Prédication du pasteur Olivier Risnes pendant la Culte d’installation du pasteur Etienne Waechter comme Aumônier chef des armées

« Tu ne prononceras pas mon nom de manière abusive, car moi, le Seigneur ton Dieu, je tiens pour coupable celui qui agit ainsi » (Ex 20. 7)
« … Notre rôle d’Aumôniers des Forces est d’apporter un soutien cultuel, spirituel, moral. Nous avons également un rôle à jouer de conseil pour le commandement. Mais une des formes que peut et que doit prendre ce soutien, le cas échéant, c’est de veiller à ce que la religion au sein des Forces ne se mette jamais en situation de partir à la dérive et d’être instrumentalisée et utilisée comme un outil au service d’intérêts qui n’ont rien à voir avec les valeurs qu’elle reconnaît, parce qu’elle a contribué à les définir, et qui sont au fondement de notre société. Et du coup, le rôle d’un Aumônier en Chef, qui assume la responsabilité d’une équipe d’aumôniers, pourrait être aussi de garder cette attention particulière, et de s’assurer que ses aumôniers soient en mesure, s’il le faut, de déjouer les pièges qui peuvent se présenter… »

« Tu ne prononceras pas mon nom de manière abusive, car moi, le Seigneur ton Dieu, je tiens pour coupable celui qui agit ainsi » (Ex 20. 7)

Je remercie Jésus-Christ notre Seigneur qui m’a donné la force nécessaire pour ma tâche. Je le remercie de m’avoir estimé digne de confiance en me prenant à son service, bien que j’aie dit du mal de lui autrefois, que je l’aie persécuté et insulté. Mais Dieu a eu pitié de moi, parce que j’étais privé de la foi et ne savais donc pas ce que je faisais. Notre Seigneur a répandu avec abondance sa grâce sur moi, il m’a accordé la foi et l’amour qui viennent de la communion avec Jésus-Christ » (1 Tim 1. 12-14).

Prière d’illumination :
Ô Seigneur !
Ta Parole est comme le feu qui éclaire et réchauffe, nous t’en prions, éclaire-nous et réchauffe-nous.
Ta Parole est comme l’eau qui désaltère et qui rafraîchit. Désaltère notre soif de toi et rafraichis nos vies.
Ta parole est comme le ciel qui ouvre un grand espace. Elargis notre horizon !
Ta parole est comme la terre ferme. Enracine-nous dans ton amour.
Amen !

S’il y a un commandement qui ne semble pas mériter qu’on y prête tellement attention, un commandement dont on peut se demander ce qu’il pourrait encore avoir à nous dire aujourd’hui, c’est bien ce troisième commandement : « Tu ne prononceras pas mon nom de manière abusive, car moi, le Seigneur ton Dieu, je tiens pour coupable celui qui agit ainsi ».

L’époque n’est plus tellement à contester l’utilité de règles pour vivre en société. Mai 68 est loin derrière nous avec les grandes déclarations fracassantes que l’on a pu entendre, du style : « Il est interdit d’interdire »… On en est revenu. Il est généralement admis que pour fonctionner, une société a besoin d’un contrat qui lie les citoyens entre eux, et qui reconnaît à chacun des droits, pour autant qu’il se plie aux règles qui permettent à tous de vivre ensemble. Il faut apprendre à nous respecter les uns les autres. Et quand il s’agit de se référer aux textes fondateurs, on rappelle volontiers les fameux « Dix commandements », même si on se garderait de les insérer tels quels dans notre corpus de textes juridiques. On se rend bien compte que l’écart culturel entre d’une part les dix « Paroles » que Moïse à transmises au peuple d’Israël, et nous d’autre part, est réel. C’est un écart trop important pour que l’on puisse se permettre de faire purement et simplement un copier/coller à partir de ces dix paroles, aussi célèbres et vénérables soient-elles. Elles demandent à être interprétées. Il faut bien les comprendre, chacune pour sa part, avant de les reprendre.

