L’Église
Catholique
À Paris

Quelle paroisse pour quelle mission ?

Quelle est la visée missionnaire de la paroisse ? La question a été lancée par Mgr Vingt-Trois le 3 décembre 2005 à Notre-Dame de Paris. Points de vue de trois curés de Paris.

À Paris, il y a autant de sens au mot “mission” que de paroisses. Trois curés de communautés paroissiales très différentes – P. Jacques Mérienne, curé de St-Merry (4e), le P. Michel Meunier, curé de St-Germain de Charonne (20e), et le P. Jacques Benoit-Gonin, curé de la Sainte-Trinité (9e), ouvrent quelques pistes de réflexion.

Quelle est la finalité de votre paroisse ?

P. Jacques Merienne — Prendre notre part, dans le quartier « Halles-Beaubourg », à l’accomplissement par l’Église de sa mission. Avec comme priorité un souci aigu de l’égalité entre tous les hommes. L’angle par lequel les chrétiens de St-Merry entreprennent cette mission : la réconciliation. Une communauté ouverte à l’accueil qui rencontre des pauvres, des déviants et des exclus, réels ou qui pensent l’être parce qu’on les traite ainsi. Ils sont du quartier, haut lieu culturel, et annexe de banlieue pour cause de RER, ou encore rejoints dans leur vie par les membres de la communauté. Ces maudits de la société (et parfois de l’Église) désirent une Bonne Nouvelle, faite du nécessaire pour vivre quand il manque cruellement, d’une reconnaissance de leur dignité quelle que soit leur situation, et surtout d’une amitié gratuite toujours offerte ! Nous ne pouvons pas leur annoncer une Bonne Nouvelle que nous n’aurions pas éprouvée nous-mêmes, leur prodiguer une bénédiction inefficace faite de vœux pieux qui n’engagent personne, qui ne sauvent pas, une illusion de communion entretenue par une illusion de communauté. En terme de Bonne Nouvelle, pas d’amateurisme !

P. Michel Meunier — Présentons-la d’abord : dans le 20e arr., avec environ 43 500 habitants, dont plus de la moitié dans des logements sociaux, avec une grande diversité humaine. Les milieux populaires sont fortement présents bien sûr, mais des milieux plus aisés aussi, dans des logements privatifs. De nombreuses personnes viennent des Antilles, de l’Afrique, du Maghreb. Il y a, par contre, peu d’Asiatiques.

Notre richesse c’est que, parmi tous, sauf les Magrébins, il y a des chrétiens. Ils apportent à la paroisse leur foi et leurs sensibilités. Ils se retrouvent dans deux communautés : celle de St-Germain de Charonne et celle de St-Charles de La Croix-St-Simon.

La finalité de la paroisse me semble être de nous mettre à leur service, pour les unir, les aider à fortifier leur foi et à se mettre mieux au service de ceux qui les entourent : ceux de leur famille, leurs collègues de travail, leurs voisins.

P. Jacques Benoit-Gonnin — La vie et l’action de la communauté paroissiale de la Trinité vise à rassembler en Jésus-Christ pour célébrer l’amour universel du Père, mieux le connaître, le servir et en témoigner par toute sa vie. Cette finalité est à la fois simple et « complexe » ! Elle comprend des aspects divers et complémentaires. Célébrer renvoie aux expressions de la foi, à ce qui s’y exprime et ce qui s’en « dégage » (joie, ferveur et intériorité, simplicité, accueil et convivialité...). Connaître renvoie à la foi (encore), à la prière et à la formation : qu’est-ce qu’un chrétien aujourd’hui, dans sa relation personnelle à Dieu, dans son état de vie et dans les diverses dimensions de son existence ? Servir, c’est se rappeler et manifester que le Christ s’est fait serviteur et appelle à servir ; c’est aussi dans le service qu’il dit la dignité de tout homme. Témoigner, c’est se rappeler que la foi a un retentissement public et que la parole comme une certaine manière de vivre renvoient à Quelqu’un qui aime tous les hommes et les appelle dans une grande famille. Tous ces aspects contribuent à l’annonce de l’Évangile.

Compte tenu des difficultés actuelles (demandes en baisse de l’extérieur, diminution des moyens humains et financiers...), comment vos projets sont-ils marqués par le souci de l’évangélisation ? quels sont les principaux obstacles à votre mission ?

