Prière, Oraison

Par le cardinal Jean Daniélou

La prière n’est pas du tout une attitude sentimentale ou une affectivité spirituelle, mais elle est une victoire remportée sur l’homme charnel qui s’affronte en nous. C’est dans la mesure où nous remportons cette victoire dans l’oraison que nous sommes rendus capables de la remporter le reste du temps dans la vie, en remettant les choses à leur vraie place. En ce sens, l’oraison aurait pour objet de constituer les attitudes fondamentales qui pourront ensuite imprégner notre vie ; mais si nous n’acquérons pas ces habitudes dans l’oraison, nous ne les aurons pas dans la vie. Un homme qui s’habitue à atteindre des vues de Foi dans l’oraison sera capable de se conduire dans la vie d’après des vues de foi. Mais quelqu’un qui ne s’y exerce pas ne sera pas un chrétien constitué ; il restera un chrétien informe. On découvre peu à peu à quelles réalités précises, concrètes, correspond cet exercice de la prière dans la mesure où les vertus théologales nous font exercer les dis positions de fils de Dieu : étant dans le Christ des Fils de Dieu, nous devons traiter avec Dieu comme avec un Père qui nous aime. Nous sommes déjà héritiers, nous possédons déjà les biens divins, quoique n’en ayant pas la jouissance : "Tout ce que vous demanderez à mon Père, Il vous l’accordera". Cette parole est rigoureusement vraie, non pas au niveau des biens matériels, mais au niveau de l’amour. Ce qui est essentiel, ce n’est pas le destin que nous avons, mais ce que nous faisons de notre destin ; et Dieu s’est engagé à faire de notre vie une réussite d’amour. La réussite d’une vie réside dans ce qu’elle fait de la matière qui lui est donnée : cette matière comporte toujours une part de bonheur et une part de malheur, car dans toute vie, il y a des éléments positifs et des éléments négatifs. Il y a des gens qui ont tout le matériel voulu et qui le gâchent, et d’autres qui sont affreusement pauvres - non pas toujours de pauvreté d’argent, ma is de pauvreté affective, de pauvreté dans la limitation des dons reçus - et qui, à travers ces pauvretés, réalisent des réussites admirables : pensons à certaines vies de malades qui sont de merveilleuses réussites spirituelles. Une vie n’est manquée que lorsqu’on n ’a pas su en faire la réussite qu’elle aurait pu être. Cette réussite dépend de nous, et Dieu nous la donne toujours quand nous la lui demandons. Il n’y a rien de plus navrant et de plus faux que d’y renoncer. Nous voyons ainsi comment la prière engage les profondeurs de notre être et comment elle doit nous aider à retrouver, dans toute sa dimension, notre vocation spirituelle et à émerger de tout ce qui nous empêche de la réaliser.

Source : Cardinal Jean Danielou, SJ, « Contemplation, croissance de l’Église », Fayard, 1977

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