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Les migrants, un défi pour les croyants ?

La 100e Journée mondiale du migrant et du réfugié a été célébrée dimanche 19 janvier [1]. dans plusieurs paroisses. À cette occasion, Paris Notre-Dame a interrogé plusieurs paroissiens qui vivent l’accueil des migrants.

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Cours de français pour les migrants à St-Séverin (5e).
© Agnès de Gélis

La messe a duré plus longtemps que d’habitude à St-Hippolyte (13e) ce 19 janvier. Avant le Credo, quatre personnes se sont levées pour témoigner de leur foi et de leurs espérances : une philippine, une camerounaise, une chinoise et une béninoise. C’est la 100e Journée du migrant et du réfugié : le moment de se souvenir que de nombreux paroissiens, venus d’ailleurs, ont une histoire et une foi insoupçonnables, et d’en rendre grâce. La longue procession des offrandes, avec son lot de costumes et de mets traditionnels, ainsi que le chœur rassemblant plusieurs chorales (paroissienne, malgache, vietnamienne et chinoise), illustraient la diversité comme jamais. Cette année, la journée des migrants avait pour thème « Vers un monde meilleur ». Des mots qui, pour le P. Renaud de La Soujeole, le curé, se traduisent par : « Donner la parole aux plus pauvres ».

Partager une même foi

Après la messe, les fidèles se sont réunis autour d’un repas. « Contrairement à nos habitudes, on a décidé, cette année, de préparer la journée avec les migrants et de prévoir un temps de rencontre pour essayer de les connaître », précise Françoise Vivier, paroissienne. « La parole de ces frères est un enjeu pour nous, reprend le prêtre. Il est spectaculaire de les écouter, de les entendre dire leur foi. » Dans cette paroisse très « universelle », Françoise Vivier raconte combien la foi des migrants l’enrichit : « Je découvre d’autres piétés. Nous avons installé une statue de la “Vierge des Nations” pour les Vietnamiens. C’était très important pour eux. Une dame philippine m’a dit qu’elle avait parcouru tout Paris pour trouver une statue comme celle-ci. Désormais, elle a rejoint la paroisse. » De leur côté, les migrants font l’expérience que la foi dépasse les usages, comme le rappelle Gloria Martial, une Indienne de N.-D.de la Croix (20e) arrivée en France à 12 ans et membre du conseil pastoral de sa paroisse : « Ici, je ne retrouve pas les mêmes façons de célébrer que chez nous, mais c’est la même foi qui nous rassemble. » Diane de Sousa, du Bon Pasteur (11e), évoque, quant à elle, le chemin qu’elle a parcouru en aidant un couple de réfugiés africains dans sa paroisse : « S’ils tiennent bon malgré leurs longues années d’exode, c’est grâce à leur foi. Ils croient vraiment que Dieu les guide. Ils prient beaucoup, avec les psaumes, connaissent très bien la Bible. Nous avons eu des échanges très profonds sur nos façons de prier. Nous avons chacun fait du chemin pour accepter nos différences. »

Dépasser ses préjugés

Accueillir l’étranger demande du temps. Brigitte Staub, chargée de mission à la Pastorale des migrants du diocèse, rappelle que « l’on peut apprendre à se connaître en se rassemblant en petits comités, de façon régulière ». À St-Pierre de Montrouge, il existe un groupe international, mené par Jarmila Velprousky, d’origine tchèque. « Nous nous réunissons tous les mois autour de notre aumônier des Missions étrangères de Paris (MEP), raconte-t-elle. Plusieurs migrants ont trouvé, grâce au groupe, le moyen de s’intégrer à la paroisse. Ils participent au soutien scolaire, à l’accueil, font partie de l’équipe obsèques, etc. » La messe des nations est aussi l’occasion d’impliquer les migrants dans la communauté. À N.-D.de la Croix, elle est célébrée chaque année à l’Épiphanie et à la Pentecôte. « Certains paroissiens ont encore du mal à accepter ces eucharisties atypiques, lance Gloria Martial. Mais nous voulons aller plus loin : en février, nous allons démarrer une réflexion, au sein du Comité de la fête des nations, pour impliquer davantage les personnes étrangères. »

Changer de regard

Et puis, il y a ceux qui ne sont pas catholiques. À St-Séverin (5e), Brigitte Guéras a monté, il y a une quinzaine d’années, un pôle d’accueil pour les étrangers (association EnAP). « En les côtoyant, on se rend compte que ces personnes – qu’on aide à apprendre à lire et à écrire – sont diplômées. Dans leur pays, elles ont acquis un savoir. Ici, elles sont considérées comme des analphabètes. Il n’est pas rare qu’elles soient mal reçues dans les administrations parce qu’elles s’expriment difficilement. On imagine pas les humiliations et la solitude des migrants. Mais, quand on a compris cela, on a déjà changé. » Accueillir les migrants, c’est aussi changer de regard sur soi-même. À St-Pierre de Montrouge (14e), les maraudes, les visites aux prisonniers et aux malades, le soutien scolaire et le catéchuménat sont autant d’occasions de rencontrer ces personnes en difficulté. « Ces gens étaient en souffrance alimentaire dans leur pays, indique Pierre Cravatte, diacre. Ils nous aident à porter un regard différent sur nous-mêmes : ici, nous sommes des riches à la bouche pleine. » À force de les rencontrer, ce sont les migrants aussi qui changent de regard. Au Bon Pasteur (11e), l’équipe de prêtres habite dans une HLM où vivent de nombreux musulmans. « Petit à petit, on remarque que l’image de l’Église évolue en eux, témoigne le P. Claude Asty, le curé. Certains se disent que, finalement, les catholiques sont fréquentables. Un bon préalable à l’évangélisation ! » • Agnès de Gélis

Le regard du Pape François

« Un changement d’attitude »
« Souvent, l’arrivée de migrants, de personnes déplacées, de demandeurs d’asile et de réfugiés suscite chez les populations locales suspicion et hostilité. En cela, un changement d’attitude envers les migrants et les réfugiés est nécessaire ; le passage d’une attitude de défense et de peur, de désintérêt ou de marginalisation – qui, en fin de compte, correspond à la « culture du rejet » – à une attitude qui ait comme base la « culture de la rencontre », seule capable de construire un monde plus juste et fraternel, un monde meilleur. »

Le point de vue du Cardinal André Vingt-Trois

« Nous sommes transformés »
« La manière dont on accueille les migrants n’est pas simplement une façon de les absorber pour les identifier à nous, mais une façon d’entrer dans une nouvelle expérience où ils sont transformés et où, nous aussi, nous sommes transformés… Concrètement, cela veut dire que les communautés chrétiennes pratiquent avec encore plus de détermination et de conviction l’accueil des étrangers. Qu’elles acceptent que l’arrivée d’une personne ou d’un groupe de personnes dans leur communauté change leur manière de faire, que la solution n’est pas que tout le monde fasse comme nous mais que l’on découvre petit à petit que, par exemple, les chrétiens qui viennent d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie apportent avec eux l’expérience de l’Évangile dont nous pouvons aussi profiter et qui peut aussi transformer notre propre manière d’être chrétiens. »

[1Cette 100e Journée peut être célébrée à tout autre moment de l’année

Article extrait de Paris Notre-Dame du 23 janvier 2014

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