P. Jacques Merienne — Je ne suis pas vraiment convaincu que ce soit plus difficile aujourd’hui. Dénoncer constamment les opacités du monde et ses perversités fait oublier que Dieu l’a tant aimé « qu’Il a donné son Fils ». Notre messe dominicale commence toujours en retard car le célébrant peine à faire taire les quelques trois ou quatre cents fidèles qui se connaissent presque tous, se donnent des nouvelles et commentent l’actualité ! Ce monde nous l’amenons avec nous, nous l’habitons et l’aimons, nous œuvrons résolument en lui et pour lui. Les nouveaux arrivants ont par- fois l’impression qu’on mélange les genres, mais notre cap est clair. Des paroles jugées trop partisanes ou culpabilisantes créent des tensions : alors on râle, mais on repart ensemble. Cela donne une communauté remuante et passionnée (passionnante pour le prêtre que je suis), critiquable, tant pis ! stimulantes, tant mieux ! Chacun des vingt et quelque groupes qui œuvrent pour la solidarité ou la culture, ont un pied dedans (l’Église) et un pied dehors (le monde), grâce à l’animation de réseaux, d’associations, de collaborations souvent « laïques », mais absolument pas neutres humainement : Réseau « Chrétiens immigrés », forum « Homme debout », « Fêter Dieu », « Accueil musical », « Art contemporain », pour n’en citer que quelques-uns. Ce choix se paie en emplois du temps surchargés et en coups reçus, la société civile n’est tendre ni pour les pauvres, ni pour ceux qui les aident, ceux dont les mains et le regard cherchent l’humain et le divin dans l’homme. Il nous arrive de nous tromper, nous ne sommes pas exemplaires, mais jusqu’à présent la joie a été plus forte que la déprime, alors on continue ensemble. Je répète « ensemble » car ce mot, comme celui de « communauté », n’est pas une formule : nos contemporains sont plus chercheurs de différences que de ressemblance, accepter et accueillir toute la diversité que nous rencontrons risque de nous diviser. Que tous et chacun se sentent et soient vraiment coresponsable de la mission et de la communauté, est une exigence de chaque jour. Fraternité et initiative en sont les clefs, ainsi que le travail de fond d’une équipe pastorale toujours sur la brèche, dans laquelle laïcs et prêtres mettent collégialement toute leur énergie.

P. Michel Meunier — Commençons par les chances : ce souci de l’évangélisation et du service des autres, je le trouve déjà bien présent chez ceux qui sont actifs dans la paroisse. J’ai souvent de l’admiration pour eux. Les initiatives tournées vers la mission trouvent d’assez nombreuses bonnes volontés, avec d’ailleurs des sensibilités diverses : certains sont plus attirés par l’annonce explicite du Christ et la prière, d’autres par le tissage des liens humains, mais cela se complète.

Nous avons aussi la chance d’avoir dans notre paroisse une synergie entre plusieurs communautés d’Église : celles de St-Germain et St-Charles, mais aussi une aumônerie de collège et lycée, une école catholique, des aumôneries d’hôpitaux, des mouvements d’Action catholique actifs – depuis peu la Mission ouvrière a pris un nouvel essor grâce au P. Jean Minguet. Or, tous ont bien conscience qu’ils ont besoin des autres. Nous faisons l’expérience de ce que nous nous apportons les uns aux autres en travaillant ensemble. Maintenant, les obstacles : nos manques de moyens ? Sans doute ! Nos limites humaines aux uns et aux autres – c’est une expérience de chaque jour – mais il me semble que la principale est notre manque de foi. Souvent, ne doutons-nous pas de nos proches, de nos voisins, de nos collègues, et de nous-mêmes ?... Sommes-nous pris par le doute ambiant ? Nous avons un grand besoin de retrouver le regard du Christ sur nous-mêmes et sur les autres ! Autre obstacle, chez beaucoup de chrétiens, particulièrement non pratiquants : « J’ai ma foi, et ça me suffit » je n’ai pas vraiment besoin d’en parler, de l’approfondir, et finalement du Christ et de l’Église. Et je ne suis pas responsable de la foi de mon frère. Or, nous croyons que la foi est un don toujours à recevoir de l’Autre et à partager !

P. Jacques Benoit-Gonnin — De manière générale, nous ne voulons rien vivre en atmosphère confinée et nous voulons vivre de manière simple et joyeuse. Ainsi l’ouverture, la simplicité et la joie nous semblent être les éléments qui conditionnent, ici, l’évangélisation.

