Mgr André Vingt-Trois : Pour que le monde change

Paris Notre-Dame – 1er septembre 2005

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Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris.
© Hugues-Olivier Brillouin

Les Journées Mondiales de Cologne ont été exceptionnelles à bien des égards. D’abord, elles furent les premières à être célébrées après la mort de Jean-Paul II et ceux qui ne voulaient voir dans les JMJ qu’un phénomène charismatique lié à la personnalité du défunt Pape doutaient qu’elles survivent à son engagement personnel. Ils n’y voyaient qu’une sorte de culte de la personnalité. L’accueil réservé à Benoît XVI a suffi pour comprendre que nous sommes devant une réalité beaucoup plus profonde qu’il n’y paraissait.

Pour l’Europe, soixante ans après la Deuxième Guerre mondiale, le fait que les JMJ aient lieu à Cologne et soient présidées par un Pape natif d’Allemagne est sans contexte un événement en lui-même. Il manifeste que la volonté de réconciliation européenne, portée par de grands chrétiens allemands, français et italiens (Adenauer, Schumann et de Gaulle, de Gasperri, etc), portait son fruit. Sans avoir connu la guerre, la jeunesse de nos pays est décidée à vivre dans la paix. Et cette paix européenne est bien enracinée dans la force chrétienne de la réconciliation.

Le temps des JMJ est d’abord un temps de liberté pour ceux qui y participent. Pendant une semaine, les pèlerins s’arrachent à leur habitudes, à leur confort, à la douceur des vacances, pour se mettre en route à la suite du Christ. Pour quelques jours, ils échappent aux conformismes de leurs entourages et aux slogans de notre culture. Ils découvrent ou redécouvrent la quête de l’absolu, la pratique de la prière, l’expérience de la fraternité universelle.

Les discours du Pape, qu’il faudra encore méditer longtemps pour les assimiler pleinement, ont été une catéchèse synthétique sur la vie chrétienne : la foi, la reconnaissance de Dieu, les choix de vie, l’engagement pour les autres, ont été autant de thèmes qu’il a déclinés simplement et avec pédagogie. Loin de traiter ces quelques journées de vie intense comme une parenthèse dont on pourrait sortir indemnes, il a, au contraire, souligné avec persévérance combien la foi en Dieu peut être une puissance de transformation du monde. Comme les mages, il nous a invités à repartir par « un autre chemin ».

La caractéristique des « temps forts » de notre vie chrétienne est de ne pas se limiter à une expérience exceptionnelle, mais d’irradier l’ensemble de nos capacités de vie et d’action et de nous donner le goût et les moyens de vivre d’une manière renouvelée. Plongés plus intensément dans l’expérience de l’amour de Dieu pour les hommes, nous ravivons noire conviction que l’amour est le seul levier efficace pour changer le monde. Dans un contexte trop souvent marqué par le fatalisme et la tentation de se chercher des niches protégées, nous sommes conduits à nous remettre dans l’espérance pour notre propre vie et la vie du monde : il y a quelque chose à faire et nous devons faire quelque chose. Comment donner suite à ce temps fort ? II me semble que plusieurs points d’attention nous ont été proposés :

— Travailler à nourrir notre vie de foi. La fidélité à Dieu et la suite du Christ supposent un véritable travail de notre part. Il ne s’agit pas d’un phénomène naturel qui se développerait sans notre participation active. Notre participation, c’est la prière régulière, l’écoute et la méditation de la Parole de Dieu, la vie eucharistique en sanctifiant le Jour du Seigneur.

— Vivre en Église. On n’est pas chrétien tout seul. Être chrétien, c’est faire partie de la grande famille de Dieu et y avoir une présence active. C’est à chacun de découvrir à travers sa vie personnelle quelle peut être et quelle doit être cette participation. Quelles qu’en soient les formes concrètes, elle inclut nécessairement une volonté de faire communion avec nos frères, par la participation à la Messe et à la vie sacramentelle, comme par notre résolution à nous mettre au service des autres.

— La joie de la foi. Alors que beaucoup de chrétiens vivent trop souvent leur appartenance à l’Église comme un poids pesant, une pratique dont ils pourraient avoir honte devant le monde, ou, au moins, comme un choix irrationnel à ne pas dévoiler, nous sommes invités à mieux laisser transparaître combien la foi au Christ est source de bonheur et de joie, sans ostentation, mais sans honte.

— L’engagement dans la transformation du monde. Par bien des cotés, nous voyons bien que notre univers a des effets déshumanisants et trop souvent nous en prenons notre parti, doutant que l’on puisse y changer quoi que ce soit. En nous rappelant notre communion avec les grandes figures des saints, illustrations de la mise en pratique des évangiles, le Pape nous invite à ne pas douter de la volonté de Dieu de travailler au bonheur des hommes, ou au moins au soulagement de leurs souffrances et à nous offrir pour cette mission.

Sur tous ces points et d’autres encore que l’on pourra relever, il nous reste maintenant à mettre en œuvre ce qu’il nous a été donné de vivre et de savourer à Cologne. L’étoile qui éclaire notre chemin n’est plus seulement un astre mystérieux, c’est le Christ fui-même qui marche en avant de nous. Il nous reste à le suivre.

Article extrait de Paris Notre-Dame du 1er septembre 2005

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