« Nous sommes préoccupés par la situation de notre pays »

Paris Notre-Dame – Les évêques de France viennent de publier un livre intitulé Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique. Pourquoi cette prise de parole à quelques mois de l’élection présidentielle ?

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Mgr Pascal Delannoy, évêque de Saint-Denis, vice-président du conseil permanent de la Conférence des évêques de France.
© Guillaume Poli / Ciric

Mgr Pascal Delannoy – Nous avons pris la parole car nous sommes préoccupés par la situation de notre pays. Nous sommes frappés par les sentiments de lassitude, de frustration, de déception qu’expriment nos concitoyens vis-à-vis du politique, dans une société de plus en plus fragmentée. Tout cela nous invite à réagir, certes avant les élections, mais ce texte est d’abord une réflexion de fond, qui pourra se poursuivre après les élections.

P. N.-D. – Qu’est-ce qui vous inquiète ?

Mgr P. D. – D’abord, cette montée de l’individualisme au détriment d’un « nous » collectif. Nous posons donc la question de la refondation d’un contrat social pour notre société. Autrement dit, quel projet de société permettra aux individus de se retrouver pour vivre ensemble de manière harmonieuse ? L’ancien contrat social, qui avait été élaboré dans une période de plein emploi, avec, notamment, un phénomène migratoire moindre, a disparu. Il nous faut un nouveau projet commun.

P. N.-D. – Qui porte la responsabilité de cet échec ? Les gouvernements successifs de notre pays ?

Mgr P. D. – Nous avons le sentiment que l’action politique est aujourd’hui trop centrée sur la gestion des droits individuels. Or, nous croyons que la politique, ou plus exactement le politique, doit permettre de redéfinir le sens que nous voulons donner à notre société. Qu’est-ce qui nous fait vivre ? Qu’est-ce qui nous fait agir ? C’est la raison pour laquelle nous invitons nos concitoyens à réfléchir sur la différence entre la politique – à savoir la mise en œuvre d’un projet de société – et le politique – qui a pour rôle de permettre à l’ensemble des citoyens de réfléchir à la définition d’un projet commun.

P. N.-D. – Vous appelez les Français, et notamment les jeunes, à s’engager en politique ?

Mgr P. D. – L’engagement politique est important et la réflexion politique concerne chaque citoyen. Pour cela, il nous faut retrouver la place de la parole. Nous sommes dans une société où la parole est discréditée, à cause des promesses non tenues, des mensonges, de la corruption. Nous ne savons plus résoudre un conflit ou nos divergences d’opinions par le dialogue, tout passe par la violence ou la contestation. Il faut que la parole et le dialogue retrouvent toute leur place. Et ce dialogue, nous le soulignons dans le document, doit déboucher sur le compromis. Le compromis n’étant pas la démission de l’une ou l’autre des parties, mais la recherche d’une troisième voie.

P. N.-D. – Ce dialogue, vous appelez les catholiques à l’engager avec ceux qui ne pensent pas comme eux ?

Mgr P. D. – Oui, c’est essentiel. Il ne faut pas s’enfermer dans des schémas du passé ou rêver de revenir à ce que l’on a connu il y a trente ou cinquante ans. Nous sommes appelés à vivre quelque chose de nouveau, dans un contexte différent – que l’on songe simplement à la question de la mondialisation, qui entraîne un brassage des peuples et des cultures. • Propos recueillis par Priscilia de Selve

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