Mais, parmi les dix paroles que Moïse rapporte au peuple d’Israël, rassemblé au pied du Mont Horeb, on peut se demander ce que cette interdiction, le troisième commandement, peut bien avoir à nous apprendre. Dans la traduction que j’ai lue et qui nous est proposée par la Bible en Français Courant (qui est une traduction œcuménique), l’interdiction n’apparaît pas comme absolue : il n’est pas interdit d’employer le nom de Dieu dans tous les cas, mais seulement de manière abusive : « Tu ne prononceras pas mon nom de manière abusive ». D’autres traductions disent « Tu ne prendras pas le nom de l’Eternel ton Dieu en vain » (Second) ; ou « Tu ne prononceras pas à tort le nom du Seigneur » (TOB). Mais la question légitime qui se pose est de savoir à partir de quel moment on commence à parler de Dieu de manière abusive ou à tort. Quand est-ce qu’on prend son nom en vain ?

Le nom de Dieu, dans la Bible, c’est Dieu lui-même, tel qu’il se révèle et tel qu’il agit dans l’histoire. C’est la raison pour laquelle le simple fait de prononcer le nom de Dieu était et demeure toujours interdit chez nos frères et sœurs Israélites. Aujourd’hui encore, en voyant le Tétragramme du nom de Dieu en Hébreu (les quatre lettres : Yod, Waw, Hé, Waw), lorsqu’ils le rencontrent dans leurs textes, pendant leurs lectures, nos frères et nos sœurs ne prononcent pas ce nom-là, mais prononcent un autre nom. Longtemps, ils l’ont remplacé par le nom de « Seigneur ». Prononcer le nom de Dieu, LE nom, reviendrait en effet à mettre la main - ou à tenter de mettre la main - sur Dieu. Cela reviendrait à commettre un blasphème.

Dans les textes de la Première Alliance, on voit que le nom exprime la réalité profonde, l’identité de celui qui le porte. Les noms propres expriment l’essence de la personne. Par exemple, en Hébreu, l’homophonie entre « Adam », l’homme, et « Adama », la Terre, montre bien d’où l’homme est tiré et de quoi il est fait. Cela renvoie à l’humilité essentielle de sa condition. Cette parenté entre le nom de l’homme et le nom de la terre trouve son équivalent en latin avec la parenté qui existe entre le mot « humain » et le mot « humus ». Les deux mots ont la même racine. C’est de là que l’homme vient, et c’est là qu’il retournera à la fin de son parcours. Même si on sait qu’il y a un peu plus que cela et qu’entre ces deux termes : il peut se passer bien des choses qui donnent à l’être humain une autre dimension.

Connaître le nom d’une personne, c’est avoir une connaissance en ce qui la concerne et c’est acquérir un pouvoir sur elle. Il arrive dans certains récits bibliques qu’une personne refuse de donner son nom à celui qui le lui demande. Peut-être justement pour ne pas le laisser prendre un ascendant sur elle (Gn 32. 30 ; Jg 13. 18).

Lorsque Dieu apparaît à Moïse au désert, il se présente sous la forme d’une flamme dans un buisson qui ne se consume pas. Intrigué, Moïse s’approche du buisson ardent, et là il reçoit l’ordre d’ôter ses sandales. C’est à ce moment-là que Dieu adresse à Moïse sa vocation de libérer son peuple de l’esclavage. Et lorsque Moïse demande à en savoir un peu plus à propos de ce Dieu qui l’envoie, Dieu lui répond qu’il est qui il est : « Je suis qui je suis » (Ex 3. 14). Dieu semble ne pas vraiment vouloir dire aux hommes qui il est, pour que ceux-ci ne se fassent pas d’illusion sur leur capacité à le maîtriser par une connaissance qu’ils pourraient avoir à son sujet. Mais dans cette histoire de Moïse et du buisson ardent, Dieu invite Moïse à le découvrir peu à peu. Il va lui apprendre à le connaître et à le reconnaître, dans la façon dont il se révèle à lui. « Je suis qui je suis », peut aussi se traduire par « Je serai qui je serai », et tu verras bien…

Le nom de Dieu, c’est donc ce qui nous est, à la fois, caché et révélé de sa personne ; c’est ce qui, en même temps, nous échappe et ce qui nous est accessible. Parce que Dieu est à la fois un mystère profond, totalement inaccessible, et une personne qui se donne à connaître (que les « connais- seurs » veuillent bien me pardonner cet anthropomorphisme, lorsque je parle de personne en parlant de Dieu, mais, en l’occurrence, je m’appuie sur les textes bibliques qui m’y autorisent). Car Dieu, nous disent les textes bibliques, n’est pas simplement une force ou une énergie, il se présente aussi comme une personne, qui se donne à connaître petit à petit, à sa façon, et de façon chaque fois différente et adaptée, à ceux qui le cherchent de tout cœur et qui acceptent de cheminer avec Lui.

