« Nous sommes tous des pauvres »

À l’occasion de la 3e Journée mondiale des pauvres, l’association Fratello organise, du 14 au 17 novembre, un rassemblement à Lourdes (Hautes-Pyrénées) avec des personnes en situation de précarité ou d’exclusion. L’occasion de « revivre l’option préférentielle pour les pauvres demandée par l’Évangile », selon Étienne Villemain, cofondateur de l’association Fratello.

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Étienne Villemain, cofondateur de l’Association pour l’amitié (APA), fondateur de Lazare, a lancé, avec Alix Montagne, Fratello.
© D.R.

Paris Notre-Dame – Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce rassemblement à Lourdes ?

Étienne Villemain – Tout est parti d’un pèlerinage. En 2014, nous emmenons à Rome, avec l’Association pour l’amitié (APA) et Lazare, près de deux cents personnes, dont les deux tiers sont en situation de précarité. Là, nous croisons le pape François. Je lui dis : « Saint-Père, il faut lancer la Journée mondiale des pauvres. » Il sourit. De retour à Paris, nous créons l’association Fratello pour mener, entre autres, ce projet à bien. En novembre 2016, nous emmenons à Rome près de 3500 personnes de la rue de toute l’Europe. Nous demandons au pape de lancer la Journée mondiale des pauvres. Il l’annonce au cours de la messe. Elle se tiendra désormais le 33e dimanche du Temps ordinaire. Après l’avoir vécue en paroisses et en diocèses, nous proposons, cette année, avec Fratello, de la vivre au niveau européen, du 14 au 17 novembre. Cette année est l’Année Bernadette et nous désirons nous mettre devant la Vierge Marie, proposer aux plus pauvres cette expérience d’être au cœur de l’Église. Marie est le temple de Dieu. Si les pauvres sont proches de Marie, ils sont donc au cœur de l’Église. Et c’est notre objectif, à Fratello : ouvrir la porte de l’Église aux plus pauvres, aux plus fragiles, aux plus vulnérables.

P. N.-D. – En organisant un événement pour les personnes en situation de pauvreté, n’y a-t-il pas un risque de les placer encore une fois à part, de les sortir justement du cœur de l’Église ?

É. V. – Non, je ne crois pas. Pendant ce rassemblement [1], il y aura des personnes en situation de pauvreté, des accompagnateurs, des chefs d’entreprise, des bénévoles… L’idée est que ce moment soit très ouvert. Et puis, vous savez, nous sommes tous des pauvres. Cela se voit davantage chez certains parce qu’ils ont des dents en moins, n’ont pas de toit ni de compte en banque. Mais vous et moi, tous, nous sommes des pauvres. C’est une chance. Parce que le pauvre est celui qui est en situation de dépendance : il a besoin de l’autre, il a besoin de Dieu. Nous devons nous reconnaître pauvre pour pouvoir demander de l’aide à Dieu. Cette dépendance nous fait basculer dans l’abandon.

P. N.-D. – Quel est le message que cet événement cherche à envoyer ?

É. V. – Nous, chrétiens, devons prendre soin des plus petits. C’est ce que Jésus nous demande de faire en nous disant : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25, 40). En le faisant, nous découvrons l’Évangile de l’intérieur. C’est une expérience réelle et humaine. Cela nous transforme le cœur et nous rend meilleurs. Cela nous rend rayonnants et audibles en tant que chrétiens à une époque où les différents scandales qui secouent l’Église peuvent la décrédibiliser. L’objectif est que chaque chrétien se sente mobilisé et touché par les personnes pauvres. C’est ce qu’on appelle « l’option préférentielle pour les pauvres ». Pour les chrétiens, c’est nécessaire et vital. Ceux qui considèrent cela comme une dimension secondaire de leur foi, doivent s’interroger profondément : est-il possible de vivre sa foi sans cette dimension-là ? Pourquoi as-tu peur des pauvres ? Aurais-tu peur de tes propres pauvretés ?

Isabelle Demangeat, @LaZaab

[1Ce rassemblement accueillera, grâce à la Fondation Notre Dame, 350 personnes emmenées par le diocèse de Paris. Plus d’informations : wearefratello.org

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