Interview de Mgr André Vingt-Trois par Radio Notre Dame

Paris Notre-Dame — 17 février 2005

Le vendredi 11 février 2005, en la fête de Notre-Dame de Lourdes, Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Tours [1], a été nommé archevêque de Paris. Pour vous le présenter, nous publions des extraits de l’interview accordée en exclusivité à Radio Notre-Dame (le 11 février).

Mgr Vingt-Trois, nouvel archevêque de Paris

RADIO NOTRE-DAME — Monseigneur, que retiendrez-vous de vos six années d’épiscopat à Tours ?

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L’installation de Mgr André Vingt-Trois sera célébrée le samedi 5 mars à 18h30, à la cathédrale Notre-Dame de Paris
© Hugues-Olivier Brillouin

MGR VINGT-TROIS — D’abord, ce qui peut paraître trivial, mais qui est très important, ce sont les ciels bleus de Touraine qui font partie d’une géographie d’ensemble, d’un agrément de l’existence, d’un ensemble apaisant et stimulant. Ensuite, c’est la cordialité des Tourangeaux, leur ouverture et leur respect mutuel : ils peuvent être en désaccord et combattre des projets, mais ils le font toujours avec un grand respect de leurs adversaires. Et enfin, je garde le souvenir d’une Église très vivante et très motivée, car nous avons pu, en l’espace de deux années, mettre en place un plan d’action pour les cinq années à venir. Et cela supposait qu’il y ait des gens qui répondent.

À Tours, vous vous êtes préoccupé de dynamiser la vie des paroisses. Vous avez œuvré aussi pour la relance des vocations sacerdotales. Lors de la visite ad limina de l’an passé, vous avez fait part au Pape de « l’épreuve de la pénurie ». Quel regard portez-vous sur la situation de l’Église, aujourd’hui, en France ?

MGR VINGT-TROIS — L’épreuve de la pénurie que je voulais signifier est que, dans notre manière de réfléchir et dans notre manière d’imaginer l’annonce de l’Évangile, nous devons intégrer que, statistiquement, le rapport numérique des prêtres à la population ne sera plus le même. Cela appelle donc une organisation nouvelle de la vie ecclésiale, et c’est une épreuve car cela suppose que l’on redistribue des activités autrement et que l’on imagine d’autres formes d’activités. Ce genre de mutation assez profonde demande en général une génération parce que c’est toujours difficile de se départir de ses habitudes pour faire autrement.

Archevêque à Paris, vous allez imaginer autrement ?

MGR VINGT-TROIS — Mon travail est surtout de stimuler. Je ne suis pas chargé d’imaginer l’Église de 2015 mais je suis chargé de faire vivre l’Église de 2005. Il faut la stimuler, l’encourager, favoriser des gens qui ont l’intuition ou le talent de lancer de nouveaux projets, de prendre des risques pour faire autre chose. Il faut avancer.

Pourquoi, selon vous, l’Église a du mal à faire passer son message dans la société, aujourd’hui ?

MGR VINGT-TROIS — Mais cela n’a jamais été facile ! Jamais personne n’a trouvé agréable de s’entendre appeler à prendre sa croix et à suivre le Christ tous les jours. C’est une illusion d’optique de croire qu’à quelque moment, il y a eu des gens qui ont dit : « Chic, on va souffrir ». Personne n’a jamais envie de se sacrifier, de rajouter une activité à d’autres activités. Cela a toujours été le résultat d’un choix de la liberté et d’un choix qui coûte. Peut-être que l’on est plus ou moins habile à présenter l’appel du Christ pour motiver ce choix, mais on n’est pas dans une situation plus difficile qu’à d’autres époques. Elle nous apparaît peut-être d’une difficulté nouvelle parce qu’on est moins familier avec certains registres culturels, mais l’Évangile n’est pas une culture. C’est d’abord une Parole et une Parole de Dieu pour tout homme.

Comment doit faire le Pasteur pour aider à ce choix ?

MGR VINGT-TROIS — Le pasteur doit d’abord essayer de fonctionner de telle façon que les décisions ou les choix proposés ne soient pas idéologiques, mais que ce soit vraiment le choix du Christ. C’est-à-dire d’aider les hommes et les femmes de notre temps à être confrontés à la Parole du Christ. Car c’est cette Parole qui est la seule capable de toucher le cœur de l’homme. Le reste suit.

Quel appel faîtes-vous aux Parisiens ?

MGR VINGT-TROIS — Mon premier appel — et qui découle de ce que j’ai perçu de Paris Toussaint-2004 —, c’est d’accepter et de prendre la mesure de la transformation à laquelle nous sommes confrontés : on ne peut plus être des chrétiens clandestins. Cela ne veut pas dire de défiler dans la rue avec des banderoles, mais cela veut dire que notre identité chrétienne soit connue et reconnue.

[1Il est aussi président de la Commission de la Famille de la Conférence des évêques de France, et membre du Comité de présidence du Conseil pontifical pour la Famille.

Article extrait de Paris Notre-Dame du 17 février 2005

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