Lettre de l’archevêque d’Athènes Jérôme à Olav Fykse Tveit

Notre Église a la responsabilité de se faire l’écho et d’amplifier la voix de ceux qui demandent notre assistance, de condamner toute tentative de rabaisser et de dégrader le caractère sacré de la personne humaine, de déclarer notre peine pour tout ce qui tourmente les êtres humains, de servir et d’assister tout être humain de toutes nos forces et de tout notre puissance. Au sein de la communauté plus large des Églises européennes, à tous ceux qui restent fidèles aux principes fondateurs de l’aventure européenne, notre discours constitue un signe prometteur de coopération et de réconciliation, un appel à l’unité et à la sagesse, une déclaration de paix et de fraternité.

Révérend,
Avec un profond sens de la responsabilité et avec grande peine dans le cœur, le Saint-Synode de l’Église de Grèce suit les tribulations sans fin des réfugiés qui affluent dans notre petit pays. Dans leur long et difficile voyage de la guerre vers la paix, des centaines de milliers de réfugiés souffrants traversent, dans des circonstances dramatiques, notre pays, affligés et épuisés en raison de la crise économique. Conscient de la gravité de la situation, notre Saint-Synode vous lance un appel, afin que les membres de la communauté internationale, avec leur autorité institutionnelle, leur bonne volonté, leur voix respectée et leur influence sociale, joignent leurs forces pour résoudre ce très grand problème, à savoir la vague de réfugiés la plus importante sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale. Les confrontations armées, les guerres civiles, les intérêts économiques, la pauvreté et l’injustice croissante dans la zone élargie de la Méditerranée continuent à pousser des millions d’êtres humains, nos frères, vers un voyage incertain et dangereux qui, très souvent, connaît une fin tragique. Nos mers sont devenues des tombes liquides. Nos îles et notre peuple se tiennent aux côtés des désespérés avec un altruisme émouvant. L’Église de Grèce, profondément affligée par l’hécatombe de victimes produite par la guerre et leur besoin de trouver un refuge, prie pour les âmes des victimes innocentes, pour la cicatrisation des conséquences douloureuses des conflits armés et pour la restauration de la paix dans le monde entier. Aussi, nous vous appelons à déployer, conformément à votre autorité institutionnelle, tous les efforts possibles de telle façon que la guerre civile – « la guerre fratricide » – dans la zone étendue de la Syrie prenne fin, que les gens et les familles ne soient plus déracinés de leurs foyers ancestraux, et que ceux qui vivent déjà comme réfugiés soient assistés pour surmonter leurs peines. Par ses organisations caritatives et ses structures institutionnelles, l’Église de Grèce continue à offrir son soutien, contribuant à l’assistance des réfugiés affligés. C’est ce que nous avons fait en tant qu’Église à travers notre histoire deux fois millénaire, c’est ce que nous faisons aujourd’hui et ce que nous ferons à l’avenir, dans la mesure où nos ressources limitées et le cœur généreux de notre peuple nous le permettent. Cependant, nous partageons le point de vue du gouvernement hellénique, et nous croyons que notre petit pays, exsangue du fait de la crise économique qui dure depuis de longues années, n’est pas en mesure de faire face seul à ce problème majeur des réfugiés. Pour cette raison, des interventions importantes sont requises impérativement. Nous considérons que la solidarité européenne doit se manifester, avant tout par le réexamen de la décision de fermer les frontières, mais aussi par des efforts substantiels pour éliminer la racine des causes de la crise des réfugiés.
Révérend,

Dans le contexte de la crise actuelle, il est fait fréquemment référence à la crise budgétaire et financière. Ce serait très triste que nous fassions ensemble l’expérience de quelque chose de pire et que personne ne désire, à savoir la banqueroute des valeurs fondamentales de l’esprit européen et des principes qui ont construit l’Union européenne. Malgré le soutien caritatif de l’Église de Grèce, le gouvernement hellénique n’a pas le pouvoir de gérer ce problème crucial à lui seul. Nous croyons que les solutions existent réellement et qu’il est de notre devoir sacré d’agir de façon responsable. Notre Église a la responsabilité de se faire l’écho et d’amplifier la voix de ceux qui demandent notre assistance, de condamner toute tentative de rabaisser et de dégrader le caractère sacré de la personne humaine, de déclarer notre peine pour tout ce qui tourmente les êtres humains, de servir et d’assister tout être humain de toutes nos forces et de tout notre puissance. Au sein de la communauté plus large des Églises européennes, à tous ceux qui restent fidèles aux principes fondateurs de l’aventure européenne, notre discours constitue un signe prometteur de coopération et de réconciliation, un appel à l’unité et à la sagesse, une déclaration de paix et de fraternité. Dans les circonstances actuelles défavorables, que prévale la sagesse, que la solidarité européenne se manifeste et que la coopération de toutes les parties soit assurée. Nous croyons que, avec votre sens aigu du discernement, vous reconnaîtrez le poids auquel nous sommes ici exposés. Aussi, nous attendons votre réceptivité et votre intervention substantielle. Dans un tel espoir, nous vous remercions par avance et vous souhaitons l’aide de Dieu dans l’exercice de vos importantes fonctions, et vous saluons avec profonde estime et grand respect.
Jérôme II, archevêque d’Athènes et de toute la Grèce. Le 6 avril 2016
Source : COE

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