P. Benoît Strebler, la comédie de la vie

À 50 ans, le P. Benoît Strebler, vicaire à St-Médard (5e), est nommé curé de St-Marcel (13e). Un coup de théâtre pour l’ancien comédien.

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© Isabelle Demangeat

« Eh oui, curé, étonnant, non ? », sourit le P. Benoît Strebler en écarquillant ses yeux noisette cachés sous des sourcils broussailleux. Dans le jardin du presbytère qu’il s’apprête à quitter, les mains croisées sur la table sur laquelle il « joue régulièrement aux échecs avec le responsable de l’aumônerie de la paroisse, St-Médard (5e) », celui qui fut vicaire pendant près de treize ans – sept ans à St-Antoine des Quinze-Vingts (12e) puis six ans à St-Médard –, s’étonne encore, avec beaucoup d’humour, de sa nomination comme curé de St-Marcel (13e). Mais se réjouit d’une telle mission, manifestant une confiance indéfectible en Dieu. « J’ai appris à me jeter dans le bain, confie-t-il. Et puis, je sais que je ne suis pas seul, que je ne serai jamais seul. » Dieu veille. À 50 ans, cet homme originaire de Strasbourg (Bas-Rhin) relit, avec beaucoup de tendresse, sa rencontre décisive avec le Christ.

C’était autour de l’année 1995. À l’époque, Benoît Strebler avait « quelques kilos en moins » et foulait les planches des plus grands théâtres parisiens. Après être « monté à Paris » afin d’intégrer le Conservatoire national supérieur d’arts dramatiques, il joue quelques rôles pour la Comédie française et se produit, « plutôt dans des comédies », au théâtre de la Tempête (12e). Moment heureux. Moment passion. Benoît Strebler vit la nuit, goûte les saveurs du monde du théâtre. La Franc-Maçonnerie l’approche. Tenté, Benoît Strebler qui s’est éloigné de l’Église à l’adolescence, s’apprête à intégrer une loge. Grand mystère de sa vie – le premier –, il n’arrive pas à signer le papier qui aurait fait de lui un compagnon.

On lui propose alors de jouer Estragon dans En attendant Godot, pièce du dramaturge de l’absurde, Samuel Beckett. Grand rôle. Il accepte. La pièce est un succès. La troupe part en tournée se produire aux quatre coins du globe. En Europe, d’abord, puis en Amérique latine et, enfin, en Afrique : Madagascar, Afrique du Sud, pour terminer en République centrafricaine. On est alors au printemps 1996. À Bangui, l’atmosphère est à l’insurrection. Les mutins s’installent dans un immeuble qui fait face au palais présidentiel. Entre les deux bâtiments : un hôtel. Celui de la troupe de Benoît Strebler.

« Nous nous prenions les tirs des deux côtés », raconte aujourd’hui le prêtre qui se voit alors mourir. Grand mystère de sa vie – le deuxième –, Benoît Strebler a glissé, avant de partir, une Bible dans sa valise. « Je l’ai ouverte, je l’ai lue, j’ai cru, explique-t-il. J’avais tout enfoui, construit une citadelle. Il en a fallu une autre pour que tout explose. Là, ma foi m’a été rendue. » Après avoir été exfil¬tré, le comédien recommence, à Paris, à prier, se confesser, fréquenter la messe. Peu à peu, un désir « qui [le] dépasse » monte dans son coeur. Celui d’être prêtre. À la rentrée 1997, il entre à la Maison Saint-Augustin.

Sa mission de curé, il l’approche aujourd’hui comme une responsabilité. Celle d’être « attentif à tous, petits et grands, de permettre à ce que chaque personne de la communauté paroissiale trouve sa place ». Que chacun puisse jouer, au mieux, son rôle.

Isabelle Demangeat

Saint-Marcel (13e)

Nombre d’habitants : 15 334.
Un peu d’histoire : L’actuelle église a été construite en 1966 sur un emplacement bien particulier : celui de l’installation d’une des premières communautés chrétiennes de la région parisienne, au Ve siècle. Une figure a beaucoup oeuvré pour
l’évangélisation de cette zone située à l’époque en dehors de Paris : saint Marcel,
l’un des trois saints patrons de Paris.

82 boulevard de l’Hôpital, 13e.

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