« Nous avons une part de responsabilité dans ce que l’Église fait et a fait »

Le 20 août dernier, le pape François publiait sa “Lettre au peuple de Dieu” sur les abus sexuels commis au sein de l’Église catholique. Alors que celle-ci est confrontée depuis plusieurs années à la révélation de ces scandales, que faire pour que de telles situations ne se reproduisent plus ? Réponses avec Ségolaine Moog, déléguée de la Conférence des évêques de France pour la lutte contre la pédophilie.

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Ségolaine Moog est déléguée de la Conférence des évêques de France pour la lutte contre la pédophilie depuis 2016 et membre de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie.
© Corinne Simon-CIRIC

Paris Notre-Dame – En 2016, Mgr Luc Crepy, président de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie de la Conférence des évêques de France, plaidait pour une meilleure conscientisation de la gravité des abus sexuels et pour une tolérance zéro au sein des diocèses. Deux ans après, qu’en est-il ?

Ségolaine Moog – Aujourd’hui, le niveau d’information fait, qu’en France, on ne peut plus dire qu’il y ait un seul évêque désinformé sur cette question. Beaucoup d’entre eux ont rencontré des personnes agressées, enfant, par des prêtres ou des religieux. L’ensemble des responsables d’Église a donc connaissance de ce qu’est la souffrance d’une victime agressée sexuellement par un adulte qui a autorité, et par un prêtre en particulier.

Cette souffrance-là est inadmissible et intolérable. Le fait d’avoir compris que les dégâts sont immenses, que c’est vraiment une œuvre de mort dont il s’agit est, pour certains, de l’ordre de la révélation. Cette conscience partagée par l’épiscopat est renforcée par la volonté ferme de lutter contre les abus sexuels. Mais cette question nous concerne tous, et c’est bien ce que dit le pape dans sa lettre. Car si la conscientisation est une étape, elle n’est pas suffisante. Cette conviction forte qu’on ne peut plus être aveugle à la souffrance des victimes est la porte d’entrée du texte du pape.

P. N.-D. – Avec le recul, partagez-vous le constat du pape sur les dangers du cléricalisme, décrit par François comme une des causes majeures des abus de toutes natures commis dans l’Église.

S. M. – Oui, et ce qui est intéressant c’est que le pape dit dès le début que ces agressions sexuelles sont commises au sein d’abus de pouvoirs et d’abus de conscience. Se pose donc la question de l’autorité exercée de manière abusive. Mon expérience me l’a confirmé : les agressions sexuelles commises par des clercs, des consa¬crés ou des personnes en mission dans l’Église découlent bien d’abus de pouvoirs, de confiance et d’autorité. La question du cléricalisme est donc à prendre à bras-le-corps. Et encore une fois, elle concerne l’ensemble des catholiques. Car n’est pas autoritaire le clerc seul !

P. N.-D. – D’où l’appel du pape à tous les baptisés : « Pour éradiquer la culture de l’abus dans nos communautés », la « participation active de tous les membres de l’Église » est nécessaire.

S. M. – Il faut se donner les moyens d’associer dans la décision tous ceux qui sont concernés par celle-ci, et pas seulement de petites “élites”. Selon moi, ce qui est vraiment en jeu c’est bien l’exercice de l’autorité, qu’il nous faut repenser. Notre modèle est le Christ. La manifestation de son pouvoir est de toujours s’abaisser, alors que l’homme, souvent, accapare. Plus qu’une remise en cause, il s’agit là d’humilité. Le Seigneur nous le dit lui-même : vous êtes coupables de ne pas entendre le cri de ces petits qui sont les miens ; de ne pas être fidèles à ma Parole. Et Il ne le dit pas seulement aux auteurs de ces crimes, mais aussi à nous, qui avons une part de responsabilité dans ce que l’Église fait et a fait.

Propos recueillis par Priscilia de Selve

Article extrait de Paris Notre-Dame du 5 septembre 2018

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