Lui, c’est la vitesse

Après avoir rêvé, enfant, devant les Grands Prix de Formule 1 à la télévision, le P. François Lainé, curé de St-Antoine des Quinze-Vingts (12e), revêt régulièrement sa combinaison pour faire brûler la gomme de son kart. Voici le deuxième volet de notre série de portraits, insolites, de prêtres parisiens.

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Le P. François Lainé, lors de sa première course de kart, à Salbris (Loir-et-Cher), en 2004.
© D.R.

Dans le bureau de l’appartement du P. François Lainé, curé de St-Antoine des Quinze- Vingts (12e) depuis 2014, il y a une longue-vue dirigée vers le ciel. Il y aussi, sur une étagère, bien rangées, des coupes dorées qui scintillent sous la lumière rasante d’un soleil de février et dans les yeux de celui qui les a reçues il y a quelques années. « Celle-là, c’était pour ma première course de kart, une course d’endurance de deux heures, en relais, se rappelle le P. Lainé. À Salbris (Loir-et-Cher), en 2004. Improbable. Je débutais tout juste. C’était génial mais j’en suis sorti KO. Un kart m’est monté dessus… »
C’est Vincent, l’un de ses paroissiens alors qu’il était vicaire à St- François-de-Sales (17e), qui avait inscrit le prêtre à la course. Ce même Vincent qui avait transmis quelques années plus tôt sa passion du kart au prêtre parisien. C’était au début des années 2000. Innocemment, le P. Lainé parle régulièrement avec Vincent de « F1 ». « J’ai toujours été passionné de Formule 1, explique le P. Lainé. Enfant, je regardais à la télé-vision, avec mes quatre frères et mon père, les Grands Prix », sourit celui qui a aujourd’hui soufflé ses 55 bougies. Cette habitude, François la garde, même après son ordination, par le cardinal Jean-Marie Lustiger, en 1996.
Un jour, Vincent lui confie avoir plusieurs karts et emmener régulièrement ses fils courir avec lui. Il propose au prêtre de les accompagner. Malgré une légère appréhension, le P. Lainé accepte. Et devient rapidement mordu. « J’aime beaucoup cet esprit de compétition, le travail d’équipe et le dépassement de soi-même qu’induit ce sport. Et puis, faire du kart demande beaucoup de concentration, ajoute-t-il. Il faut étudier sa trajectoire, savoir freiner au bon moment, saisir l’instant opportun pour doubler. Cette sensation de faire corps avec la machine, tout en essayant de la dompter. » Attitude masculine, explique-t-il. Comme cette envie de « tester ses limites », ce « goût du risque ». Grisé par cette discipline, le prêtre prend alors l’habitude, le lundi, jour de congé, de s’échapper de Paris pour brûler l’asphalte de la piste d’Angerville (Essonne). Il détonne dans ce milieu éloigné de l’Église, interpelle. En 2002, il est nommé à Ste-Anne de la Butte-aux-Cailles (13e) mais entretient toujours son amitié avec Vincent qui décide de lui offrir un kart, une combinaison et une trousse à outils. Le prêtre emmène alors tourner des amis, d’autres confrères aussi, notamment le P. Antoine Germain qui le suit rapide-ment dans cette passion.

En 2008, la première Padre Cup – course de kart de prêtres – s’organise, à Trappes (Yvelines). Après avoir constitué une équipe avec deux prêtres de sa paroisse, le P. Geoffroy de Talhouët et un prêtre étudiant, originaire du Bénin, le P. Lainé y participe. Même s’il finit, lors du tour d’essai, en « pôle position » (le meilleur temps), son équipe ne gagne pas la course. « Le prêtre béninois prenait un peu son temps », explique-t-il en riant. Trois ans plus tard, il prend sa revanche lors d’une édition parisienne organisée avec le P. Germain. Mais le décès brutal, en 2013, de ce dernier, à l’âge de 37 ans, « marque un certain coup d’arrêt » à sa passion. Car le kart, c’est aussi et avant tout « un moment de fraternité partagé » • Isabelle Demangeat

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