L’époque dans laquelle nous vivons nous invite à nous intéresser de nouveau à Dieu. Pas simplement à la question de l’existence ou de la non existence de Dieu, qui est l’approche traditionnelle dans nos sociétés occidentales, mais à la question de qui est Dieu ou de ce qu’il représente, pour ceux qui y croient comme pour ceux qui n’y croient pas. De ce côté-ci du globe ou de l’autre côté, pour ceux que nous fréquentons comme pour ceux que nous ne fréquentons pas directement, mais avec lesquels nous sommes pourtant en relation, et avec lesquels il existe des liens, dont nous pouvons avoir plus ou moins conscience (je pense aux liens économiques en particulier). Comme l’avait montré le professeur canadien Marshall McLuhan en son temps, l’espace se rétrécit de plus en plus et nous donne l’impression de vivre dans une sorte de village global. Ce rétrécissement de l’espace, c’est une réalité tangible dont chacun peut avoir conscience.

Nous découvrons d’autres façons de penser à Dieu, ou de ne pas y penser. D’autres façons de croire en Dieu ou de ne pas y croire. Tout comme les autres peuvent découvrir chez nous d’autres façons de penser à Dieu ou de ne pas y penser. D’autres façons de croire ou de ne pas croire que les leurs. Et cela invite à un peu de circonspection. Le danger étant de penser que l’on comprend les autres tout naturellement ou qu’ils nous comprennent tout naturellement, puisque nous sommes plus proches que nous ne l’avons jamais été auparavant.

Le commandement qui dit : « Tu ne prononceras pas mon nom de manière abusive » prend une autre tonalité dans cette perspective. Et si nous sommes croyants, nous pouvons nous demander comment tenir compte de l’avertissement entendu, que Dieu n’accepte pas si facilement de nous donner son nom. Que son nom ne nous est pas prêté pour que nous en fassions tout ce qui nous plaît. Le nom de Dieu est un nom unique, et même si Dieu s’est révélé, même s’il a choisi de se faire connaître jusqu’à un certain point, il ne nous autorise ni à spéculer avec son nom, ni à prendre des engagements pour lui, à sa place, dans les affaires humaines.
En tant que chrétiens, nous pouvons croire que le Dieu révélé, le Dieu Emmanuel (qui veut dire Dieu parmi nous), c’est Jésus le Christ. Il est celui qui est venu dans le monde mais qui n’était pas du monde. Dieu s’est incarné en lui et il a pris la condition humaine - un peu comme le prince de l’histoire qui prend le vêtement d’un serviteur pour aller se fondre dans la foule, dans l’idée de mieux connaître et de mieux venir en aide à son peuple. Jésus, vrai Dieu, vrai homme, a endossé pleinement la condition humaine jusqu’à accepter de subir la mort, et même une mort injuste. Mais les Évangiles nous disent que Jésus n’est pas resté prisonnier de la mort, qu’il est ressuscité. Et en ressuscitant, il a reçu le nom de « Seigneur ». Il est celui en qui Dieu s’est pleinement révélé. Alors bien sûr, ce n’est pas une histoire que l’on peut comprendre si facilement ou que l’on peut accepter sans se poser de question. Mais pourtant, c’est bien le message que l’Église transmet depuis ses origines. Un message que l’on est libre d’accepter, ou pas. Et on se rend compte, quand on l’écoute avec attention, que c’est un message qui nous avertit, lui aussi, que la pensée de Dieu n’est pas notre pensée, et que le projet de Dieu ne se confond jamais d’emblée avec nos propres projets.

