Les Écritures, indéchiffrables ?

C’est le thème de la troisième conférence de Carême donnée le dimanche 24 mars à 16h30 à Notre-Dame de Paris. Pour introduire son propos, le P. Guillaume de Menthière, théologien et curé de N.-D. de l’Assomption de Passy (16e) s’appuie sur l’épisode des pèlerins d’Emmaüs. Nous avons demandé à un futur baptisé de 24 ans, Léo-Paul, de réagir à cette thématique.

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Altobello Melone, "The Road to Emmaus", huile sur panneau de bois, The National Gallery, Londres.
© D.R.

Paris Notre-Dame – Vous avez commencé à lire les Écritures avant même de demander le baptême. Que représentaient ces textes alors pour vous ?

Léo-Paul – Je n’ai jamais eu une fréquentation des Écritures purement intellectuelle. J’ai toujours été dans une recherche existentielle, même s’il ne s’agissait pas encore d’un acte de foi. La mue a été progressive et ténue. Et j’ai toujours lu la Bible en m’entourant de commentateurs, comme le philosophe Blaise Pascal, les Pères de l’Église, ou en utilisant des Bibles commentées. Mais il existe aussi dans les Évangiles une forme de simplicité, de naïveté qui peut toucher tout le monde. Cela a très bien fonctionné avec moi.

P. N.-D. – Vous pensez qu’il y a un premier niveau de lecture dans les Écritures que tous peuvent atteindre, quel que soit son niveau de formation ?

L.-P. – J’en suis persuadé car je l’ai vécu. Je pense que la figure de Jésus fascine tout le monde, même ceux qui ne croient pas. Pendant longtemps, je me suis dit que Jésus était un homme formidable, un grand maître de la sagesse. Après, l’acte de foi est de poser que, plus profondément, il est Dieu. Ce deuxième pas a été long à franchir pour moi, il m’a fallu un an de catéchuménat pour pouvoir dire : « Oui, c’est bien Dieu. »

P. N.-D. – Quand vous avez entamé votre catéchuménat et que vous avez recommencé à lire la Bible avec un regard de foi, qu’avez-vous découvert ?

L.-P. – Pour commencer, je me suis dit que je n’avais rien compris, mais que ce n’était pas grave ! Mais ce qui a beaucoup fait évoluer mon rapport personnel aux Écritures, ce sont ces lectures priantes que constituent les lectio divina. Cela a changé ma vie de foi de façon générale. Avant, j’avais tendance à faire une lecture sélective des Écritures. Les passages qui me plaisaient moins, je les mettais sous le boisseau. Grâce à la lectio divina, j’ai découvert la radicalité des Évangiles, et cette réelle exigence que Jésus porte en lui.

P. N.-D. – Vous avez travaillé ces textes en groupe durant votre catéchuménat. Pensez-vous qu’un regard extérieur est nécessaire pour avancer dans leur compréhension ?

L.-P. – Cette lecture et cette analyse des textes en commun, sous le magistère du prêtre, font de nous – déjà – une petite église ! Je pense également que si on ne se forme pas, on s’expose à deux risques. Soit d’avoir une lecture modernisante de ces textes, en sélectionnant ce qui nous intéresse et en les interprétant selon notre propre culture. Soit d’en avoir une lecture fondamentaliste, qui prendrait tout au pied de la lettre. Il me semble que la tradition catholique cherche au contraire à replacer les Écritures dans leur contexte. Et on se rend compte que tout ce qui nous paraît soit trop évident, soit incompréhensible a un sens, mais pas nécessairement celui que nous imaginions.

Il est ainsi nécessaire d’avoir une réelle humilité devant ces textes. Les Écritures sont comme la foi. On a parfois l’impression que la foi est une sorte de système définitif, de dogme, alors que pas du tout. La foi est un chemin, ce que l’on perçoit de Dieu évolue. Il en va de même pour les Écritures. Nous y découvrons tous les jours des choses nouvelles. Ce que l’on en comprend n’a rien de définitif. Nous sommes toujours en route.

Propos recueillis par Priscilia de Selve

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