P. Stéphane Esclef « Un coeur ouvert à tous »

Après dix-sept années passées en tant que curé de paroisses de l’est parisien, le P. Stéphane Esclef est nommé recteur du Sacré-Cœur de Montmartre (18e). Lieu où il désire relever sa mission favorite : participer à l’annonce du Christ.

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© Isabelle Demangeat

Paris Notre-Dame – Que retenez- vous de votre expérience de curé dans le 19e arrondissement de Paris ?

P. Stéphane Esclef – Après avoir été ordonné prêtre en 1996 et envoyé, comme vicaire, à St-Jean-Baptiste-de- la-Salle (15e), j’ai été nommé curé de N.-D. de Lourdes (20e), puis, neuf ans plus tard, de St-Jean-Baptiste de Belleville (19e). Deux paroisses situées dans ce qu’on appelle des « quartiers populaires », terme péjoratif à mon goût. Ces quartiers sont plutôt des quartiers où se côtoient plusieurs nationalités, différentes réalités sociales. Ce mélange est une grande richesse. Chaque culture, chaque réalité, a sa richesse propre. Mon désir a été de mettre en place une pastorale qui permette de brasser tout cela, de transformer la paroisse en une famille. Une famille réelle où se vivent les joies, les peines, les temps de fête, de prière. Pour cela, la première chose a été d’apprendre à connaître les fidèles. À nous apprivoiser, mutuellement. Les événements festifs, les temps de partage, de rencontres, les pèlerinages, ont été de bons moyens d’y parvenir. Ils ont permis aussi le discernement pour appeler certains à des tâches au sein de la paroisse. Dans une vie de famille, tout le monde doit mettre la main à la pâte, et chacun, selon ce qu’il est, à sa place.

P. N.-D. – Quels sont les événements qui ont marqué votre ministère ici, à St-Jean-Baptiste de Belleville ?

S. E. – L’Année de la miséricorde fut un temps de mission très fort où j’ai réellement vu la paroisse se transformer. Tous les dimanches, les paroissiens se rendaient disponibles pour prier les uns pour les autres. Un événement plus anecdotique a été ma découverte du baptême d’Édith Piaf au sein de cette église. Cette figure marquante a permis d’inscrire l’église et la paroisse dans la vie commerçante du quartier. Je retiens également l’enterrement d’une victime de l’attentat du Bataclan en novembre 2015, en pleine Année de la miséricorde. Cela a été un événement marquant de ma vie de prêtre. Plus de mille trois cents personnes étaient venues assister aux obsèques. Le défunt n’était pas croyant. Sa famille et ses proches ont trouvé dans l’assemblée présente et la paroisse, une vraie famille qui console dans la souffrance et l’horreur. Là, j’ai véritablement compris pourquoi et comment l’Église devait avoir un cœur ouvert pour tous.

P. N.-D. – Vous rejoignez Montmartre, un sanctuaire. Ne craignez-vous pas de perdre l’aspect familial de la structure paroissiale ?

S. E. – On peut toujours créer du lien, un esprit de famille qui permette un esprit d’évangélisation. Et dans ce domaine, le champ d’action est énorme, ici, au Sacré-Cœur ! Dans un cœur, il y a deux pulsations, deux battements. Ici aussi, il me semble : le battement de la prière, avec l’adoration ; le battement de la miséricorde qui doit se traduire par des gestes concrets. L’un de mes défis est d’installer un élan de mission et d’évangélisation. En utilisant le parvis, la crypte aussi, qui sera rénovée en 2021. J’aimerais y créer un lieu où l’initiation chrétienne pourrait se vivre, une sorte de catéchèse mystagogique.

Par Isabelle Demangeat @LaZaab

Basilique du vœu national au Sacré-Cœur (18e)
Un peu d’histoire : En 1870, alors que la France et l’Église traversent une période difficile de leur histoire, deux jeunes pères de famille font le vœu de construire une église en l’honneur du cœur sacré du Christ, dans un geste d’espérance et de foi. Cette année, le Sacré-Cœur célèbre son centenaire (voir PND n°1781). Il se clôturera le 8 décembre et non le 16 octobre comme prévu, en raison de la crise sanitaire. Le 12 septembre, veille de l’installation du P. Esclef en tant que recteur, la basilique restera ouverte toute la nuit pour les fidèles qui voudront porter dans la prière son nouveau ministère. 35 rue du Chevalier-de-la-Barre, 18e.

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