Dans une société sécularisée comme la nôtre, les croyants de tous bords pourraient souhaiter voir plus de gens s’intéresser de nouveau à Dieu. On pourrait souhaiter que la société civile revienne au nom de Dieu. Qu’elle y fasse référence, au moins de temps en temps. Qu’elle en parle, qu’elle contribue à lui redonner un peu de consistance et un souffle nouveau pour le réanimer un peu. Il en a bien besoin le pauvre ! Que ce soit dans les programmes politiques, dans les actions sociales, dans l’éducation… Mais l’avertissement du troisième commandement, c’est que l’abus du nom de Dieu est plus grave que le silence à son sujet. Le risque est que, très vite, on se mette soi-même à la place de Dieu et qu’on l’instrumentalise pour le mettre, lui, à notre service.

Mais si l’on peut percevoir que la tentation existe bel et bien dans notre monde, et même jusque dans notre propre société, de mettre le nom de Dieu à des sauces politiques, sociales, voire économiques, ce n’est pas ce risque-là qui nous guette le plus directement en ce qui nous concerne. Nous aurions tort, en tant qu’aumôniers des Forces Armées, de ne pas nous demander si ce troisième commandement n’a pas quelque chose à nous dire à nous. Un avertissement à nous faire entendre, là où nous sommes.

Nous vivons dans un monde d’où les conflits armés et la guerre elle-même n’ont pas disparu. Il existe toutes sortes de tensions pas loin de nos frontières. En France, les militaires sont engagés dans une armée dont le but premier est la défense de son territoire et de ses intérêts vitaux, et qui assume des responsabilités sur le plan international en s’impliquant dans le maintien d’équilibres qui sont parfois complexes. Les militaires français peuvent être projetés en dehors de nos frontières sur des théâtres d’opération où sévissent des crises de plus ou moins grande ampleur, selon les périodes. Il faut bien dire que la perception des enjeux n’est pas toujours évidente à avoir.

Et puis, le monde dans lequel nous vivons est un monde où les guerres prennent de plus en plus facilement une teinte religieuse, et même si le motif de la guerre n’est pas religieux au départ, dès que la religion s’en mêle, un tant soit peu, la paresse intellectuelle, l’ignorance et les raccourcis, les simplifications à outrance ont tendance à offrir une clef d’interprétation commode et sans nuance. On s’aventure trop facilement à dire qu’un conflit est un conflit religieux.

Il faut dire que les religions y sont peut-être elles-mêmes pour quelque chose. Il serait naïf de protester systématiquement de leur innocence. La simplification excessive qui consiste à interpréter tous les conflits comme des conflits religieux vient peut-être de ce que les religions elles-mêmes peuvent avoir cette tendance de tout interpréter en termes religieux. Et qu’il est arrivé que certains membres, parmi elles, cèdent à la tentation de discréditer les autres, ceux d’en face, ceux avec lesquels ils ont du mal à s’entendre, en invoquant comme seule responsable leur religion. Certaines personnes se servent parfois de la religion pour enfermer les autres dans une image négative irréductible. Au bout du compte, si l’on n’y prenait pas garde, la religion pourrait devenir une justification facile du mal que l’on pourrait être tenté de faire à ceux qui nous sont désignés comme des ennemis : ennemis du bien, ennemis du groupe, ennemis de la paix.

Ce type de religion-là, il faut l’avouer, existe bel et bien, malheureusement. Il n’est pas le propre d’une religion en particulier. Il a pu exister chez les uns ou chez les autres à des époques différentes. C’est la religion qui se nourrit de l’ignorance ; qui se nourrit des stéréotypes ; qui se contente de peu parce qu’elle ne fait aucun effort de compréhension ni d’analyse. C’est la religion qui se complaît dans l’autosatisfaction : moi je suis quelqu’un de bien et les autres, s’ils ne sont pas d’accord avec moi, ou s’ils ne pensent pas comme moi, forcément se trompent. Pire même : ils représentent un danger et ils incarnent le mal. C’est le niveau de réflexion sur le mode binaire (comme en informatique) : 0 et 1 ; bien et mal ; blanc et noir ; positif et négatif … etc… C’est un niveau de réflexion très pauvre et qui est en même temps appauvrissant intellectuellement, pour ne pas dire spirituellement. La nuance est impossible. Il y a les bons et les mauvais, ceux qui sont avec moi et ceux qui sont contre moi, ceux qui font partie du groupe et ceux qui n’en font pas partie.

