Quand spiritualité et convivialité se marient

À Paris, plusieurs paroisses proposent d’allier spiritualité et activité profane – sport ou dégustation de vins, par exemple. L’idée est d’attirer dans les églises des catholiques qui n’y mettent plus les pieds. Reportage.

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Chaque lundi, une vingtaine de jeunes femmes se retrouvent pour une soirée {Body and Mind}.
© Priscilia de Selve

Il est 19h45 ce lundi soir. Dans la crypte de la Ste-Trinité (9e), une vingtaine de jeunes femmes ont installé leur tapis de sol, et suivent avec attention les instructions de leur coach. Elles ont entre 25 et 35 ans et se retrouvent tous les lundis pour une soirée Body and Mind. Une heure de sport, suivi d’un temps « spi », prière et conférence. L’initiative a été lancée début 2016 par quatre d’entre elles pour unir, le temps d’une soirée, « le corps et l’esprit », explique Sophie Devillard, l’une des initiatrices de ces soirées. « Nous nous sommes posé la question de l’équilibre entre la prière et l’activité physique, pour n’oublier aucune des dimensions qui composent l’Homme », poursuit-elle. « Cela répond à une des aspirations de beaucoup de femmes. Qu’elles viennent pour le sport ou pour le temps de prière qui suit, peu importe, souligne Claire, une autre des organisatrices. L’important est qu’elles soient là. » Les thèmes de l’année ont été tirés des tentations de saint Matthieu, et déclinés pour répondre aux questions que nombre de ces jeunes femmes se posent. « Nos conférenciers sont des laïcs, des prêtres ou des consacrés, choisis pour la qualité de leur intervention », explique Sophie. Comme Béatrice Dufour, conférencière de la communauté de l’Emmanuel, dont les retraites pour femmes connaissent depuis plusieurs années un vrai succès. Ce soir, c’est le P. Philippe Christory, curé de la paroisse, qui est présent pour parler du baptême. « Croyante ou non, baptisée ou non, vous êtes ici chez vous », déclare-t-il d’emblée aux femmes qui lui font face. Nous allons parler du Salut. Et si cela peut vous rassurer, à moi aussi ce mot a semblé abstrait pendant longtemps. » Le ton est donné, et durant vingt minutes, il obtiendra l’écoute attentive de l’assemblée présente.

Pourquoi un curé accueille-t-il dans sa paroisse ce type d’activité, associant spirituel et profane, dans un registre parfois très éloigné des activités pastorales habituelles ? « Car il y a un réel besoin d’unité chez l’être humain, explique-t-il, et cette initiative est une réponse à cette attente. Le fait de proposer un vrai temps de prière et de réflexion est pour moi un geste missionnaire fort. » Quand l’équipe lui a présenté le projet en 2015, il a pris le temps de la réflexion et de la consultation. « Il n’est pas simple de bloquer ainsi la crypte tous les lundis soir, admet-il, mais le projet était solide. »

Une intuition que partage le P. Camille Millour, vicaire à l’Immaculée Conception (12e). Il y a trois ans, il a lancé, à la suite de la Marche de saint Joseph, un groupe de pères baptisé Spi and spi (Spirituel et spiritueux). Une fois par trimestre, une quarantaine de papas se retrouvent le jeudi soir pour un temps de prière et un topo, avant de conclure la soirée en ouvrant quelques bons crus. « Nous avons voulu ratisser plus large que le simple cercle des catholiques pratiquants », explique-t-il. « Le groupe est ouvert à tous, même aux papas éloignés de l’Église. » Le côté convivial attire ceux qui pourraient hésiter à consacrer une de leurs soirées à un temps de prière. « Cela leur permet de franchir le pas. La difficulté est de tenir le rythme et surtout de ne pas en faire un groupe trop “spi”, car tous les papas doivent se sentir accueillis, notamment ceux qui pensent ne plus avoir leur place dans l’Église. » Car, comme le P. Christory, le P. Millour en est convaincu : « Il est essentiel que l’Église parte à la rencontre de ceux qui sont loin d’elle. C’est là que nous attend Jésus. Pas ailleurs ».

Priscilia de Selve

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