Le Vatican invite l’épiscopat allemand à la prudence : commentaires des protestants suisses et allemands

Le Vatican refuse la communion aux conjoints non catholiques et cette décision du Vatican sur l’eucharistie freine les espoirs d’avancées œcuméniques.

La décision du Vatican sur l’eucharistie vient doucher les espoirs d’avancées œcuméniques. Dans les couples mixtes, le conjoint qui n’est pas catholique ne peut toujours pas communier.
Par Julia Lauer et Stephan Cezanne, Francfort-sur-le-Main (EPD/Protestinter)

Un grain de sable dans les rouages de l’œcuménisme : à la surprise générale, le Vatican a invalidé une proposition approuvée à la majorité par les évêques catholiques romains allemands, visant à ouvrir la communion aux conjoints non catholiques. Le document ne serait pas encore mûr pour être publié, peut-on lire dans une lettre de l’archevêque Luis Ladaria, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui a été diffusée sur Internet. En attendant, la décision de permettre ou non à un couple mixte de partager ce sacrement continuera de revenir à l’évêque de la localité concernée.

Cette décision de Rome représente un revers pour l’œcuménisme en Allemagne. Comme l’explique le théologien protestant Ulrich H. J. Körtner, elle est tout aussi « fâcheuse » pour les dirigeants de l’Église protestante que pour le cardinal Reinhard Marx, président de la Conférence épiscopale allemande catholique. En effet, les protestants avaient beaucoup misé sur l’initiative de l’archevêque de Munich. L’année 2017, marquant le jubilé des 500 ans de la Réforme, a éveillé de nombreuses attentes en matière d’œcuménisme, en Allemagne comme dans le monde entier. « Le pape François s’est trouvé au cœur de multiples espoirs. Il n’est cependant pas aussi progressiste que nombre le croyaient », poursuit l’universitaire, qui enseigne la théologie à l’université de Vienne.

Au début du mois de mai, après les conflits survenus autour du projet de texte sur l’hospitalité eucharistique, le souverain pontife demandait encore aux évêques allemands de rechercher entre eux une solution qui puisse faire consensus. Il les invitait précisément à « trouver, dans un esprit de communion ecclésiale, un accord aussi unanime que possible ». Le cardinal Reinhard Marx a donc été très surpris par la nouvelle communication arrivée de Rome, avant même l’aboutissement de ce processus, a communiqué la Conférence épiscopale au début de semaine passée.

Un coup de semonce
« Pour la Conférence épiscopale allemande, c’est là un coup de semonce et une remise en question de sa compétence », commente le théologien catholique Thomas Söding, s’exprimant sur ces derniers événements. « Contrairement à ses déclarations précédentes selon lesquelles elle devait trouver un terrain d’entente, Rome reprend aujourd’hui la main sur la décision finale. » Mais de son point de vue, la ligne directrice de la proposition ne changera pas fondamentalement pour autant, « car les questions posées aujourd’hui peuvent recevoir une réponse pertinente. » La Congrégation pour la doctrine de la foi et le Conseil œcuménique du Vatican vont clarifier les rapports entre Église et eucharistie. « Cela ne pourra déboucher que sur une issue positive », affirme ce théologien exerçant à l’université de Bochum.
Son confrère Michael Seewald, originaire de Munich, n’est pas d’accord : « Il est clair aujourd’hui que le texte actuel ne sera pas publié. » Il appelle les évêques à continuer à accueillir les couples mixtes catholiques-protestants lors de communions communes. « D’un point de vue dogmatique, les évêques allemands doivent certes attendre le verdict de Rome, mais dans l’intervalle, ils peuvent tout de même s’efforcer de résoudre ce problème d’ordre pastoral. » La réaction du Vatican représente bel et bien un « coup de frein » pour l’œcuménisme, mais pas une « catastrophe absolue ».

Les experts de l’œcuménisme le répètent depuis des décennies : ce n’est pas le fait de permettre à des chrétiens baptisés de célébrer ensemble la Sainte Cène qui devrait faire débat, mais au contraire l’idée de le leur refuser. En 2004, trois instituts œcuméniques de renom — ceux de Strasbourg, Bensheim et Tübingen — exhortaient déjà l’Église catholique romaine à ouvrir ce sacrement à tous les chrétiens. Il n’existerait aucune raison théologique suffisante refuser l’hospitalité eucharistique.
La base aussi s’impatiente et réclame depuis longtemps davantage d’unité — et ce au plus vite. Le mouvement de laïcs catholiques « Nous sommes l’Église » a exprimé une vive surprise face à l’invalidation de la proposition d’ouverture à l’intercommunion par le Vatican. « La déclaration aujourd’hui rendue publique a fortement irrité de nombreux fidèles », commente Christian Weisner, un responsable de ce rassemblement en Allemagne.

L’organisation appelle les catholiques à « ne pas se laisser dérouter par les déclarations déconcertantes de Rome ». Ce que le dogme n’a encore pas fixé fonctionne depuis longtemps dans la pratique : les protestants invitent d’ores et déjà leurs conjoints catholiques à célébrer ensemble la communion. Protest info - Juin 2018

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