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« N’oubliez pas les chrétiens de Palestine »

Le P. Johnny Abu Khalil est prêtre du patriarcat latin de Jérusalem et curé de Taybeh (Cisjordanie). Lors de la Nuit des Témoins organisée le 27 mars à Paris par l’Aide à l’Église en Détresse (AED), il évoquera la vie des chrétiens palestiniens en Terre Sainte, confrontés, comme l’ensemble du peuple palestinien, aux humiliations quotidiennes.

Le P. Johnny Abu Khalil est prêtre du patriarcat latin de Jérusalem et curé de Taybeh (Cisjordanie).
Le P. Johnny Abu Khalil est prêtre du patriarcat latin de Jérusalem et curé de Taybeh (Cisjordanie).
© D.R.

Paris Notre-Dame – Quelle est la situation des chrétiens aujourd’hui dans les Territoires palestiniens ?

P. Johnny Abu Khalil – Notre situation est la même que celle que vivent tous les Palestiniens en Terre Sainte. Le problème de l’occupation israélienne est un problème qui affecte tout le monde, chrétiens compris. Et chaque jour la situation devient plus difficile et inquiétante. La déclaration récente du président américain Donald Trump (sur le plan de paix au Proche-Orient, NDLR) et la vision américano-israélienne de la paix n’ont rien arrangé. Le mur de séparation, les checkpoints (les contrôles israéliens en différents points de passage, NDLR) constituent pour les Palestiniens des humiliations quotidiennes. Notre problème n’est pas un problème religieux – je ne pense pas, comme l’a dit lui-même notre président Mahmoud Abbas à l’ONU il y a quelques jours, qu’il y ait de problèmes entres les trois religions. Notre problème est un problème politique, une question de dignité et de liberté...Je ne suis pas un politicien mais un prêtre qui défend l’image de Dieu, de ce Dieu qui nous a créés libres. Cette liberté nécessite que cette occupation prenne fin et que finisse l’injustice envers mon peuple qui ne peut pas pratiquer librement sa foi dans les Lieux-saints. Pour nous rendre sur place, il nous faut un permis spécial, que les autorités israéliennes délivrent comme bon leur semble. En nous empêchant de circuler librement, le gouvernement israélien nous dit : Jérusalem n’est pas pour vous. C’est notre ville sainte.

P. N.-D. – Votre village se situe à quelques kilomètres de colonies israéliennes construites illégalement. Comment se déroule la vie quotidienne sur place ?

J. A. K. – Ces colonies ont toutes été construites sur des terrains appartenant aux chrétiens de Taybeh, hérités de génération en génération. Et toutes créées sans accord, alors que l’ONU a demandé la fin de ces constructions illégales. Quand les colons israéliens s’emparent de ces terres, ils arrachent les oliviers pour construire des maisons. Or dans un village palestinien, l’agriculture est très importante. Les gens vivent de ces olives, ils vivent de la vente de celles-ci, de l’huile qu’ils en tirent. Aujourd’hui, l’État palestinien que nous réclamons ne constitue que 22% de la Palestine historique. Avec le plan présenté par Donald Trump, seuls 10% de ces 22% seraient octroyés aux Palestiniens. Tout cela est contraire à notre droit de vivre sur ces terres et à en vivre avec dignité.

P. N.-D. – Qu’attendez-vous de la tournée que vous allez faire en France et qui s’achèvera le 27 mars à Paris ?

J. A. K. – C’est la première fois que l’AED invite un prêtre palestinien du diocèse de Jérusalem pour parler de la vie quotidienne des chrétiens sur place. Il faut que cette réalité soit connue par le plus grand nombre et il est important de rap­pe­ler notre existence, que beaucoup ignorent encore. Un des buts de ma présence est de leur délivrer ce message : n’oubliez pas les chrétiens de Palestine. C’est nous qui vous avons transmis la foi et vous devez, à votre tour, nous soutenir. Les chrétiens de Terre Sainte sont des pierres vivantes. S’ils disparaissent, les Lieux-saints ne seront plus que des lieux archéologiques. C’est pourquoi j’attends aussi de mes frères chrétiens qu’ils nous aident à rester sur place. En construisant des appartements, en créant des emplois, en collaborant avec les Églises et organisations religieuses pour fournir l’infrastructure nécessaire. Et il faut nous aider à obtenir cet État, gage d’une paix juste et durable.

Propos recueillis par Priscilia de Selve@Sarran39

La 12e édition de la Nuit des Témoins aura lieu à Paris le 27 mars, à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre (18e), avec Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre (Hauts-de-Seine).
20h-22h veillée. 22h messe. Adoration jusqu’à minuit.
Pour en savoir plus : aed-france.org/22-27-mars-2020-12eme-edition-de-la-nuit-des-temoins/

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