Quand l’Église se fait proche de la « périphérie académique »

Le Centre Teilhard de Chardin, qui doit ouvrir ses portes en janvier 2022 sur le plateau de Saclay, dans l’Essonne, a pour ambition de devenir un espace d’Église et de dialogue entre sciences, technologie et spiritualité. Jésuite, théologien et rédacteur en chef de la revue Études, le P. François Euvé décrypte ce projet original, porté par la Compagnie de Jésus et les quatre diocèses de Paris, d’Évry-Corbeil-Essonnes, de Versailles et de Nanterre.

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Le P. François Euvé est jésuite, théologien et rédacteur en chef de la revue Études.
© D.R.

Paris Notre-Dame – Pouvez-vous rappeler les circonstances dans lesquelles est né ce projet ?

P. François Euvé – Les premières équipes de réflexion mises en place sur ce projet datent d’une dizaine d’années. Il est né à l’initiative de Mgr Michel Dubost, alors évêque d’Évry-Corbeil-Essonnes (Essonne), au moment de l’essor de Paris-Saclay, pôle technologique et scientifique francilien d’envergure. L’intuition de Mgr Dubost était justement d’y rendre l’Église présente et visible. Les pères jésuites, déjà responsables de plusieurs aumôneries sur le site, notamment au sein de l’École Polytechnique, ont été intégrés au projet dès le départ. L’enjeu est resté le même aujourd’hui : habiter de manière permanente un lieu en pleine mutation, qui devrait, d’ici 2024, accueillir 34 000 étudiants, enseignants et chercheurs, ainsi que 12 000 habitants.

P. N.-D. – Les travaux doivent commencer en 2020 et le centre devrait ouvrir en janvier 2022. Comment s’articulera-t-il ?

F. E. – Trois espaces principaux sont prévus. Il y a bien sûr un espace d’Église à proprement parler, avec une chapelle, qui pourra notamment servir aux aumôneries des écoles alentours, comme un outil supplémentaire à leurs pastorales respectives, qui continueront d’œuvrer chacune dans leurs institutions respectives. Une communauté jésuite vivra également sur place au quotidien, pour animer la vie pastorale et spirituelle du centre. Autre espace prévu : un foyer de vie accueillant des étudiants, doctorants, jeunes chercheurs étrangers… Tout cela correspond au premier volet d’ordre pastoral, spirituel et humain, qui pourrait comporter aussi des activités de groupe – école de prière, formation religieuse… L’autre volet du projet est un pôle plus « universitaire » : un espace de rencontre, de travail et de séminaires, proche de ce qui existe déjà dans Paris intra-muros, au Collège des Bernardins (5e) ou au Centre Sèvres (6e). Un lieu de dialogue entre la foi chrétienne et la raison, entre l’Église et notre monde contemporain.

P. N.-D. – La science et la raison sont-elles la nouvelle périphérie de l’Église ?

F. E. – L’Église, de fait, est appelée à se rendre présente dans ce que nous pouvons appeler une « périphérie académique » : celle du milieu de la recherche scientifique avec laquelle elle n’a pas tant d’interaction que cela. D’autant que le pôle Paris-Saclay est une concentration d’excellence en matière technologique et scientifique assez unique en France. L’Église a à cœur de créer un tissu chrétien qui soit à la fois une présence humaine fraternelle et pastorale, et une source d’éclairage sur les questions cruciales du développement du numérique actuel, ou de la génétique, par exemple [1]. Elle apporte une réflexion complémentaire sur le rapport de l’homme à notre monde. Il y a quelque chose d’assez original dans ce projet de présence explicite et visuelle de l’Église qui s’invite dans cette future « Silicon Valley » à la française, manifestée physiquement par un bâtiment, et surtout, par des hommes et des femmes, qui se font proches.

Propos recueillis par Laurence Faure, @LauFaur

[1Deux séminaires « hors les murs » sont d’ores et déjà lancés, sur les enjeux actuels de nos environnements urbains ou encore sur ceux de l’énergie. Plus d’informations : centreteilharddechardin.fr

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