Les pierres crient, les hommes pleurent

Lundi 15 avril 2019, 18h50 ; Histoire et géographie ; Les pierres crient, les hommes pleurent ;
Être cher et être de chair ; Pourquoi ? Le malheur stimulus de la réforme ; Le péché et sa dette ;
Du meilleur des mondes possible au monde nouveau.

Lundi 15 avril 2019, 18h50
C’est le moment précis où l’incendie de Notre-Dame de Paris a été signalé, après la célébration de la messe du soir au moment où les portes fermaient pour rouvrir le matin dès 7 heures… il est des monuments qui sont immédiatement liés à des lieux, le temple c’est Jérusalem, les pyramides c’est le Caire, Notre-Dame c’est Notre-Dame de Paris, malgré les innombrables et non moins honorables sanctuaires placés sous le vocable de la Mère de Dieu. Ces monuments font partie de notre patrimoine ; ils accompagnent nos destinées.

Histoire et géographie
Au sujet des églises, je voudrais évoquer les petites et grandes sœurs de Notre-Dame de Paris. Je commencerais par le Saint-Sépulcre de Jérusalem. De la basilique constantinienne initiale il ne reste à peu près rien. Elle fut détruite par un tremblement de terre, reconstruite, puis endommagée par les Perses, à nouveau détruite par le Calife Al Hakim et celle que nous contemplons fut reconstruite par les croisés. Sainte-Sophie de Constantinople – fierté de la nouvelle Rome – fut bâtie au VIe siècle par Justinien sur l’emplacement d’une précédente, ruinée par un incendie, cette dernière fut pillée en 1204 par les croisés, transformée en mosquée après 1453 et enfin en musée depuis 1934. Il y a Rome et ses quatre basiliques, Saint-Pierre, Sainte-Marie-Majeure, Saint-Jean-de-Latran et Saint-Paul-hors-les-murs. Ces monuments que nous voyons ont été construits sur des basiliques plus anciennes qui furent détruites pour servir au projet de restauration de l’autorité du pape après le grand schisme d’Occident. Saint-Paul-hors-les-murs fut complètement détruite par un incendie en 1823 et reconstruite à l’identique à partir de 1825. Je finirai ce parcours limité aux sites chrétiens, avec Saint-Paul de Londres, en évoquant la dernière destruction de celle-ci par les flammes de l’incendie de 1666 qui embrasa toute la cité. La cathédrale actuelle est donc la cinquième. Lors de la seconde guerre mondiale, la ville de Londres eut à souffrir de violents bombardements qui n’atteignirent pas Saint-Paul, mais ravagèrent les alentours. Alors que durant cette période, Paris fut relativement épargné par les bombardements de la seconde guerre mondiale, il y eut quand même plusieurs centaines de victime du côté de Billancourt et de la Porte de Saint-Cloud et un largage passa très près du Sacré-Cœur qui en fut quitte en perdant seulement ses vitraux d’origine. En remerciement pour ce bilan des victimes et des destructions relativement plus léger qu’à Londres ou à Dresde, le cardinal Suhard, engagé par un vœu, fit construire le sanctuaire de Marie-Médiatrice sur la Butte rouge près de la Porte des Lilas.

Les pierres crient, les hommes pleurent
Nos constructions humaines sont des récits en actes que nous écrivons pour les générations qui nous suivent, d’où le joli nom de patrimoine. Elles expriment autant notre foi que notre fierté, voire notre orgueil. La dimension mémorielle et symbolique des sanctuaires est aussi importante que leur signification religieuse. En effet, dans l’absolu, l’Église qui célèbre l’eucharistie n’a pas besoin d’un lieu spécifiquement dédié. Les premières basiliques avaient auparavant un usage profane, à la différence notable du culte du Temple, qui pour le peuple juif, ne peut se réaliser qu’à Jérusalem sur le lieu assigné par Dieu, dans la Loi de Moïse, lieu aujourd’hui indisponible pour les juifs. Nous mesurons, nous, chrétiens en général et catholiques de Paris en particulier, ce que peut signifier, comme souffrance languissante, la perte d’un lieu source.

