« Les catéchumènes nous renvoient à l’essentiel »

À Paris, près de 380 adultes se préparent à être baptisés lors de la prochaine vigile pascale. Un chiffre stable depuis plusieurs années. Qui sont ces futurs baptisés ? Comment les accompagner ? L’éclairage de Mgr Jean Laverton, vicaire épiscopal pour le catéchuménat.

Paris Notre-Dame – Comment expliquer le chiffre élevé des catéchumènes parisiens ?

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Mgr Jean Laverton est recteur de la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre (18e) et vicaire épiscopal pour le catéchuménat.
© Priscilia de Selve

Mgr Jean Laverton – À Paris, près de 400 adultes seront baptisés à Pâques. Ce chiffre représente environ 10% de l’ensemble des catéchumènes en France. Pourquoi est-il aussi élevé ? Sans doute parce que le profil type du catéchumène aujourd’hui est un jeune urbain et que la capitale concentre beaucoup de jeunes professionnels – la moyenne d’âge d’un catéchumène parisien est de 28 ans, et les candidats les plus nombreux ont entre 25 et 40 ans. De plus, l’Église de Paris est une Église vivante et dynamique. Tout cela concourt à expliquer ce nombre élevé. Ces jeunes qui demandent le baptême sont bien dans leur temps : ils roulent en scooter, sortent, sont très connectés. Ils vivent souvent dans un milieu éloigné de l’Église, loin de la foi, dans un contexte d’indifférence vis-à-vis de la religion, quand ce n’est pas de l’hostilité. Mais ils sont à un âge où on se pose aussi de grandes questions : qu’est-ce que je veux faire de ma vie ? Qu’est-ce que je veux transmettre à mes enfants ? Quand ils entrent dans nos églises pour demander le Christ et ses sacrements, ils ont donc quelque chose de fort au fond du cœur.

P. N.-D. – Comment se déroule cette période du catéchuménat ?

J. L. – La première période, celle de l’accueil, est essentielle. Beaucoup de travail a été fait dans ce sens dans les paroisses, mais beaucoup reste encore à faire. J’ai le témoignage de catéchumènes qui ont hésité longtemps avant d’entrer dans une église. À ceux-là qui viennent de loin et qui portent parfois beaucoup de préventions contre l’institution – moralisatrice, dépassée, agitée par les scandales… – il faut offrir un accueil et un accompagnement à la hauteur. Débute alors le temps du pré-catéchuménat : on désigne un accompagnateur pour chaque candidat, afin que celui-ci puisse, dans la confiance, dire son histoire. Saint Augustin, à qui son diacre demandait des consignes pour accompagner les catéchumènes, lui en donna deux : particulariser chaque parcours et le faire dans la joie. Un des points clés est que les catéchumènes comprennent que le baptême n’est pas un aboutissement mais un début. Eux demandent à recevoir le baptême, nous devons leur apprendre à vivre en chrétiens. Et cela prend du temps – entre un an et deux ans – entre l’entrée officielle en catéchuménat, qui se fait au sein de la communauté paroissiale, et l’appel décisif, durant lequel l’archevêque, au nom du Christ, va les appeler à recevoir les sacrements.

P. N.-D. – L’enracinement dans la communauté paroissiale est-il essentiel ?

J. L. –
Oui. Il faut que, durant ce temps d’accompagnement, les catéchumènes puissent rencontrer d’autres chrétiens et nouer des liens. C’est là une des conditions de la fidélité. Si cet enracinement n’a pas lieu, il ne faut pas s’étonner de les voir s’éloigner ensuite. Les catéchumènes nous renvoient à l’essentiel, car ils viennent pour l’essentiel : le Christ. Et pour demander le Christ dans le contexte actuel, il faut vraiment qu’ils aient ce désir au fond du cœur. Leur demande nous bouge aussi nous, « vieux chrétiens ». Vivons-nous l’essentiel ? Ne nous sommes-nous pas endormis ? En demandant à vivre du Christ, ils nous invitent à rester vivants, nous aussi.

Propos recueillis par Priscilia de Selve

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