Le triomphe du Christ

Le 25 novembre, l’Église célèbre la solennité du Christ-Roi, terme de l’année liturgique. Une fête instaurée par Pie XI afin de prier pour que ceux qui gouvernent le monde, le fassent à l’image du Christ : avec douceur et miséricorde. Les explications du P. Laurent Stalla-Bourdillon.

Paris Notre-Dame – La solennité du Christ-Roi marque le terme de l’année liturgique. Quelle est la signification de cette fête ?

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Le P. Laurent Stalla-Bourdillon est directeur du Service diocésain pour les Professionnels de l’Information (SPI) et enseignant à l’École Cathédrale.
© Priscilia de Selve

P. Laurent Stalla-Bourdillon – Elle marque le point culminant des célébrations que nous avons vécues tout au long de l’année. L’Église y célèbre le triomphe du Christ, son règne réellement advenu, mais qu’il reste à faire nôtre, afin que nous soyons de plus en plus habités par le Royaume de Dieu, où règne la loi de l’amour. C’est pour cela que, dans le cycle liturgique, nous allons demander à ce que le règne de Dieu vienne. Seul le Christ peut libérer du mal et donner la vie éternelle. Lui seul détient ce pouvoir absolu.

P. N.-D. – C’est la signification contemporaine d’un modèle de gouvernance, la royauté, qui peut sembler archaïque aujourd’hui ?

L. S.-B. – Si le terme de roi dérange, c’est qu’il renvoie aux représentations familières d’un pouvoir absolu, qui peut virer à la tyrannie. C’est, du reste, ce qui était déjà pressenti dans le premier livre de Samuel (chapitre 8), quand Dieu répond à son peuple qui lui réclame un roi, qu’il souffrirait par ce roi. Cette autorité supérieure qui pourvoyait à la vie du peuple, qui jugeait, régulait, rendait la justice a disparu aujourd’hui. Sans ce pouvoir extérieur, nous sommes laissés à nous-mêmes, contraints de mener cette mission littéralement impossible d’expurger le mal de notre société, ou d’affronter la question de la mort. En perdant la référence transcendante à Dieu, l’homme s’est fait une sorte d’obligation de produire lui-même la vie. Or, la foi chrétienne, à travers la fête du Christ-Roi, reconnaît en Dieu la source de vie. Autre point important : le rapport entre le roi, le règne et le royaume. Le roi est celui qui gouverne. Et pour qu’il gouverne correctement, il faut d’abord qu’il se gouverne. Un roi est juste et bon parce qu’il se soumet lui-même à des lois. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir qui édicte un principe de gouvernance correcte pour l’unité sociale ? Car si ce principe manque, le corps social ne parviendra pas à surmonter ses fragmentations. Nous ne parviendrons pas à édicter des lois servant le bien et l’unité du peuple.

P. N.-D. – Ce que nous enseigne cette fête peut donc s’appliquer à tous les gouvernants ?

L. S.-B. – Oui. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle cette fête du Christ, roi de l’univers, a été instaurée par Pie XI en 1925. Pour prier pour les gouvernants de la terre, car le Christ a à voir avec tous. Charge à chaque société de savoir comment elle se gouverne. Il faut ajouter le fait qu’au sein du Royaume de Dieu, nous ne sommes pas sujets mais frères, issus d’un même Père. Cela peut donc interroger la question de la fraternité inscrite dans notre devise républicaine. Nous sentons bien que cette fraternité est extrêmement fragile car nul ne sait qui la fonde. La force du règne du Christ, sa capacité de régner avec douceur et miséricorde vient de la conscience qu’il a de l’amour de son Père pour lui, amour qu’il nous communique. La fête du Christ-Roi, si on la pense à la fois théologiquement et dans sa résonance sociale, nous dit donc quelque chose du mode de gouvernance apte à produire un corps social réunifié.

Propos recueillis par Priscilia de Selve

- Voir la page dédiée à la fête du christ, roi de l’Univers

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