Alors bien sûr, la religion n’est pas la seule capable de produire ce genre d’effet. Les idéologies athées, ou les idéologies dépourvues de l’idée d’un Dieu personnel et transcendant - et on en a vu faire fortune durant tout le siècle dernier - sont aussi capables de proposer des réponses toutes faites et simplistes. Mais les tenants des religions traditionnelles sont bien avisés lorsqu’ils reconnaissent que toute religion (la leur y compris) peut verser dans le simplisme binaire.

N’importe quelle religion pourrait, si elle n’y prenait pas garde, dans certaines circonstances, se faire récupérer à des fins de manipulation. Toute religion, sans regard critique sur elle-même, sans recul, sans profondeur, pourrait en venir à dériver vers la caricature d’elle-même.

La religion est en quelque sorte un amplificateur de tendance : mise au service d’intérêts particuliers, d’intérêts de pouvoir, elle est capable de démultiplier l’énergie consacrée à atteindre l’objectif désigné. Mise au service d’un bien supérieur, elle aide à trouver la force pour y parvenir. Mais il s’agit de ne pas mêler le nom de Dieu à tout et à n’importe quoi. Il s’agit de garder à l’esprit le risque qui existe bel et bien de voir récupérer le nom de Dieu derrière une cause qui n’aurait rien à voir avec lui. Notre rôle est également un rôle de témoin et de sentinelle. Nous sommes en quelque sorte les sentinelles du vivre ensemble.

C’est l’idée que je voudrais suggérer ici. Notre rôle d’Aumôniers des Forces est d’apporter un soutien cultuel, spirituel, moral. Nous avons également un rôle à jouer de conseil pour le commandement. Mais une des formes que peut et que doit prendre ce soutien, le cas échéant, c’est de veiller à ce que la religion au sein des Forces ne se mette jamais en situation de partir à la dérive et d’être instrumentalisée et utilisée comme un outil au service d’intérêts qui n’ont rien à voir avec les valeurs qu’elle reconnaît, parce qu’elle a contribué à les définir, et qui sont au fondement de notre société. Et du coup, le rôle d’un Aumônier en Chef, qui assume la responsabilité d’une équipe d’aumôniers, pourrait être aussi de garder cette attention particulière, et de s’assurer que ses aumôniers soient en mesure, s’il le faut, de déjouer les pièges qui peuvent se présenter.

Dans sa Première lettre à Timothée, l’Apôtre Paul parle de la tâche qui lui a été confiée, la tâche de se mettre au service de l’Évangile. Et il reconnait bien que de par lui-même, de par son parcours, il n’aurait jamais dû se retrouver pris dans ce service. Pourtant c’est le Christ lui-même qui l’a engagé. L’Apôtre Paul le reconnaît volontiers : (v.13) « J’ai dit du mal de lui autrefois, je l’ai persécuté et insulté… ». Et quand Paul dit qu’il parlait mal du Seigneur, ce n’est pas tout à fait anecdotique. Littéralement, l’Apôtre Paul s’accuse d’avoir été un blasphémateur (to proteron onta blasphemon). Ce que la version TOB traduit : « moi qui étais auparavant blasphémateur… ».

Les persécutions et les violences que commettait l’Apôtre Paul étaient le fruit de son ignorance et de son incrédulité, bien qu’il fût un homme à la fois très instruit et très pieux. Il avait étudié aux pieds des plus grands maîtres et était un membre actif de son école religieuse particulière. Il pensait savoir, il pensait comprendre, mais il ne savait pas et il ne comprenait pas. Il pensait connaître Dieu suffisamment bien pour pouvoir se porter au secours de son nom qu’il estimait insulté par ces chrétiens qui vénéraient le Christ et qui lui donnaient une place totalement indue, selon lui, dans leur culte.

