Maraudes : à la rencontre des personnes de la rue

Une à deux fois par semaine, des membres de l’équipe « tournées rue » de Saint-Antoine des Quinze-Vingts (12e) vont, le soir, à la rencontre des personnes sans-abri de leur quartier pour leur proposer soupe et café ainsi qu’écoute et soutien moral.

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Au passage Hennel (12e), des personnes dorment sous tentes. Ici, Odile et Nicolas discutent autour d’un café avec Lydie et Pascal.
© Ariane Rollier

20h30. Au relais Saint-Antoine, situé rue Emilio Castelar, Odile et Nicolas sont fin prêts pour s’attaquer au froid et à la rue. Bonnets vissés sur la tête, boissons chaudes ficelées dans un caddy brinquebalant, ils sont rompus à cet exercice, qui démarre rue du Faubourg Saint-Antoine.

On y croise plusieurs hommes, seuls, alcoolisés, mais joyeux. Ils ont déjà le ventre plein. Allongée dans un recoin de la rue, au pied d’une fontaine, une femme d’une cinquantaine d’années accepte en revanche bien volontiers un verre de soupe chaude et un café. Elle se fait difficilement comprendre : arrivée à Paris il y a peu de temps, elle attend que sa fille soit opérée pour rentrer dans son pays. Assise à ses côtés, Odile l’interroge délicatement, l’écoute attentivement, pendant que Nicolas propose madeleine et sucre pour accompagner la boisson. Après quelques minutes d’échange, les bénévoles décident de repartir à la rencontre d’autres personnes.

En cette soirée de février, ils sont nombreux à dormir dans la rue ou à trouver des « combines », comme l’explique Habib [1], habitué des tournées rue paroissiales. Récemment éjecté de sa place par les vigiles d’un parking voisin, il cherche depuis un endroit où poser durablement ses affaires. En attendant, le soir, il prend le bus de nuit à la gare de l’Est pour dormir au chaud, le temps d’un tour, soit une heure et quart. À chaque terminus, il doit descendre. Il est fatigué, admet-il. Et puis révolté contre ceux qui l’ont forcé à quitter sa place, surtout pendant la période de grand froid. Durant de longues minutes, il revient sur cet événement, racontant qu’il s’est défendu, pacifiquement, en cherchant à savoir en quoi il gênait. « Depuis que je suis né, on me dit que je ne dois pas être là, mais je suis là », avance-t-il. Alcoolisé, il n’en a pas moins quelques fulgurances. Certains propos emprunts de philosophie, du type « le bonheur des uns fait le malheur des autres », laissent les bénévoles cois. L’homme d’origine tunisienne pourrait parler des heures. Mais avec autant de bienveillance que de fermeté, Nicolas lui fait comprendre que d’autres aussi attendent une boisson chaude pour les réconforter.

Un peu plus loin, le passage Hennel accueille d’un côté plusieurs tentes dans lesquelles des femmes sont déjà installées. Dehors, une femme traque, hagarde, fouillant les poubelles. Pascal et Lydie discutent quant à eux avec deux bénévoles de l’équipe des maraudes de la paroisse du St-Esprit (12e). Rapidement, ceux-ci s’éclipsent pour laisser à Odile et Nicolas la possibilité de retrouver leurs amis. Le moment est convivial. Jovial, Pascal raconte la galère de la rue, sa recherche inaboutie de petits boulots comme plongeur dans les bistrots. Autrefois déménageur et palefrenier, un accident du travail a mis un terme à ces missions pour le moins physiques. Au St-Esprit, il a eu la chance d’être hébergé trois années de suite avec Hiver solidaire. Lydie connaît aussi les lieux : « Là-bas c’est bien, c’est grand, on a chacun notre espace, on peut laisser ses affaires, c’est chauffé », raconte-t- elle reconnaissante. Avec ces personnes-là, on peut oublier un instant qu’on est dans la rue.

Mais l’heure tourne et bientôt tout le monde sera couché. L’équipe de St-Antoine des Quinze-Vingts reprend sa tournée pour se rapprocher de la gare de Lyon. À côté des parkings sous-terrain, ils sont nombreux à avoir trouvé un lieu à l’abri du vent et de la pluie. Comme Costel, qui vient de finir son cassoulet et qui donne leur dîner à ses chiens, Mario et Larissa. Ou Jean, un jeune Français, qui tout en se disant s.d.f. manifeste clairement ne pas souhaiter parler. Plus loin, Nicolas et Odile abordent encore un Slovaque et deux Roumains sur le point de s’endormir, puis un jeune homme qui vient de sortir du commissariat et qui savoure ce moment-là.

22h45. Dans la rue, tout le monde est couché. Et les thermos sont vides. Il est l’heure de rentrer. Sur un petit carnet, Nicolas a soigneusement noté le nom de chaque personne rencontrée et l’essentiel du contenu des échanges afin de tenir informés les membres de l’équipe qui partiront deux jours plus tard en tournée. Ce sera alors à eux de jouer ! • Par Ariane Rollier

[1Les prénoms de plusieurs personnes ont été changés par souci de discrétion.

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