Nouvelles œcuméniques

Création d’une chaire d’œcuménisme au Centre Sèvres ; pertinence œcuménique du dialogue ; La Holy Spirit Night ! Vêpres orthodoxes à Notre-Dame de Paris ; des briques pour construire l’unité.

Création d’une chaire d’œcuménisme au Centre Sèvres
Les Facultés jésuites – autrement dit le Centre Sèvres – a inauguré la nouvelle « Chaire de théologie œcuménique ». Voici comment est formulée l’invitation : « La préoccupation de la communion ecclésiale est essentielle à la vie chrétienne et le désir de l’unité doit marquer tous les champs de la théologie. Comment le dialogue œcuménique peut-il contribuer aux avancées de la théologie ? » Cette chaire est placée sous la responsabilité du père Michel Fédou, jésuite théologien œcuméniste confirmé, et d’Anne-Cathy Graber, pasteur mennonite et consacrée dans la Communauté du Chemin Neuf, auteur du livre Marie, une lecture comparée de Redemptoris Mater (Jean-Paul II) et du Commentaire du Magnificat (Luther) à la lumière des dialogues œcuméniques [1], tiré de sa thèse. C’est assez pour affirmer que ce ne sont pas les défis de l’œcuménisme qui effraient cette équipe de direction. Pour l’inauguration ils ont donc fait appel à Katherine Shirk-Lukas, responsable des études à l’Institut Supérieur d’Études Œcuméniques du Theologicum (ICP) et au pasteur Frédéric Chavel, de l’Institut Protestant de Théologie et enseignant à l’ISEO. Michel Fédou a souligné que la fondation de cette chaire visait moins à multiplier les propositions de formation œcuménique qu’à mettre en valeur la préoccupation pour l’œcuménisme et les enseignements déjà proposés.

Pertinence œcuménique du dialogue
Dans son exposé, le pasteur Chavel a exploré de manière critique l’historique des dialogues. Il a entre autre choses repris la formule du Père de Lubac : « L’Église fait l’eucharistie et l’eucharistie fait l’Église [2] » pour souligner le fait que, dans la perspective catholique, la communion dans la foi était un préalable à la communion eucharistique, mais que partir de la célébration eucharistique en vue de la communion ecclésiale était une perspective qui en protestantisme avait permis la Concorde de Leuenberg et son aboutissement dans l’union des Églises protestantes et réformées dans l’EPUdF en 2013. Le pessimisme relatif à l’abandon de la perspective de la volonté d’aboutir à la réalisation de l’unité visible doit donc être tempéré selon Frédéric Chavel, d’autant que cette perspective risque d’être trop centrée sur l’Église et pas assez sur le Christ. Interpellé sur le dynamisme évangélique par rapport aux autres Églises chrétiennes, Frédéric Chavel a répondu que les personnes de toute condition attirées par ses Églises trouvaient certainement là ce qu’elles ne trouvaient pas dans les autres Églises et que cela devait effectivement nous inviter à des conversions. Il a souligné a contrario que notamment en Afrique, où il l’avait constaté par lui-même, la multiplicité des Églises protestantes et évangéliques pentecôtistes témoignait aussi d’un climat de concurrence, d’une volonté de puissance, qui n’avaient rien d’évangélique, et que cela affectait le climat œcuménique quand ses Églises s’implantaient en France. Mais le pasteur Chavel souligne le travail que fait le CNEF (le Conseil national des Églises de France) pour recentrer ses groupes dans une perspective réellement évangélique. Frédéric Chavel a plaidé pour la constitution d’un langage théologique commun pour favoriser le dialogue, car bon nombre de notions portées par une confession chrétienne sont difficilement recevables dans une autre. La perspective de la célébration des dix ans de la Déclaration commune sur la justification devrait être un jalon pour redonner à la notion de justification une actualisation existentielle. À propos de cette Déclaration, il a aussi soulevé le problème de l’articulation entre théologie et Écriture, et déploré l’utilisation mécanique des références dans la Déclaration et l’effet d’entonnoir qui fait tout converger vers la référence de saint Paul aux Galates. Si le consensus différencié reste une méthode valable, l’objectif est bien d’aboutir à la diversité réconciliée qui reste pour lui l’horizon du dialogue œcuménique. Il a formé une critique intéressante de l’expression « œcuménisme des martyrs », expression du pape François reprise par le cardinal Koch à Strasbourg. Si, pour les persécuteurs, les chrétiens « sont une seule chose » , malgré les différences dans la foi, Chavel réaffirme que c’est l’unique foi confessée qui est un authentique témoignage rendu à la vérité.

