L’Église
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Premiers de cordée

Entre ciel et terre, les cordistes travaillent, jour et nuit, sur les pierres de la grande Dame. Accrochés à des cordes, ils se faufilent là où aucune machine ne peut se glisser. Un travail minutieux qui revêt un sens tout particulier sur un chantier tel que celui de Notre-Dame.

Deux cordistes de Jarnias à l'assaut d'une tour de Notre-Dame.
Deux cordistes de Jarnias à l’assaut d’une tour de Notre-Dame.
© Frédéric Boyadjian

En plissant un peu les yeux, on les aperçoit sur les pierres, grisées, de Notre-Dame. Suspendus à des cordes, bien assis dans leurs baudriers, casques sur la tête, ils semblent danser entre les gargouilles. On les appelle « cordistes ». Évoluant dans les hauteurs, ces ouvriers de la première heure inter- viennent dans les endroits inaccessibles par les machines. Sur la cathédrale, au lendemain de l’incendie, ce sont eux qui ont été appelés pour sécuriser, en urgence, le pignon nord menaçant de s’écrouler, puis mettre hors d’eau l’édifice. « L’eau était le premier ennemi, rappelle Xavier Rodriguez, président-directeur général de l’entreprise spécialisée dans les hauteurs missionnée sur les lieux, Jarnias. Il a fallu concevoir une toiture provisoire en bâche et l’installer. » Impossible d’attendre machines et échafaudages. Alors, les cordistes ont travaillé d’arrache-pied, jour et nuit. Ils ont parfois été jusqu’à quarante à intervenir, simultanément, sur Notre-Dame. Un chantier tout particulier pour eux. « Nous avons tous conscience que nous participons à la construction de l’histoire, confie Xavier Rodriguez. C’est une vraie responsabilité. Qui crée une volonté commune de mener un chantier d’excellence. » Tous veulent faire du mieux qu’ils peuvent. C’est le cas de ce trentenaire qui confia, un jour, à Xavier Rodriguez, sentir mener « le chantier de [sa] vie ». Comme si tout ce qu’il avait fait jusque-là l’avait préparé à ce travail.

Le chantier du dépassement

Il y a, bien sûr, l’émotion de succéder aux bâtisseurs du Moyen Âge. De travailler une œuvre architecturale et artistique d’exception. Mais il y a, aussi, une dimension spirituelle non négligeable. « La cathédrale est habitée », sourit Xavier Rodriguez. Les ouvriers le savent. Ils en ont conscience même s’ils n’en parlent pas. « Nous nous sentons tout petits devant elle. La cathédrale dépasse tout le monde », précise-t-il. Cette charge « spirituelle » les invite à « travailler en y mettant du sens ». « Elle donne envie de faire les choses avec intelligence, ingéniosité et esprit. » Ce chantier, Xavier Rodriguez le qualifie de « chantier du dépassement ». « Il nous fait tous grandir, explique-t-il. D’un point de vue professionnel bien sûr – nous sommes confrontés à de nouveaux défis qui nous obligent à user de créativité. Mais d’un point de vue personnel, aussi. Nous serons tous quelqu’un d’autre en sortant de ce chantier. J’en suis persuadé. »

Isabelle Demangeat @LaZaab

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