Mieux comprendre le burn-out

Paris Notre-Dame – Selon les médecins, le burn-out toucherait aujourd’hui de plus en plus de Français. Quels en sont les signes caractéristiques ?

Mgr Pascal Ide, prêtre du diocèse de Paris et membre de la communauté de l'Emmanuel, est docteur en médecine, en philosophie et en théologie. Il a récemment publié le livre Le burn-out, une maladie du don (Éd. Quasar).
Mgr Pascal Ide, prêtre du diocèse de Paris et membre de la communauté de l’Emmanuel, est docteur en médecine, en philosophie et en théologie. Il a récemment publié le livre Le burn-out, une maladie du don (Éd. Quasar).
© D. R.

Mgr Pascal Ide – Ce terme anglais – qui signifie « griller », « brûler », « s’user » – a été proposé pour la première fois par le psychiatre américain Herbert Freudenberger, en 1974, pour désigner l’épuisement professionnel. Celui-ci ne se réduit pas à de la grande fatigue. La majorité des chercheurs le caractérisent par trois signes principaux : épuisement émotionnel (absence totale d’énergie pour le travail et carence de motivation), dépersonnalisation (désengagement par rapport aux sujets que la personne a en charge), et diminution de l’accomplissement personnel (forte impression d’échec). Toute personne qui exerce une activité, rémunérée ou non, peut, un jour ou l’autre, souffrir de burn-out. Toujours avec des signaux avant-coureurs pendant des mois. De la même façon qu’un téléphone portable indique le niveau de déchargement de sa batterie, avant de s’éteindre s’il n’est pas rechargé à temps, le corps humain envoie lui aussi des signaux lorsque ses réserves d’énergie diminuent.

P. N.-D. – Les chercheurs constatent que ce syndrome touche particulièrement les personnes généreuses et dotées d’un idéal élevé. Pourquoi ?

Mgr P. I. – Ces personnes donnent beaucoup d’elles-mêmes, parfois sans mesure. Si elles ne prennent pas le temps de se ressourcer, de se reposer, le burnout peut se déclarer. Je me souviens d’un jeune prêtre qui, après une année très chargée, a pris seulement quatre jours de vacances, allant de camp en camp pendant son été. Il a dû être hospitalisé et a mis deux ans pour s’en remettre. Je pense à ce laïc engagé à mi-temps dans la pastorale des jeunes de sa paroisse avec grande générosité. Après un an, il se plaignit de ne pas être reconnu ; il a développé une amertume vis-à-vis de son curé, puis de l’équipe pastorale. C’est un des facteurs favorisant le burn-out.

P. N.-D. – Pour éviter le burn-out, faudrait-il alors renoncer à donner aux autres ?

Mgr P. I. – Évidemment, non. Il ne s’agit pas de moins se donner mais de mieux se donner. Comment ? Deux conseils parmi beaucoup. D’abord, apprendre à recevoir. L’homme est créature avant d’être créateur, il se reçoit avant de se donner. Recevoir revient à accepter de consentir à ses limites et à prendre soin de soi-même. Il faut aussi garder ce qu’on a reçu, c’est-à-dire se l’approprier, le faire sien, l’intérioriser. Ensuite, apprendre à donner par gratitude et sans attendre de retour : « Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement » (Mt 10, 8). Souvent, cette attente n’est pas nommée. Accéder à un don sincère et désintéressé prend du temps. Cela demande de prendre conscience des motivations secrètes et narcissiques de nos actions. Méditer cette phrase de saint Paul peut aider : « Même si je livrais mon corps, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien » (1 Co 13, 3). Un don fait sans attendre de retour est source d’une joie imprenable. Celui qui donne ainsi ne fatigue, ni ne se fatigue. ❏ Propos recueillis par Céline Marcon

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