L’église doit être accessible et donc ouverte. Ce qui se vit doit être connu (le lancement récent du site Internet répond à cet objectif : www.latriniteparis.com). Les célébrations veulent être belles parce que la beauté dit la beauté de Dieu et celle de croire. Les groupes de prière doivent être accueillants et joyeux parce que la qualité de l’accueil et la joie sont essentielles dans une société où l’anonymat et le stress colorent tout en gris. Les temps d’adoration sont silencieux et veulent amener toute l’attention vers Celui qui est exposé sur l’autel car il s’agit d’orienter vers la rencontre avec Quelqu’un. Les formations visent la simplicité qui permet à chacun de mieux comprendre et de relier ce qu’il entend et ce qu’il vit. Enfin, nous venons de redécouvrir que la pauvreté est une condition (!) de l’évangélisation, même si audace et détermination sont également nécessaires. Dans la récente mission de Noël à St-Lazare, la mission a du être montée en très peu de temps. Nous étions assez démunis. Nous avons fait ce que nous pouvions, le Seigneur a fait le reste et ce fut étonnant. Sans moi, vous ne pouvez rien faire... Si le Seigneur ne bâtit la maison...

Pour avancer, plusieurs obstacles me viennent à l’esprit. Il nous faut encore lutter, en nous-mêmes, contre le sentiment paralysant que évangéliser (c’est-à-dire témoigner explicitement de ce en quoi nous croyons) fait courir des risques à la paix publique et porte atteinte à la liberté d’autrui. Il nous faut lutter aussi contre un trop grand désir de tout maîtriser : évangéliser n’est pas une entreprise humaine, c’est l’action du Seigneur avec nous... Un autre obstacle vise les prêtres : quelle place donnons-nous à la mission « externe » ? Nous pouvons largement employer tout notre temps en interne...

Comment une paroisse peut-elle annoncer Jésus-Christ aux personnes loin de l’Église ?

P. Jacques Merienne — « Si Dieu a fait à ces gens le même don gratuit qu’à nous, dit Pierre, qui suis-je pour empêcher Dieu d’agir ? (Ac 11, 17) ». Nous n’avons pas à inventer la mission, mais la mission d’inventer. Si nous étions les moissonneurs, nous n’aurions qu’à couper le blé et à l’entasser dans la grange, c’est-à-dire à remplir notre église. Mais la graine semée par la Seigneur est en train de pousser, sans que nous n’y puissions rien. Démunis ? Non. Par une écoute renforcée, un engagement renouvelé auprès de nos frères, et le témoignage d’une confiance joyeuse dans la prière, nous pouvons rendre visible l’invisible, le Royaume est là parmi nous !

P. Michel Meunier — D’abord, essayer d’être proche des personnes, de leurs joies et soucis. Chacun est très limité, mais ensemble, on s’y aide. Après avoir cherché ce qui marquait les personnes autour de nous, le conseil pastoral a décidé, par exemple, d’organiser en mars 2006 un forum ouvert à tous les habitants sur les peurs qui nous habitent les uns les autres... En parler, c’est déjà en sortir et, peut-être, se rendre capable d’entendre cette parole : « N’ayez pas peur ! Je suis avec vous ! »

Nous nous investissons aussi de plus en plus dans l’initiation chrétienne : pour les jeunes, les catéchumènes et ceux qui veulent se former bien sûr, mais aussi pour les familles demandant le baptême et les couples se préparant au mariage. Pour ces derniers, le nouveau parcours « Promesse d’amour » semble très intéressant, même s’il est exigeant.

Nous avons développé aussi un site Internet et surtout un envoi hebdomadaire des nouvelles de Charonne par mail. Actuellement 420 foyers sont touchés, la plupart non pratiquants. Sans doute pourrions-nous en faire encore mieux un moyen d’évangélisation, en cherchant moins à leur parler de nos activités et plus des raisons d’espérer et du Christ.

Nous invitons souvent les paroissiens à être acteurs dans leurs immeubles (associations de locataires, fête « immeubles en fête », etc.), aux conseils de quartier, aux associations, aux animations de la Mairie du 20e (ex : l’année de la laïcité). La militance n’est pas très à la mode, mais elle est toujours aussi précieuse pour la vie ensemble, et un témoignage d’amour.

P. Jacques Benoit-Gonnin — Je n’ai pas LA réponse ! Je vois néanmoins quelques ingrédients bien utiles.

Que nous soyons « heureux et fiers » de ce que nous sommes. Être chrétien n’est ni une maladie honteuse, ni une maladie infamante... et la joie attire ! Que nous accordions notre vie à notre foi. Nos contemporains ne viendront-ils pas plus facilement au Christ s’ils voient les (bons) effets que la foi produit sur nous ? Que nous sachions nous laisser toucher par les préoccupations de nos contemporains. Que nous sachions être proches des blessés de la vie : le service des pauvres a quelque chose d’incontestable et d’éloquent... Que nous croyions que Jésus lui-même est le 1er évangélisateur. Il veut faire connaître l’amour de son Père dont il fait de nous les témoins.

Article extrait de Paris Notre-Dame du 12 janvier 2006

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