Leurs voix couvrent le bruit de la guerre

Une chorale chrétienne d’Alep (Syrie), Naregatsi choir, sera en tournée en France du 12 au 24 octobre pour fi nancer la reconstruction de la cathédrale maronite St-Élie d’Alep. Leur premier concert aura lieu à N.-D. des Champs (6e). Retour sur l’histoire d’un choeur oecuménique, né sous les bombes.

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Naregatsi choir, le 18 avril 2018, devant la citadelle d’Alep (Syrie).
© Simon Ayoub

Alep, quartiers ouest, 2012. Les obus tombent dans la rue, en face de chez elle. « À chaque fois que cela arrivait, raconte Khatoun Artin Bernoty, 35 ans, je chantais quelque chose à ma fille, qui se sentait alors en sécurité. » Elle continue : « Pour la mettre à l’abri du bruit terrifiant, je la prenais dans mes bras et nous dansions. » Khatoun Artin Bernoty est membre du chœur œcuménique Naregatsi choir, depuis 2010. Année où le P. Yeghiche Elias Janji a relancé cette chorale chrétienne, créée à Alep quinze ans auparavant par un croyant arménien, et baptisée du nom de Grégoire de Narek, docteur de l’Église arménien.

« La dimension œcuménique de la chorale s’est constituée très naturellement, entre arméniens catholiques, syriaques, maronites, melkites ou orthodoxes, car nous vivons ensemble, explique Simon Ayoub, franco-syrien responsable de la tournée de la chorale en France. L’idée du P. Janji – décédé dans un accident de voiture en avril – était de donner une bouffée d’air à tous les Aleppins, chrétiens et musulmans. De faire de la musique, une thérapie contre la souffrance. » Depuis 2010, bombardements ou pas, les répétitions ont lieu quatre fois par semaine, dans les locaux de diverses églises : melkite, arménienne ou maronite.

« Un jour, se souvient Maya Dabbagh, 30 ans, nous nous sommes cachés dans la chapelle de l’église où nous répétions, durant une heure. Nous avons alors décidé de parer aux obus avec nos cantiques. C’était notre façon de pulvériser ce qui était en train de nous détruire. Quand on répétait, on oubliait que c’était la guerre. » Ce sont ces quarante chanteurs et musiciens aleppins, de 18 à 40 ans, qui ont insisté pour continuer, et « donner de l’espérance aux syriens, par leurs récitals (classiques, NDLR) », remarque Mgr Joseph Tobji, archevêque maronite d’Alep. Cela a très bien marché ; ils ont même donné un concert à l’Opéra de Damas ». Souvenir mémorable, à l’image de ce chaud été 2017, quand les chanteurs de Naregatsi avaient élevé leurs voix sous une voûte étoilée… entre les quatre murs de la cathédrale maronite St-Élie d’Alep, dont le toit fut détruit en août 2012.

Les tirs d’obus ont aussi ravagé les murs intérieurs, l’horloge, et cassé le carillon, dont les cloches ont sonné à nouveau pour la première fois le 1er décembre 2017. Est ainsi venue, peu après ce concert, l’idée d’organiser, en partenariat avec l’Œuvre d’Orient, une tournée qui permette de financer la reconstruction du toit. À la suite du décès accidentel du P. Yeghiche Elias Janji, Georges Baly, son ancien professeur de musique, a décidé de reprendre la direction musicale du chœur, et Mgr Joseph Tobji, d’accompagner le projet. Ce dernier rappelle : « Nous espérons récolter de l’argent, mais nous venons aussi en France pour dire à tout le monde que nous sommes encore en vie et que nous n’avons pas perdu l’espérance. Nos voix l’expriment. À Alep, la vie reprend un cours à peu près normal. Malgré les difficultés et les souffrances de la reconstruction, nous collaborons avec le Seigneur. Tout ce que l’on peut faire pour la vie, nous le faisons. »

Laurence Faure

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