Malgré les obstacles, devenir femme

Dans une petite impasse du XIXe arrondissement de Paris, discret mais bien établi depuis 1954, un foyer de l’association Claire Amitié accueille une vingtaine de jeunes femmes en difficulté. Son objectif : qu’elles se (re)construisent et deviennent autonomes.

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Foyer Claire Amitié
© Laurence Faure

Clara [1], volubile, bouge sur sa chaise, parle, s’interrompt, reprend. La jeune fille de 20 ans au regard à la fois craintif et espiègle, sait ce qu’elle veut faire plus tard. « Enfin, pas tout à fait, mais ce sera dans l’informatique ». Elle vient du « 94 » : « J’ai toujours été dans des foyers sociaux, j’ai l’habitude. » Pudique sur son histoire familiale, Clara pioche un beignet confectionné par la sympathique bande de jeunes femmes qui entoure, en cette fin d’après-midi, la table basse de la salle commune du foyer parisien de Claire Amitié.
Née en 1946, au creuset de la Jeunesse ouvrière chrétienne féminine (JOCF), l’association a été créée par une jeune femme laïque, Thérèse Cornille. « Elle fut touchée par la misère sociale des ouvrières du Nord de la France, raconte Sylvie Loury, responsable générale adjointe de Claire Amitié Universelle. Dès lors, Thérèse Cornille a progressivement ouvert en France six foyers d’accueil pour jeunes femmes en difficulté. » Celui de Paris, rue de l’Ourcq (19e), est créé en 1954. L’association œuvre aussi en Afrique, au Brésil ou au Cambodge. « L’objectif, explique cette laïque engagée dans le célibat pour le Christ, c’est l’accompagnement de ces jeunes femmes aux parcours chaotiques et parfois traumatisants, vers un accès à l’emploi et vers un logement autonome. La vie communautaire et fraternelle proposée ici, nos activités, permettent à chacune de mieux se connaître pour s’épanouir… et pouvoir prendre sa vie en main. »

Toutes accueillantes, bien que sur la défensive pour certaines, les jeunes femmes se livrent simplement, avec ou sans le sourire. Il y a Marie, née en Côte d’Ivoire, arrivée en France en 2017. Fatima, 22 ans, de Guinée Conakry. Gaëlle, de la République démocratique du Congo. Leurs vies sont le reflet des conflits dans certains pays du monde, de situations familiales et économiques précaires. L’une a fui son pays, son petit boulot de coiffeuse, la servitude sous la coupe d’une belle-mère, et un mariage forcé… Valérie, Ivoirienne, a déposé sa demande d’asile pour pouvoir travailler « dans le soin aux personnes ». Elle a vécu huit mois dans un squat à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) l’année dernière, et est finalement arrivée là en février. Son parcours d’émigrante, de l’Afrique à la France, on le connaît par les médias ; mais là, il a un visage, une histoire. À ce jour, dix-sept jeunes femmes de 18 à 25 ans vivent au foyer, et cinq autres dans des studios en semi-autonomie. Fatima, qui vivait dans un accueil de jour parisien et dans les gares la nuit, explique, soulagée : « Vivre ici change ma vie : on est occupé, on peut dormir, manger, se laver... Je n’ai jamais vécu cela chez moi, personne ne me commande. »
Vie communautaire oblige, des règles sont édictées : pas de sortie le soir, du lundi au jeudi, et présence obligatoire au dîner. Autour de la table basse, il y a aussi Catarina, 42 ans, éducatrice complice. Et Wanda, également issue « des foyers », intégrée dans un dispositif d’aide à l’emploi pour « travailler comme auxiliaire vétérinaire ». Activités manuelles, accompagnement social, notions budgéraires, formation humaine, font aussi partie de leur apprentissage… « Mais il ne s’agit pas uniquement d’insertion, prévient Sylvie Loury. L’enjeu est que ces jeunes femmes prennent leur place dans la société. »

Laurence Faure

[1Par discrétion, les prénoms ont été changés.

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