Petit-déjeuner à l’ombre de Notre-Dame

Avant l’incendie, il était installé dans le square, au chevet de N.-D. de Paris. Le petit-déjeuner dominical de l’Ordre de Malte a repris en octobre dernier au sein de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu (4e), animé par les jeunes de l’association. Rencontre.

Didier, visage ouvert sous son bonnet noir, café brûlant entre les mains, se souvient avec regret de la tente « chaleureuse » du petit-déjeuner de l’Ordre de Malte France, lorsqu’elle était installée au chevet de N.-D. de Paris (4e). C’était avant le 15 avril 2019, jour de l’incendie. Quand le square Jean-XXIII accueillait les personnes démunies du quartier, le dimanche matin, d’octobre à avril, et ce depuis 2003. Éric, regard clair enjoué, est également un habitué du chevet. Mais il est « bien ici aussi », dit-il, dans ce hall aménagé de l’Hôtel-Dieu, qui donne sur le parvis de Notre-Dame, « au chaud ». Capuche et casquette enfoncées sur les yeux, Laurent, autre accueilli, acquiesce, reconnaissant : « Ce sont surtout des moments de partage ». « Après l’incendie, nous avons maintenu le petit-déjeuner sur le quai de la Tournelle (5e) le dimanche de Pâques, retrouvant certains habitués », se rappelle Jeanne-Marie, 32 ans, bénévole et responsable de ce petit-déjeuner animé par le groupe des jeunes de l’Ordre de Malte France (comme ailleurs dans Paris, à Ste-Élisabeth-de-Hongrie (3e) ou à St-Germain-des-Prés (6e)). Mais il a fallu ensuite trouver un nouveau lieu d’accueil pour l’hiver. Depuis octobre, avec le concours du diocèse de Paris, les bénévoles ont pu continuer leur service à l’ombre des tours de la cathédrale, accueillis par l’hôpital de l’Hôtel-Dieu.

« Ces événements nous ont conduit à repenser la présence de la cathédrale auprès des pauvres, commente François Déprez, délégué de l’archevêque pour la Solidarité diocésaine. Notre-Dame est liée historiquement à l’Hôtel-Dieu – reconstruit au XIXe siècle, il avait été fondé en 651 par l’évêque saint Landry pour les malades, mendiants et pèlerins [NDLR]. L’Ordre de Malte ne pouvant plus s’installer dans le square du chevet, nous nous sommes naturellement tournés vers l’Hôtel-Dieu qui a accepté notre demande. L’hôpital nous permet ainsi de concrétiser la vocation de Notre-Dame, comme refuge des plus pauvres. » « Le service est le même où que l’on soit, précise Jeanne-Marie, en coupant quelques tartines de pain frais. Mais ici, on touche du doigt un trésor qui appartient à la riche histoire de Paris : Notre-Dame est pour tout le monde, des grands seigneurs qui ont foulé son sol à travers les siècles, à l’ensemble de la population. Servir ici des personnes en précarité donne tout son sens à l’essence même de l’Église et de cette cathédrale : la Bonne Nouvelle. Et puis ainsi, nous ne sommes pas juste spectateurs de Paris, on s’investit dans son histoire. » Matthieu, autre bénévole, aime voir ici, « au-delà des touristes, une population différente, moins visible. Notre accueil montre un autre côté de Notre- Dame, à l’image de l’Évangile, du plus fragile. » « Et puis c’est aussi le point zéro des routes de France, renchérit Stéphanie, bénévole. Comme un point de repère. » Très masculin, le profil des accueillis ici est divers : du jeune étranger passé là par hasard, au discret Cédric [1], aux manières courtoises. « Ici, conclut Laurent, c’est plus qu’un café et un bout de pain. On repart plus heureux. » « Au fond, le contact, ce n’est pas ce qu’il manque le plus aux gens ? » lance Éric.

Laurence Faure@LauFaur

[1Le prénom a été changé.

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