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Mulan

Niki Caro

Niki Caro, 2020. Critique du père Denis Dupont-Fauville.

Disney s’échine en vain

Au commencement était un conte chinois, plein de poésie et de paradoxes, de force et de fragilité. Il était devenu un dessin animé produit par Walt Disney, perdant de sa sagesse au profit d’un exotisme un peu artificiel mais donnant aux enfants de quoi rêver et pouvoir s’identifier à la jeune héroïne, appelée à assumer son originalité pour se montrer digne des siens.

Puis est venue l’idée de transposer le dessin animé en un « vrai film » ; l’histoire en deux dimensions devient un récit en trois dimensions. Malheur : même si le volume spatial est venu s’ajouter, toute l’épaisseur narrative et symbolique du conte a disparu, livrant passage à la transposition codée d’une programmation abstraite et privée du moindre relief.

Plusieurs choix étaient en effet possibles pour mettre en valeur tel ou tel aspect du mythe initial. Mais nous voici projetés à l’extérieur du cadre, au service d’un discours sans racines anciennes. La rêverie de l’enfance cède la place à la conscientisation idéologique, la grandeur de la guerre à un graphisme non violent, la splendeur de l’Orient à une vision de supermarché, l’attraction des sexes à une dialectique des genres, les étapes de l’initiation à la validation d’un programme.

Dès lors, les enjeux de construction anthropologique sont remplacés par l’affirmation d’identités interchangeables. La jeune femme ne se révèle plus à elle-même, mais doit montrer qu’elle fait mieux que les hommes ; les sentiments qui pourraient naître entre elle et l’un de ses compagnons de combat s’évanouissent dès lors que sa féminité est dévoilée (les scénaristes expliquant sans ambages qu’il s’agit de ne pas heurter la communauté lgbtq) ; les scènes de maîtrise de soi s’apparentent à des tours de magie. Typique et navrante, l’apparition de la merveilleuse Gong Li, égérie de Zhang Yimou, sorcière transformée en suffragette aînée prête à trahir ses alliés du moment que ce sont des hommes. Reste une histoire sans vie et sans fraîcheur, à la logique froide et dépourvue d’émotion.

Par un terrible humour, la crainte du Coronavirus a empêché ce film de sortir dans les salles de cinéma, au moins dans les pays les plus riches. Mieux encore, sa diffusion en streaming s’est accompagnée d’une taxation prohibitive, qui lui permet déjà une rentabilité hors normes [1]. Nous sommes bien au bout d’une logique capitaliste, qui fait fi de tout ce qui touche à l’art ou à la tradition du spectacle et de l’émerveillement des salles obscures. De même, le fait que l’interprète principale ait soutenu avec constance la répression à Hong-Kong [2] apparaît extrêmement cohérent avec l’établissement d’une feuille de route globale, dont les 8 minutes (!) de générique américano-chinois constituent comme le symbole.

Que faire ? Bien sûr, nos enfants n’échapperont ni au matraquage marketing ni à la joliesse androgyne de Mulan. Mais que cela encourage leurs parents à leur faire découvrir aussi de « vrais » contes, comme celui que Disney ne devrait pas tarder à ré-intituler Neige au teint clair et les 7 travailleurs de petite taille. Au contraire d’une histoire soumise à la psychanalyse transparente de ses auteurs, ils pourront entrer dans des récits à la psychanalyse humaine et humanisante [3], qui les feront frémir en leur permettant, espérons-le, de grandir vraiment.

Denis DUPONT-FAUVILLE
20 septembre 2020

[1Le film a été ainsi diffusé aux États-Unis à partir du 4 septembre 2020 sur la plateforme Disney +, mais son visionnage exige de débourser la somme de 30 $ en plus du coût d’abonnement à la plateforme ! Au 18 septembre, il aurait déjà rapporté 260 millions de dollars (cf. par exemple https://www.avcesar.com/actu/id-31793/chiffres-mulan-le-jackpot-inattendu-de-disney.html). Il sera distribué gratuitement en France par Disney à partir du 2 décembre, les produits marketing prenant le relais pour l’aspect financier.

[3Cf. Bruno Bettelheim, La psychanalyse des contes de fées (titre original : The Uses of Enchantement), 1976, réédition Pocket 1999.

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