un amour de la patrie, cette « terre de nos pères ». Il inclut une connaissance des racines, un sentiment de solidarité avec ceux qui partagent une histoire, un terreau spirituel, une culture. Il s’exprime souvent lors d’événements festifs ou commémoratifs et revêt une importance particulière lors des compétitions sportives. On le voit aujourd’hui : les supporters arborent fièrement des maillots aux couleurs de leur pays et chantent à tue-tête l’hymne national. Il s’exprime également dans les coups durs comme les guerres, les catastrophes naturelles ou les attentats. Il est le ciment entre des personnes d’origines très variées.

Cela choque-t-il la foi de dire cela ? Je ne crois pas. Dieu a choisi de se révéler dans l’histoire à un peuple particulier : le peuple d’Israël, lors de la première Alliance. On trouve d’ailleurs dans la Bible l’expression le « Dieu de nos pères » qui fait allusion à une patrie. Le projet de Dieu a continué de se dévoiler en rassemblant tous les peuples au sein d’une nouvelle alliance, dans l’universalité de l’Église.

P. N.-D. – L’appartenance à la communauté catholique doit-elle prévaloir sur l’appartenance à un pays ?

B. G. – Ce sont deux notions différentes. Il n’y pas de rivalités entre le peuple national et le peuple universel de l’Église, qui est spirituel. En revanche, dans certaines circonstances, notre conscience peut nous dire qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ; la loi de la foi peut alors prévaloir sur la loi civile.
Attention, s’il dévie, le patriotisme risque de devenir chauvinisme, une forme d’idolâtrie de son pays qui se traduit sur le plan politique par le nationalisme, auto-exaltation souvent porteuse de velléités conquérantes. Vouloir dominer ses voisins n’est pas patriotique. L’amour de la patrie n’implique ni la haine, ni le mépris des autres peuples. Au contraire, un peuple fort, conscient de ses racines, a la capacité de s’ouvrir à d’autres et de soutenir éventuellement des nations extérieures. Le patriote aspire à un rayonnement de son pays. Il désire que son pays apporte quelque chose à l’humanité.

P. N.-D. – Comment vivre cet attachement à une patrie en tant que catholique ?

B. G. – Un catholique doit pouvoir participer à des manifestations publiques ou montrer sa solidarité à son peuple dans les moments heureux et encore plus en cas de coups durs. Cela fait partie de la charité d’être présent, de soutenir ceux qui sont dans la difficulté. Les catholiques peuvent ainsi se mobiliser pour accueillir des personnes. Il est important de montrer que les catholiques s’engagent très concrètement au service de la nation. Le troisième terme de la devise républicaine française est « fraternité ». Pour un chrétien, cela veut dire quelque chose. Cela peut être perçu comme une déclinaison de la charité.

Le patriotisme peut donc être considéré comme une vertu. Parce qu’en suscitant l’amour de son pays, il suscite l’amour du prochain. Et c’est le centre de la foi chrétienne.

Propos recueillis par Isabelle Demangeat

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