Paul voulait se faire le défenseur de la première Table de la Loi, celle qui concerne Dieu, de l’unicité de Dieu et du respect qui lui est dû. Voilà ce qui l’autorisait, pensait-il, à enfreindre les commandements de la seconde table de la Loi : par exemple l’interdiction d’attenter à la vie d’autrui ; ou l’interdiction de porter de faux témoignage ; ou encore l’interdiction de s’en prendre aux biens de son prochain… Mais malgré sa violence et les différentes formes de persécutions dans lesquelles il était engagé, il n’y avait pas en lui de malhonnêteté. Il était tout à fait sincère. Au cours de ses équipées, il cherchait vraiment la vérité. Et c’est dans ce cheminement spirituel qu’il a changé du tout au tout. Sur le chemin de Damas, il a reçu l’illumination. Il s’est rendu compte qu’il se trompait.

« Tu ne prononceras pas mon nom de manière abusive ». Cela va jusque dans notre façon de prendre la défense de Dieu, de ce que nous avons compris de lui. Paul poursuivait des hommes et des femmes qui, selon lui, blasphémaient le nom du Seigneur. Mais il rend témoignage de son erreur. Il reconnaît qu’il en a pris conscience : en réalité, c’était lui qui blasphémait. Il était en guerre contre Dieu, sans le savoir.

Ailleurs, dans sa seconde Lettre aux chrétiens de Corinthe, l’Apôtre Paul parle encore de sa mission, qui est une mission qui vise à être témoin de Jésus-Christ. Non pas simplement du Jésus historique, tel qu’on peut de se le représenter avec ses moyens humains, mais aussi du Christ ressuscité, le Christ tel que l’Évangile le révèle. Et il pose la question : « Qui donc est qualifié pour une telle mission ? » (2 Co 2. 16). La réponse à cette question, la réponse honnête, ne peut être que : « personne ». Personne ne peut prétendre être parfaitement qualifié pour rendre un témoignage à Dieu, tel qu’il s’est révélé en Jésus-Christ. Qui en est digne ? Personne ! Qui est suffisant ? Personne ! Si ce n’est celui ou celle à qui Dieu confie la mission. Parce que précisément, dans la communion avec le Christ, il trouvera la force d’être témoin.

Il y a d’une part les moyens matériels que l’on a, ou que l’on n’a pas, d’accomplir une tâche. On peut avoir de gros moyens logistiques ou de petits, voire de tous petits moyens logistiques. Et, forcément, on fait avec les moyens que l’on a, et non avec les moyens que l’on n’a pas. Mais quels que soient les moyens que l’on peut avoir, ou pas, il y a également, comme le dit l’Apôtre Paul, “la foi et l’amour qui viennent de la communion avec Jésus-Christ” et qui qualifient notre service. Cette communion, on la trouve davantage dans la pondération, voire même dans l’ascèse quant à l’usage du nom de Dieu.

Cette ascèse, et cette réserve, nous y sommes invités jusque dans la prière que le Seigneur a enseignée à ses disciples, lorsqu’il leur disait : “Voici comment vous devez prier : Notre Père qui es aux cieux ! Que ton nom soit sanctifié...” (Mt 6. 9 Segond). En formulant cette demande : “Que ton nom soit sanctifié”, nous prions pour nous-mêmes, ou plutôt, nous prions contre nous-mêmes, contre les mauvaises tendances qui peuvent exister en nous. Nous prions pour apprendre à respecter vraiment le nom de Dieu, dans nos paroles et nos actions.

L’Apôtre Paul avait une mission. De la même manière, chacun de nous a une mission. Même si ce n’est pas la même que celle de l’Apôtre Paul. D’ailleurs forcément, elle n’est pas, elle ne peut pas être la même que celle de l’Apôtre Paul ! Mais chacun de nous a un rôle à jouer, une mission à remplir. Une mission dont nous ne pouvons pas prétendre être dignes par nos propres mérites. Qui peut se tenir devant Dieu et dire : « Je mérite de me tenir debout devant toi, là où je suis, à la place que j’occupe » ? ou encore « Je suis tout à fait digne d’occuper la fonction qui est la mienne ». En réalité, devant Dieu, nous ne pouvons que compter sur sa miséricorde et sa grâce. Alors que Dieu nous fasse encore et toujours progresser dans sa grâce. Amen.

Olivier Risnes.
Aumônier régional (Ile-de-France) protestant aux Armées
Source : FPF décembre 2017

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