Être cher et être de chair
Personnellement, avec l’incendie de Notre-Dame, j’ai perdu un être cher et j’ose dire que je suis plus affecté aujourd’hui que lorsque je perdis ma mère il y a quelques mois, parce qu’elle et moi, malgré l’impossibilité d’échanger des paroles, nous nous sommes quittés dans la paix et l’espérance de la vie éternelle. Pour les hommes, l’âme est immortelle ; nous passons par la mort en attendant que le corps soit aussi glorifié. Avec Notre-Dame il y a un sentiment de perte irréparable et de fin du monde, parce que ce bâtiment en flamme nous assène un récit d’une grande violence, parce qu’il n’y pas de raison identifiable, c’est absurde, et qu’il nous laisse dans une parfaite impuissance.

Pourquoi ?
Pour nous les événements doivent avoir une cause, et nous voulons la connaître surtout quand ils sont catastrophiques. C’est une nécessité pour nos intelligences, nous voulons toujours comprendre ce qui s’est passé et l’ayant éventuellement compris nous voulons savoir pourquoi. Même l’athée le plus conséquent n’échappe pas à ce questionnement devant l’inattendu, tandis que le croyant risque de se méprendre sur les raisons divines d’une implacable prédestination qui frapperait toujours à bon droit. Pour Notre-Dame nous connaîtrons bientôt la cause probable, peut-être même sera-t-elle avérée. Mais nous voudrons aussi y voir un signe, un signe des temps.

Le malheur stimulus de la réforme
Chez certains croyants on entend que le malheur serait l’occasion donnée d’une conversion. Un signe comme le songe de saint François où il entendit le seigneur lui dire : « Va François rebâtis mon Église », serait l’invitation providentielle à joindre la reconstruction matérielle de Notre-Dame à la réforme morale de l’Église de France et de ces clercs en particulier. On peut aussi y lire une incitation plus patriotique et volontariste, celle de la plus haute autorité politique : « La France ne se laisse pas abattre, touchée au cœur elle peut se relever » là encore la reconstruction des voûtes de Notre-Dame sert le projet de cohésion sociale « Nous avons tant à reconstruire », affirmait le Président de République.

Le péché et sa dette
Si nous devons renoncer à une explication purement déterministe qui ruinerait le libre arbitre : tel péché entraîne telle conséquence, le raisonnement a cependant une vertu pédagogique. En ce sens nous pouvons reprendre la prière : « tes flèches m’ont frappé, ta main c’est abattu sur moi » (Psaume 37 (38), 3). Les malheurs sont alors interprétés comme une peine médicinale causée par la providence, disons-le c’est le thème de la colère de Dieu, souvenons-nous que cette colère est une figure de style, on prête des traits et un caractère humain à Dieu. La colère de Dieu rien ne peut la retenir, la dette du péché personne ne peut la payer ! et si pourtant car « Voici l’Homme ! », Jésus sauve ! Si donc pour les hommes la colère et le symptôme de l’impuissance, concernant le Tout-puissant les malheurs que nous prenons pour l’expression d’une colère sont de notre aveu même l’attente d’un salut : « Voyez-le, maintenant, c’est moi, et moi seul ; pas d’autre dieu que moi ; c’est moi qui fais mourir et vivre, si j’ai frappé, c’est moi qui guéris, et personne ne délivre de ma main. » (Deutéronome 32, 39).

Du meilleur des mondes possible au monde nouveau
Évidemment l’explication providentialiste du type de celle de Leibnitz : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des monde possible » entraîne la réaction voltairienne, en effet le scandale d’une telle providence n’est que trop évidente, si nous oublions que la clé de l’histoire est détenue par Dieu : « Le Seigneur ne saurait abandonner le juste ni le laisser condamner par ses juges, espère le Seigneur et garde son chemin, il t’élèvera jusqu’à posséder la terre » (Psaume 36 (37), 33-34). L’homme selon Voltaire est responsable certes mais il ne répond à personne d’autre qu’à lui-même, pas plus qu’il ne va quelque part. Face au malheur la réponse du stoïcisme a sa grandeur, mais celle de la foi, ouvre sur l’espérance qui permet de ne pas se laisser engloutir par « ce qui arrive », rien de ce qui est beau ne sera perdu, c’est vrai pour les hommes comme pour les pierres car : « nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps. Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance » (Romains 8, 23-24).
P. Jérôme BASCOUL

Éditorial

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