Réfugiés : comment les paroisses se mobilisent

C’est un vrai sursaut de solidarité. Face à la crise migratoire, de plus en plus de paroisses parisiennes mettent en place des projets concrets pour accompagner les réfugiés. Enquête sur les joies et difficultés de ces initiatives. • Par Céline Marcon

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Des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants campent sous le métro Stalingrad (19e).
© Céline Marcon

Ils ont risqué leur vie pour trouver refuge en Europe. Après avoir traversé la Méditerranée pour fuir l’Érythrée, le Soudan et d’autres pays en proie aux conflits, quelque huit cents hommes, femmes et enfants dorment dans des tentes, sous les arches de la station de métro Stalingrad ou avenue de Flandre. Certains sont demandeurs d’asile, d’autres ont déjà obtenu leur statut de réfugiés. « Face à cette immense détresse à notre porte, il était impensable de ne pas réagir ! », martèle le P. Yves- Marie Clochard-Bossuet, curé de N.-D. des Foyers (19e). Lui et des dizaines de paroissiens donnent un coup de main à une association aconfessionnelle, montée par des habitants du quartier pour offrir des petits-déjeuners aux exilés. Le sous-sol de N.-D. des Foyers héberge trois réfugiés et les locaux de l’association Solidarité Notre-Dame de Tanger. Une vingtaine de bénévoles y accueillent des personnes en situation précaire, en majorité des réfugiés primo-arrivants, et leur proposent une aide à l’orientation et à diverses démarches administratives et sanitaires, un accompagnement psychologique, des cours de français, des repas ou des vêtements. C’est un lieu qui leur permet de se poser et de trouver une oreille attentive. « Ces personnes ont besoin d’être écoutées, cela leur redonne leur dignité d’homme », témoigne Sr Marie- Joseph Biloa, la responsable.

Les fidèles de N.-D. des Foyers ne sont pas les seuls à se retrousser les manches. La mobilisation des paroisses parisiennes a connu un vrai sursaut depuis un an. Quel a été le déclic ? Les campements de fortune dans la capitale et les images des naufrages dans la Méditerranée ont certainement réveillé les consciences. La parole du pape François a aussi été décisive. S’il a toujours appelé à accueillir tous les migrants, quel que soit leur situation, il a mis, le 6 septembre 2015, un coup de projecteur sur la tragédie des réfugiés : « Leur dire “courage, patience !...” ne suffit pas […] je lance un appel aux paroisses […] à manifester l’aspect concret de l’Évangile et accueillir une famille de réfugiés. » Le Vicariat pour la solidarité n’a pas tardé à répondre à cet appel et a ouvert, dès octobre 2015, une plateforme diocésaine pour faciliter et coordonner les initiatives [1]. « Tout le monde peut faire quelque chose », comme l’a souligné le cardinal André Vingt-Trois.

Aujourd’hui, où en est-on ? Une quarantaine de paroisses se mobilisent, parfois en mettant en commun leurs forces. Si certaines accompagnent depuis longtemps des réfugiés, la plupart d’entre elles se sont investies pour la première fois dans des actions concrètes pour eux. Depuis un an, seize projets de logements durables ont été réalisés ou sont en cours de l’être, et six nouveaux cours de français ont été créés. Parce que l’élan du cœur ne suffit pas et qu’un accompagnement dans la durée ne s’improvise pas, les paroisses se sont appuyées sur la plateforme diocésaine et sur l’expérience des associations, en particulier du Secours catholique. Pour toutes, un des défis est de ne pas tomber dans le distributif, mais d’aider les personnes à retrouver confiance en elles-mêmes et à devenir actrices de leur réinsertion. St-Joseph-des-Nations (11e) a bénéficié de ce soutien du Secours catholique. Sept bénévoles ont suivi une de leurs formations pour pouvoir ouvrir, dans les locaux de la paroisse, le 2 avril dernier, un atelier hebdomadaire de conversation en langue française. Les apprenants, envoyés par des associations ou rencontrés dans des campements, viennent, pour la plupart, d’Afghanistan ou du Soudan. La difficulté est de les revoir régulièrement car, souvent, ils ne restent pas longtemps dans le même quartier. « Nous parlons de sujets pratiques du quotidien, ce qui libère leur parole, raconte Laurent, un des coordinateurs de l’initiative. Je suis impressionné par leur courage et leur force. »

