« Le sens de ma vie, c’est l’autre »

Son visage, sa musique sont connus de toute la France. À 26 ans, le chanteur-compositeur Vianney s’est fait une place et un nom au sein de la scène musicale française. Dans l’ombre, il participe, depuis cinq ans, à l’opération Hiver solidaire qui fête ses dix ans le 19 janvier. Interview.

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© Julien Mignot

Paris Notre-Dame – Vous participez aux dix ans de l’opération Hiver solidaire. Pourquoi ?

Vianney – Petit, je faisais déjà des maraudes, notamment quand j’étais scout. Et puis, un jour, il y a cinq ans, je suis tombé sur une annonce, à la Ste-Trinité (9e), qui faisait part de la recherche d’hommes pour Hiver solidaire. Il faut savoir que beaucoup de bénévoles de cette opération du diocèse de Paris sont des femmes alors qu’une présence masculine est nécessaire pour dormir avec les accueillis. À l’époque, j’étais étudiant. L’idée m’a beaucoup plu. Je me suis donc lancé avec mon meilleur copain. Depuis, je fais des missions d’Hiver solidaire tous les ans. Alors, quand on m’a invité aux dix ans de son lancement, je n’ai pas réfléchi longtemps. Cela m’a paru logique et naturel d’y répondre positivement. J’ai passé tellement de temps avec Hiver solidaire, j’ai tellement eu les mains dedans, la tête et le cœur aussi !

P. N.-D. – Qu’est-ce que cela vous apporte ?

V. – La question est, en fait, très large. Elle revient à se demander ce que donner de son temps à l’autre peut apporter. Et pour moi, c’est quelque chose d’immense. J’ai fait des rencontres dingues ! Il y a des réfugiés qui auraient pu être mon père, mon grand-père ; des gens brillants intellectuellement qui ont juste eu un accident de parcours à un moment donné de leur vie et qui se retrouvent à la rue. Il y a des personnalités si différentes, si singulières !

Et puis, ces instants sont comme des moments suspendus. Nous nous retrouvons avec des personnes qui sont en tel décalage par rapport à nos vies – elles n’ont pas de téléphone, de logement, de télévision, d’ordinateur, peut-être plus de famille, ni d’amis… – qu’elles nous font prendre conscience de la chance qui nous est donnée : le fait d’avoir une structure familiale, de savoir lire, savoir écrire…

P. N.-D. – Votre engagement auprès des personnes de la rue a-t-il un lien avec votre foi ?

V. – Inconsciemment peut-être. Parce que consciemment, je ne fais pas cela par foi mais par humanisme. Certains considèrent qu’il faut évoquer sans cesse sa foi pour témoigner, convertir. Nous vivons une époque où chacun veut convaincre par ses idées. Je ne suis pas du tout dans cette démarche-là, qui peut parfois être vécue comme une agression. Ma foi a toujours été de l’ordre de l’intime. C’est comme une flamme que j’ai en moi. Ce n’est pas du tout pour moi un marqueur social comme elle peut l’être dans certains quartiers parisiens, dont le 16e arrondissement, d’où je viens. Je ne suis pas en représentation de ma foi. Je n’ai rien à prouver à qui que ce soit.

P. N.-D. – Comment faites-vous, dans ce milieu artistique où Dieu peut facilement être remplacé par des idoles, pour garder cette flamme de la foi ?

V. – Ce que je fais est finalement assez simple : j’écris des chansons. Du coup, cela ne m’empêche pas d’entretenir ma foi. Je crois en la vie après la mort. Je n’ai donc aucune pression dans ma vie. L’essentiel, pour moi, n’est pas du tout de vendre le plus grand nombre d’albums, de faire des concerts dans des Zénith. Ce sont des choses qui m’arrivent et c’est merveilleux. Mais ce n’est pas le sens de ma vie. Le sens de ma vie, c’est la vie de famille, c’est l’autre avec un grand A. Je fais ce métier avant tout pour les autres, pour leur faire plaisir, leur offrir un bon moment lors d’un concert par exemple.

P. N.-D. – Songez-vous, un jour, à faire de la musique chrétienne ?

V. – Non. Il y a des artistes qui font cela, et c’est bien. Mais c’est une approche de la musique que je n’ai pas. Certes, il y a des chansons où j’évoque l’âme [notamment L’homme et l’âme, écrite au moment de l’assassinat du P. Jacques Hamel, en juillet 2016, NDLR], où j’évoque Dieu, mais je ne le fais pas consciemment. C’est tellement en moi que je le fais naturellement. Ce que j’essaie plutôt d’inspirer, d’insuffler dans mes textes est ce goût de l’autre, avant tout.

Par Isabelle Demangeat

Hiver solidaire fête ses dix ans

Pour son anniversaire, une soirée, soutenue par la Fondation Notre Dame, est organisée le vendredi 19 janvier au Collège des Bernardins.

Il y a dix ans, une action d’urgence était lancée par le Vicariat pour la solidarité dans certaines paroisses parisiennes. Son but : accueillir des personnes sans-abri pendant la période de grand froid en leur offrant un lieu chauffé, un dîner et un petit déjeuner. Sa spécificité : se situer dans un esprit familial et s’ancrer dans la durée. Les accueillis sont ainsi peu nombreux (de quatre à huit) et les bénévoles des paroisses se relaient chaque soir pour dîner et dormir avec eux. Autour de la table, on discute, on partage le repas, ses histoires, puis, on peut sortir un jeu de cartes. Parfois, Hiver solidaire – les équipes sont accompagnées par deux travailleurs sociaux – peut servir de marchepied pour accomplir des démarches administratives, trouver une place dans un foyer d’accueil.

27 paroisses engagées, 166 personnes accueillies

Aujourd’hui, 27 paroisses sont engagées dans l’opération : 166 personnes sont accueillies pendant trois mois et 2200 bénévoles sont mobilisés. Pour célébrer ce beau succès, dix ans après, une soirée est organisée le vendredi 19 janvier au Collège des Bernardins. Elle s’articulera autour de témoignages, de temps de partage et de musique. La soirée est accessible uniquement sur invitation.

Pour rejoindre une équipe ou démarrer l’opération dans une paroisse, s’adresser à sa paroisse ou au Vicariat pour la solidarité du diocèse de Paris : vicariat.solidarite@diocese-paris.net ; 01 78 91 92 40.

- Plus d’infos sur Hiver solidaire

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