Patrimoine caché

15 et 16 septembre 2012.

Cette année les Journées européennes du Patrimoine ont pour thème « le patrimoine caché ». Le public est invité à découvrir ces parties de monuments généralement interdites à la visite ou inaccessibles.

Découvertes excitantes, non dépourvues d’une certaine ambiguïté quand elles flattent le goût effréné et malsain de tout voir.

Saint-Laurent ACF-P © MBMais nos églises ne seront pas en reste, et il sera intéressant d’ouvrir sacristies, tribunes d’orgues, triforiums et autres trésors à la curiosité de nos visiteurs avides d’être introduits dans des lieux intimes ou habituellement interdits.

Il est important toutefois d’insister sur le fait que, si les églises sont des lieux particuliers, donc secrets au sens étymologique du latin segregatus (prélevé, mis à part), elles sont aussi des lieux ouverts, qu’aucune exigence du secret ne soustrait à l’intelligence du plus grand nombre. La lumière qui baigne les volumes et les œuvres d’art offre les lieux et les objets à la compréhension et à l’admiration de tous, sans distinction de classes sociales, d’âges ou de races. Nos guides bénévoles le savent bien qui les font visiter toute l’année et y accueillent les hôtes qui s’y présentent chaque jour.

Saint-Julien-le-pauvre ACF-P © MBIl reste pourtant qu’on n’entre pas dans une église comme dans un moulin ou une piscine, et que le caractère mystérieux du bâtiment n’échappe à personne. La discipline de l’arcane qui prévalait dans les premiers siècles, quand l’Eglise était persécutée, a gardé une réalité sensible, liée au mystère de l’Eucharistie – mort et résurrection du Christ – célébré dans ces murs qui rassemblent la communion des fidèles pour une respiration régulière et vitale. Dévoiler à nos visiteurs les beautés de l’Evangile à travers les trésors de nos églises fait partie de notre mission d’évangélisation : il s’agit de donner accès à la réalité invisible cachée dans les œuvres visibles, et de faire sentir la puissance spirituelle de ces objets matériels, inaccessible à ceux qui se bornent à voir ce qu’ils voient.

ACF-P © Saint-Antoine des Quinze-VingtsBlaise Pascal dans ses Pensées méditait sur un « dieu caché », Deus absconditus, absent et présent, présent dans son absence même, puisqu’il s’est retiré de sa création pour laisser celle-ci advenir à sa vérité dans la liberté. « Adorer Jésus caché dans l’hostie », disait-on au XVIIe siècle : la réserve eucharistique cachée dans le tabernacle est là, au sein de l’église ouverte énonçant aux yeux de tous le grand récit du mystère de la foi. Elle rappelle « quel secret nous habitons, quel mystère nous habite », pour reprendre les mots du poète Patrice de La Tour du Pin dans son hymne pour la veillée pascale.

Saint-Séverin ACF-P © JCAccueillir les publics divers qui se présentent chez nous ne veut pas dire faire étalage de connaissances historiques ou esthétiques, si passionnantes soient-elles. C’est permettre à chacun de se diriger vers le mystère pascal dans une adhésion personnelle qui le mènera d’un Dieu caché à un Dieu révélé.

L’angélus qui rythme la course du soleil et la prière des chrétiens célèbre chaque jour la gestation de ce secret caché dans le ventre de Marie, la semence du Père dans l’humanité.

Isabelle Renaud-Chamska

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