Le Petit Pauvre, maître de joie

Les Tréteaux du monde donnent Le Petit Pauvre, de Jacques Copeau, à La Pitié-Salpêtrière à Paris, jusqu’au 26 février. Cette pièce, que la compagnie joue depuis vingt-cinq ans, communique la joie de saint François d’Assise.

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Les Tréteaux du monde ont joué Le Petit Pauvre devant les pèlerins de Fratello, début novembre, à Rome.
© Pascal Gely

Dans la chapelle désaffectée de La Pitié-Salpêtrière, aux vastes volumes, déambulent et vocifèrent de drôles de personnages sortis du XIIIe siècle. En ce lieu où bien des malheureux sont venus confier leur misère, saint François d’Assise renaît par la bouche de Djamel Guesmi. Et sa vie, sa parole, son amour délirant pour la pauvreté, s’adressent aux spectateurs d’aujourd’hui avec la même force qu’hier.

La mise en scène permet cette plongée dans la vie du saint. Les acteurs se tiennent tout près des spectateurs qui sont petit à petit happés par l’action. Les actes se succèdent comme autant de tableaux de sa vie, depuis l’aurore de sa vocation, quand tout jeune homme, il veut se faire mendiant, jusqu’à sa mort au milieu de ses frères. Le spectateur voit tout d’abord devant lui un exalté, un fou, un asocial, et comprend sa famille démunie devant ce fils unique qui soudain renonce à tout, distribue les biens de son père et veut devenir mendiant. Dieu exige-t-il un tel renoncement ?

Par sa radicalité, sa déraison et sa folie, le François de Jacques Copeau bouscule ainsi le spectateur pour qui sainteté rime plus volontiers avec juste milieu. De son côté, la mise en scène, volontiers heurtée, mettant les corps aux prises les uns avec les autres, sert l’impétuosité de la pièce. Emporté par le jeu des frères de saint François, rieurs, pleins de vie et d’affection simple, le spectateur cède peu à peu à l’attraction d’un homme dont la folie ouvre à un bonheur qu’il entraperçoit. Et il se laisse emporter par la longue prière méditative et poétique de saint François, son flot ininterrompu de louange au Créateur, qui coule comme une rivière. Par son jeu lyrique et inspiré, Djamel Guesmi donne ainsi à voir combien le chemin de dénuement radical de François, son amour pour la pauvreté, donne en partage une joie et une liberté sans pareilles. Et contagieuses. • Pauline Quillon

Questions à…
Djamel Guesmi, metteur en scène et acteur

Paris Notre-Dame – Que représente pour vous la pièce de Jacques Copeau sur saint François d’Assise, Le petit Pauvre ?

Djamel Guesmi – J’ai été interpellé par le texte de Copeau. J’avais fait l’expérience de la faim, du rejet, du mépris, de la violence. Je n’avais pas reçu d’instruction, j’avais un handicap, le bégaiement. Ce que vivait François ne m’était pas étranger, ce n’était pas un concept, mais une réalité. Et puis, en filigrane, j’y ai découvert le visage du Christ et son enseignement. Dix ans plus tard, j’ai demandé le baptême. Cette œuvre m’a rendu ma dignité, mon visage humain. C’est une histoire qui vous irrigue le cœur, les entrailles, qui rend la vie. Pour moi, être vivant, aujourd’hui, c’est une chance exceptionnelle.

P. N.-D. – Vous jouez cette pièce depuis 1988. Vous l’avez même donnée devant Jean-Paul II. Pourquoi une telle fidélité ?

D. G. – J’accorde beaucoup d’importance à la notion de fidélité à une œuvre. J’y vois une dimension de service : servir Copeau aujourd’hui. Servir le spectateur aussi. Je reçois beaucoup de témoignages des gens pour qui cette pièce a été un choc. Il y a deux ans, je me suis demandé si je n’allais pas arrêter. Et puis les regards des spectateurs me sont revenus à l’esprit. Ces regards que je rencontre sont très encourageants. Cette communication d’âme à âme n’a pas de prix. Il faut tenir, même si parfois, j’ai l’impression de crier dans le désert. • Propos recueillis par P. Q.

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