Les chrétiens n’ont pas à se brider dans le débat politique

Paris Notre-Dame – Le colloque annuel de l’Observatoire foi et culture, qui vient de s’achever, avait pour thème : Dignité et vocation chrétienne du politique. Pourquoi insister ainsi sur la dignité de la politique et son importance dans la société ?

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Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique, Cerf, 2016.
© Pierre-Louis Lensel

P. Matthieu Rougé – Depuis deux ans, l’Observatoire foi et culture de la Conférence des évêques de France (CEF) et l’Académie catholique de France associent leurs efforts pour réfléchir au discrédit contemporain du politique et à son possible dépassement. L’an dernier, nous nous étions demandé si le désenchantement du politique était irréversible [1]. Cette année, nous nous sommes interrogés sur ce qui permettrait de refonder le politique dans notre société éclatée. Beaucoup de nos contemporains doutent de la dignité du politique en raison de responsables qui leur paraissent souvent « indignes ». La manière dont certains médias travestissent le débat politique en divertissement contribue aussi à faire douter du sérieux des hommes politiques. Malgré cela, il est décisif de réaffi rmer la dignité de la responsabilité politique en lui redonnant son sens, comme nous y invite la CEF [2].

P. N.-D. – Qu’est-il ressorti de ce colloque, qui réunissait philosophes, responsables politiques et journalistes ?

P. M. R. – C’est une des missions de l’Église d’offrir ainsi un espace de liberté et d’approfondissement intellectuels. La manière dont le politique se met en danger quand il coupe toute relation au religieux, en raison d’une conception trop courte et trop étroite de la laïcité, a été mise en lumière aussi bien par le philosophe Pierre Manent que par Jean Birnbaum, directeur du Monde des livres. Un des responsables politiques présents a souligné l’importance de définir et d’appliquer des règles de gouvernance précises et explicites. Un autre a dit tout ce qu’il recevait de l’encyclique Laudato si’ pour la fondation et l’orientation de son engagement. L’historien Florian Michel et le philosophe Guy Coq ont rappelé l’actualité de la pensée politique de philosophes chrétiens comme Maritain, Gilson ou Mounier… Un colloque sert surtout à agiter des idées ce qui est loin d’être négligeable, car une partie de la fragilité et de la violence politiques contemporaines découle d’un manque d’enracinement intellectuel.

P. N.-D. – Les catholiques ont-ils un rôle particulier à jouer en politique ?

P. M. R. – Les catholiques, grâce à la foi, à l’espérance et à la charité qui les habitent ont, plus que tous, à se mettre avec confiance et sérieux au service de la dignité humaine et du bien commun. Il ne s’agit pas pour eux de brandir leur foi comme un étendard mais de faire partager aussi largement que possible les positions éthiques que leur raison peut forger en se laissant illuminer de l’intérieur par la foi. Les catholiques ont parfois à se comporter en « lanceurs d’alerte », comme l’a fait récemment Mgr Georges Pontier, président de la CEF, sur le « délit d’entrave » qui menace les sites d’accueil pour femmes enceintes en détresse. Sans remettre en cause une laïcité équilibrée, qui est le fruit du christianisme, les chrétiens n’ont pas à se brider dans le débat politique. Le problème aujourd’hui n’est pas que les catholiques s’impliquent trop en politique, mais bien qu’ils ne contribuent pas assez à son renouvellement. • Propos recueillis par Priscilia de Selve

[1Observatoire foi et culture de la Conférence des évêques de France, Le désenchantement du politique. Irréversible ?, Parole et Silence, 2016.

[2Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique, Cerf, 2016.

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