Les Scalabriniens, un charisme pour notre temps

Il sera ordonné prêtre le 29 juin prochain, aux côtés de sept autres ordinands. Joseph Dominique Barly Kiweme Ekwa fait partie de la congrégation des Missionnaires de saint Charles-Scalabriniens, du nom de leur fondateur, Giovanni Battista Scalabrini. Fondée au XIXe siècle, cette communauté a pour ambition de venir en aide aux migrants. À sa création, ils étaient Européens et catholiques pour la plupart. Aujourd’hui, ils sont Africains et musulmans, souvent. Mais pour le reste, rien n’a changé.

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Procession des off randes à St-Bernard de La Chapelle (18e) en 2010.
© Trung Hieu Do / Diocèse de Paris

Il est des symboles qui ne s’oublient pas. L’occupation de St-Bernard de La Chapelle (18e) en 1996 par des Maliens et Sénégalais sans-papiers, l’assaut donné par les forces de l’ordre, l’émotion suscitée à l’époque, ont fait connaître cette paroisse, située dans le quartier de la Goutte d’Or, bien au-delà du simple cercle de ses paroissiens. Dans cet arrondissement, depuis le XIXe siècle, les vagues de migration successives ont laissé une forte empreinte multiculturelle. Il suffit, pour le constater, de se promener dans les rues en plein ramadan. Les échoppes bigarrées débordent de gâteaux et de confiseries dégoulinants de miel, en prévision des repas qui marqueront la rupture du jeûne. Il semblait donc logique que le diocèse de Paris décide, il y a douze ans, de confier la paroisse aux religieux scalabriniens. Cette congrégation fondée à la fi n du XIXe siècle par Mgr Giovanni Battista Scalabrini, évêque de Plaisance (Italie), a pour vocation d’accompagner les migrants. « Dans cette ville proche de Milan, raconte l’actuel curé de St-Bernard, le P. Livio Pegoraro, Mgr Scalabrini avait été touché par ces paysans venus des vallées des Apennins, qui trouvaient refuge dans les gares de Plaisance ou Milan, avant de pouvoir émigrer vers d’autres pays d’Europe ou vers les Amériques. » Car, tient-il à rappeler, avant d’être mondial, le phénomène migratoire était d’abord européen. Des paysans pauvres pour la plupart, fuyant la misère de leur pays pour aller trouver de meilleures conditions de vie ailleurs. » Face à cette situation qu’il juge insoutenable, Mgr Scalabrini décide de fonder, le 27 novembre 1887, la congrégation des Missionnaires de saint Charles-Scalabriniens. « À l’époque, les premiers religieux étaient chargés de soutenir ces paysans catholiques dans leur foi et les aider à s’intégrer plus facilement dans la société qui les accueillait. » Les années 1960-1970 marquent un tournant pour l’ordre. Face aux bouleversements des flux migratoires, le charisme initial s’élargit. « Le risque, pour toute congrégation, est que son charisme s’atrophie, résume le P. Pegoraro. Aujourd’hui, les migrants ont changé. Ils ne viennent pas des mêmes pays, n’ont pas la même religion. La migration s’est globalisée. À nous aussi, ce changement de paradigme a posé des questions. Comme dans beaucoup de pays en Europe, l’Italie a vu ses vocations se tarir avec la sécularisation. Aujourd’hui, nos prêtres sont mexicains, vietnamiens, congolais… » C’est le cas des deux religieux qui secondent le P. Pegoraro à St-Bernard, qui reste, ce dernier tient à le rappeler, d’abord une paroisse. « On y célèbre des messes, des baptêmes, on y fait le catéchisme. Mais c’est vrai que l’accueil des migrants – vestiaire, café, cours de français, etc. – mobilise une bonne partie de la centaine de bénévoles paroissiaux. Aujourd’hui, la congrégation compte près de 700 religieux, hommes et femmes, répartis dans une trentaine de pays. À Paris, un centre d’étude sur l’immigration s’est monté dans les années 1970, près du faubourg Saint-Antoine, et un scalabrinien occupe actuellement la tête du Service national de la pastorale des migrants à la Conférence des évêques de France. Le charisme de la communauté est donc toujours bien actuel, en parfaite résonnance avec l’appel réitéré du pape François à « accueillir, protéger, promouvoir et intégrer » nos frères migrants.

Priscilia de Selve

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