La Holy Spirit Night !
La planète évangélique est en effervescence sous l’impulsion du pasteur Bill Johnson, revivaliste évangélique charismatique, fondateur de l’Église Bethel à Redding, en Californie. Il y a dans cette Église des filiales, chaînes de télé, maisons d’édition, maison de disques… C’est Bethel Music, animé par le pasteur Jeremy Riddle, musicien et prêcheur, qui avait loué le Grand Rex, le 3 octobre, avec une première partie assurée par Samuel Olivier du collectif Cieux ouverts, équivalent francophone de Bethel, et Grégory Turpin, artiste catholique. Il y avait quelques catholiques – certains repérables par le clergyman ou l’habit religieux. (Le Congrès Mission organisé par l’Église catholique avait eu lieu du 29 au 30 septembre.) La Holy Spirit Night, c’est un concert de louange ou une louange concert. Tout s’y passe selon un ordre immuable : la musique et la louange, la prédication sur la venue et l’action du Saint Esprit (avec des noms connus du mouvement évangélique – Benjamin Lim, Joel Ramsey, Markus Wenz et Jean-Luc Trachsel ), une séquence de chant en langue, la prédication de la miséricorde, la quête pour soutenir Holy Spirit Night en Ukraine ! Voici comment se définit la Holy Spirit Night : « Nous sommes un mouvement qui souhaite faire découvrir l’Évangile par la louange. Pour la première fois avec Bethel, et pour la troisième année consécutive, nous venons en France. Après avoir réuni 1600 personnes aux Folies Bergère en 2016, 2000 personnes en 2017, nous croyons aujourd’hui que l’Esprit-Saint peut embraser la France et que l’étincelle s’allumera pendant cette soirée ! » On pourrait dire qu’il n’y a rien de nouveau depuis la Pentecôte, et depuis le passage de Billy Graham en 1986, qui avait suscité enthousiasme et réserve pour ce qu’on appelait alors le télévangélisme. Il faut reconnaître que l’évangélisation est pour nous une exigence sans cesse renouvelée et que cet évènement draine de la jeunesse, notamment les 18-30 ans. Ce qui est frappant, c’est le professionnalisme de la communication assurée par l’agence Progressif media, agence très œcuménique de par le panel de ses clients. « Devenir un meilleur communicant chrétien », comme le dit le slogan de cette agence. Pourvu seulement que le message ne soit pas sacrifié au medium…

Vêpres orthodoxes à Notre-Dame de Paris
Le dimanche 7 octobre 2018, Mgr Emmanuel, entouré de son clergé, du chœur de la cathédrale Saint-Etienne de la Métropolie grecque de France et du chœur du Séminaire russe orthodoxe, ont célébré les vêpres de la Saint Denis dans le chœur de Notre-Dame de Paris, en présence de l’archevêque Mgr Michel Aupetit, qui recevait ensuite, lors de la messe, le pallium des mains du nonce apostolique, signe de la communion avec le Pape. La communion entre frères catholiques et orthodoxes, si elle n’est pas encore possible dans le partage du même calice, comme le relevait Mgr Emmanuel dans une allocution introductive, n’en est pas moins en chemin. Sur ce chemin un signe fraternel fut donné quand l’archevêque catholique fut invité à réciter le psaume 103 « Bénis le seigneur ô mon âme » qui ouvre toujours les vêpres dans l’ordo byzantin. Les services de la cathédrale ont réussi à empêcher un petit groupe activiste à venir perturber la cérémonie comme il en avait pris l’habitude, démontrant par-là que le manque de culture et les préjugés ont toujours la vie dure.