Autre expérience, à St-Pierre du Gros-Caillou (7e). À la suite de l’appel du pape, le curé a réuni tous les paroissiens interpellés par la situation des réfugiés. Étape par étape, avec l’appui de diverses associations locales, ils ont construit leur projet. Depuis mars, deux familles bénéficiaires du statut de réfugié, une irakienne et une syrienne, sont hébergées dans des appartements grâce aux dons récoltés par la paroisse et à une subvention de la Fondation Notre Dame. La première famille leur a été adressée par St-Thomas-Apôtre de Sarcelles (Val-d’Oise), et la seconde, par St-Julien-le-Pauvre (5e). Le but n’était pas uniquement de leur trouver des mètres carrés, mais aussi de leur donner un coup de pouce pour leur insertion dans la société française. Isabelle Toulemonde, présidente de l’association des Réfugiés du Gros-Caillou, qui compte une vingtaine de membres actifs, raconte les nombreuses embûches et les décisions complexes à prendre. Pour elle, tout cela vaut le coup, tant la rencontre avec les familles est enrichissante : « On admire leur joie de vivre et leur résilience. C’est émouvant lorsque nous prions à la messe ensemble. » Dimitri est le père de la famille syrienne, qui a fui Alep : « Vous ne pouvez pas imaginer les difficultés », confie-t-il en évoquant les démarches administratives, l’apprentissage du français ou encore la recherche d’emploi. L’obtention du logement a concrétisé « un rêve » et il remercie les bénévoles « prêts à passer du temps » pour « faciliter leur vie à Paris ». Ayant la volonté farouche de rebondir, il a réussi à trouver du travail. « Notre vie devient plus stable. St-Pierre du Gros-Caillou nous apporte un coffre-fort physique, émotionnel et psychologique. »

Si forte soit-elle, cette mobilisation des Parisiens n’est-elle pas une goutte d’eau perdue dans un océan, tant les enjeux sont vastes et complexes ? « On peut perdre beaucoup d’énergie à refaire l’histoire du monde, on peut ergoter sur les erreurs de nos dirigeants, a souligné Mgr Benoist de Sinety, évêque auxiliaire, lors d’une réunion diocésaine le 6 octobre. Force est de constater qu’aujourd’hui, des hommes et des femmes arrivent dans notre pays, et viennent y chercher refuge. Cette présence d’étrangers ne peut pas nous laisser indifférents. Il ne s’agit pas de changer le monde, mais de faire ce que nous pouvons faire. » Alors qu’un certain nombre de Français expriment des inquiétudes face à l’arrivée de réfugiés toujours plus nombreux, le P. Clochard- Bossuet invite à aller à leur rencontre : « Ce qui peut faire peur, c’est de voir la foule. Lorsqu’on a un contact plus personnel avec eux, aussitôt certaines barrières tombent. Ce sont avant tout des êtres humains. » •

Le statut des réfugiés

Selon le texte international de la Convention de Genève adoptée en 1951, le statut de réfugié s’applique à toute personne « craignant avec raison d’être persécutée » dans son pays d’origine. Si la France ne fait pas partie des nations qui accueille le plus grand nombre de réfugiés, elle connaît une hausse du nombre de ses demandeurs d’asile : selon l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, ils étaient 47 686 en 2009, contre 80 075 en 2015 – dont 19 506 ont obtenu l’asile. Leurs principaux pays de provenance en 2015 : Soudan, Syrie, Kosovo, Bangladesh et Haïti.

[1Pour tous ceux qui souhaitent agir, contactez la plateforme diocésaine « Réfugiés, tous appelés à agir » : 01 84 79 09 09 ; refugies.solidarite@diocese-paris.net ; vivrelacharite.fr

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