Paul Claudel revisité

Il y a 150 ans, naissait Paul Claudel. À l’occasion de cet anniversaire, le recteur-archiprêtre de la cathédrale de Paris, Mgr Patrick Chauvet, propose un cycle de trois conférences consacrées à l’écrivain et diplomate catholique, dont l’œuvre entière fut marquée par sa fulgurante conversion, une nuit de Noël à Notre-Dame.

Paris Notre-Dame – Pourquoi Claudel ?

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Paul Claudel, le 14 mars 1927
© Wikimedia Commons

Mgr Patrick Chauvet – L’an passé, j’évoquais la figure littéraire de Georges Bernanos, et cette année, j’ai choisi Paul Claudel à l’occasion du jubilé de sa naissance. La finalité de ce cycle étant que les gens ouvrent Claudel et le lisent. Cela entre, à mon sens, dans le cadre de la cathédrale comme lieu de transmission. Notre-Dame doit jouer ce rôle essentiel de transmettre non seulement la foi, les valeurs, mais aussi le patrimoine et notamment le patrimoine littéraire catholique. De plus, c’est ici que Paul Claudel a vécu le grand tournant de sa vie, sa conversion, alors qu’il était lycéen, lors des vêpres de Noël 1886. Cinquante ans après, il note dans La conversion que la responsable de toute cette affaire, c’est la Vierge Marie : « Madame, si j’en suis là, c’est à cause de vous. » Aujourd’hui encore, la cathédrale est un lieu de conversion, la Vierge continue d’y faire des miracles. Tous les chapelains présents à Notre-Dame pourraient en témoigner.

P. N.-D. – Ce cycle s’appuie sur trois textes différents. Pourquoi ce choix ?

P. C. – Le premier texte proposé, La conversion, a été écrit en 1942, c’est-à-dire plus de cinquante ans après cette nuit de Noël 1886. C’est une relecture de sa vie. Il est toujours intéressant de lire comment Claudel parle de la liturgie, de sa conversion… De la façon dont Dieu l’a retourné complètement, alors qu’il ne connaissait rien de lui, ni de la religion : « Tout ce dont j’étais sûr, c’est fini. Et c’est fini de tout ce qu’on m’a appris au lycée. » Le second texte, est le Partage de midi. Paul Claudel y parle de sa vocation. Comme tout converti, il avait cet absolu de Dieu. Et pour lui, la vocation monastique était cet idéal absolu : je donne tout au Seigneur, j’abandonne tout. Seulement, Claudel n’avait pas la vocation. Il a eu du mal à l’accepter et il a vécu ça comme un rejet de l’Église. Dans ce texte, Claudel fait l’expérience de la rédemption. En tombant amoureux d’une femme mariée, une femme interdite, il vit l’expérience du Christ crucifié pour lui. Il faut noter au passage ce chef-d’œuvre qu’est le cantique de Mésa. En s’offrant sur l’autel, il est quasiment prêtre. On y découvre là toute la richesse théologique de cet auteur. La troisième œuvre, L’Annonce faite à Marie, est la plus difficile. Il ne s’agit pas ici de la Vierge Marie mais d’une vieille légende locale que Paul Claudel se remémore. Là encore, le surnaturel domine. Il écrit cette pièce en 1948. On touche là aux sentiments les plus intimes. On y découvre l’espèce d’exaltation, d’enivrement que la foi donne aux forces les plus naturelles de l’homme.

P. N.-D. – Bernanos, Claudel, Péguy… Pourquoi relire ces auteurs catholiques aujourd’hui ?

P. C. – Parce qu’ils sont proches de nous. Parce qu’ils racontent leur expérience spirituelle et qu’ils touchent, par la beauté de leur langue, des personnes qui sont en dehors de l’Église. Ils sont cette passerelle entre le monde et la foi. J’ai choisi des écrivains, mais j’aurais pu prendre des tableaux ou des œuvres musicales. L’art est un lieu privilégié pour poser la question de Dieu. Dans cette cathédrale qui voit passer tant de touristes, comment les atteindre ? Grâce à l’art. Et s’ils peuvent être touchés par la grâce via Claudel, c’est merveilleux. Au fond, le Christ se sert de Claudel comme il se sert de chacun d’entre nous, pour toucher les cœurs.

Propos recueillis par Priscilia de Selve

Un cycle en trois conférences
À 17h, à Notre-Dame.

  • Le 2 décembre, La conversion.
  • Le 9 décembre, Partage de midi.
  • Le 16 décembre, L’Annonce faite à Marie.

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