Des briques pour construire l’unité
Il s’agit du livre du Père Hyacinthe Destivelle, dominicain, Conduits-la vers l’unité parfaite, œcuménisme et synodalité, Cerf, 2018, préfacé par le cardinal Kurt Koch et de celui du Père Pascal Nègre, professeurs aux Bernardins, Pour qu’Il ait en tout la primauté, Jean Zizioulas et Walter Kasper, ecclésiologie en dialogue, Cogitatio fidei, Cerf, 2018, préface par le cardinal Christoph Schönborn. Respectivement 407 pages et 681 pages, ils ne doivent pas décourager les patients constructeurs de l’unité, qui y trouveront des ressources pour penser les grands thèmes de l’ecclésiologie comme la synodalité. Mais pour ne pas se décourager on peut aussi commencer par des petites briquettes comme celle d’Olivier Clément, l’Essor du christianisme oriental, PUF, 1964, évidemment pas au rayon des nouveautés mais chez des bouquinistes. Mais les petits livres introduisent aux grands. Dans le contexte des tensions intra orthodoxes d’aujourd’hui, et des conséquences qu’elles pourraient avoir sur les dialogues œcuméniques, ce petit livre d’Olivier Clément [3] a une résonnance prophétique : « l’Église universelle se manifeste en plénitude dans chaque Église locale, intégrée par l’évêque- témoin apostolique - en communauté eucharistique. L’universalité concrète de l’Église se fait de l’unicité du sacrement à travers le temps et l’espace, et de l’unité conciliaire de la foi et de l’épiscopat. Les métropoles, elles-mêmes intégrées en patriarcats, structurent cette unité par ‘droit ecclésiastique [4] ’ et pour le ‘bon ordre de l’Église’ : hiérarchie de ‘centres d’accords’ où, chaque fois, un primus inter pares veille à l’union réelle des Église dans la vérité et la vie. Au IXe siècle en Orient, on parlera volontiers de la pentarchie, l’unité de l’Église se manifestant dans la communion des cinq patriarcats : par ordre d’honneur, Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem… »

[1Paris, Patrimoines, Cerf, 2017

[2Une conférence du Père Guillaume de Menthière rapportée par la revue Résurrection en 2002 rappelle l’origine de l’expression : « L’Église fait l’Eucharistie, l’Eucharistie fait l’Église » : cette formule qui a été remise au goût du jour notamment par le P. de Lubac est très ancienne. Au IIIe siècle, alors que l’Église est en butte à l’hostilité impériale, cinquante chrétiens sont arrêtés à la sortie d’une célébration eucharistique à Abilène, près de Carthage. Ils sont mis à la question et parmi eux, le lecteur, Emeritus, sommé de renier l’eucharistie répond à son juge : « Renier l’eucharistie c’est renier le Christ et ne sais-tu pas que des chrétiens ne peuvent pas vivre sans messe. » Dans les mêmes circonstances, le questeur Félix répond : « Comme si un chrétien pouvait vivre sans messe » et encore : « Ne sais-tu pas Satan que les chrétiens font la messe et que la messe fait les chrétiens, et que l’un ne peut exister sans les autres. » Là est donc l’origine de la formule, très ancienne et vénérable puisque sortie de la bouche d’un martyr avant qu’il ne donne sa vie pour l’eucharistie. Cette formule est pratiquement devenue un slogan au même titre que l’eucharistie « source et sommet de toute la vie chrétienne », formule ancienne remise au goût du jour par le Concile Vatican II. Cf. Lumen Gentium nn. 11-12.

[3Olivier CLEMENT, L’essor, p. 2.

[4Et non en droit divin comme le fondement pétrinien de la primauté de l’évêque de Rome, petite remarque stimulante pour la théologie catholique pour défendre sa doctrine.

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