Remous

Avec : ‘Grace à Dieu’ ; la situation de l’orthodoxie d’expression russe en France ; l’Institut Saint-Serge ; les séminaristes de la Faculté Notre-Dame de Paris à la rencontre du monde évangélique ; la célébration régionale 2020

Grâce à Dieu
Il y a des moments où la convergence des actualités peut donner le vertige. Pour notre Église catholique, il y a une accumulation de sujets, tels la sortie du film Grâce à Dieu de François Ozon, celle du livre de Frédéric Martel, des accusations portées contre le nonce apostolique en France et à venir celui des abus sexuels contre des consacrées de la part de prêtres. Il ne s’agit donc pas de nier la vérité des agissements scandaleux, mais il faut aussi prendre conscience que tout est fait pour que le procès soit porté devant l’opinion, en accumulant sur l’Église les charges vérifiées et avérées comme les affirmations non fondées. Celle-ci peut-elle encore avoir une parole sur la sexualité humaine, puisque ceux-là même qui défendent la doctrine sont en contradiction dans leur vie personnelle ?

La situation de l’orthodoxie d’expression russe en France
La décision du patriarcat œcuménique de Constantinople de supprimer l’exarchat russe de France et d’Europe occidentale n’est pas sans lien avec la reconnaissance de la nouvelle Église autocéphale ukrainienne. Constantinople ne veut pas se voir reprocher d’être en contradiction avec ses propres principes ecclésiologiques. L’Église de Constantinople prétend exercer sa sollicitude pastorale sur tous les fidèles orthodoxes en situation de diaspora, alors que la plupart des Églises orthodoxes nationales veulent pouvoir contrôler leurs diasporas en les dotant d’une hiérarchie épiscopale. C’est cette différence de vue qui amène le patriarcat de Moscou à ériger de son côté un nouvel exarchat – à partir du diocèse qui existe déjà et qui porte le nom de Chersonèse – pour les Russes orthodoxes d’Europe occidentale. Ce problème de l’accompagnement pastoral des diasporas devait être discuté au concile panorthodoxe de Crète en 2016, mais il avait été retiré du programme, tant la situation était délicate.

La suppression de l’exarchat russe par le patriarcat de Constantinople est l’aboutissement d’une longue histoire. À la suite de la révolution bolchévique, deux juridictions orthodoxes russes vont se séparer du patriarcat de Moscou. En France, c’est Mgr Euloge, métropolite, qui sera amené à mettre sa communauté sous la juridiction de Constantinople en 1931. Cette situation fut toujours considérée comme provisoire. En 1965, le patriarcat de Constantinople incite les fidèles à aller vers la communauté russe du patriarcat de Moscou. Cette partie de l’orthodoxie russe avait développé une vie ecclésiale originale dans l’orthodoxie, directement inspirée des principes du concile de Moscou de 1917. L’octroi du tomos en 1999 constituant l’exarchat russe pour les paroisses d’Europe occidentale semblait offrir un cadre à l’émancipation d’une orthodoxie occidentale et française en particulier. C’est Mgr Jean Reneteau de Charioupoulis qui en est jusqu’à présent le pasteur. La révocation du tomos implique donc le morcellement de cette communauté, puisque, depuis 1963, ont été constituées par Constantinople des métropoles grecques dans chaque pays où se trouvent les diasporas grecques. En France, il y a donc la Métropole de France dont Mgr Emmanuel est le pasteur. L’archevêché russe compte 53 paroisses en France, 4 en Allemagne, 28 en Grande Bretagne, 11 en Italie, 8 au Benelux et 13 en Norvège et en Suède, trois implantations monastiques et l’Institut de théologie Saint Serge. Par comparaison il y a 25 paroisses et un monastère grecs. L’Église orthodoxe russe du patriarcat de Moscou est beaucoup moins importante que celle dirigée par Mgr Jean de Charioupolis. L’Église russe du Patriarcat de Moscou se compose de 17 paroisses et a 4 implantations monastiques. L’Archevêché des Églises de tradition russe en Europe occidentale a tenu le 23 février 2019 une réunion « clérico-laïcs » pour parler de la situation et prendre des décisions qui pourraient diviser la communauté. Faut-il accepter la réunion des paroisses orthodoxes russes directement à la métropole grecque de France ? Les options qui se présentent sont les suivantes :
-  rejoindre le nouvel exarchat pour l’Europe occidentale du patriarcat de Moscou,
-  demander à une autre Église orthodoxe de les accueillir : celle de Roumanie est souvent évoquée,
-  intégrer l’Église orthodoxe russe hors-frontières,
-  rester sous la juridiction de la Métropole grecque orthodoxe de France.

Le nouvel exarchat du patriarcat de Moscou a à sa tête le métropolite Jean de Chersonèse et d’Europe occidentale. Mgr Nestor – ancien évêque de Chersonèse qui a exercé une grande partie de son ministère de prêtre en France – est parti comme archevêque de Madrid et de Lisbonne. Le nouveau métropolite russe, nommé par le patriarcat de Moscou, a exercé la plus grande partie de son ministère aux États-Unis. Il reste prudent quant à l’accueil des fidèles russes de Constantinople, parce que ceux-ci n’ont pas la même culture ecclésiale que les clercs et fidèles de la Russie d’aujourd’hui.

L’Institut Saint-Serge
« Le 28 janvier 2019, à l’issue de sa réunion, le Conseil d’Administration de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge (Paris) a publié le communiqué suivant : Le Conseil d’Administration de l’Institut Saint-Serge a pris acte de la démission de M. Jean-François Colosimo comme président et membre du Conseil d’Administration et le remercie pour son action efficace et sa disponibilité qui ont permis à l’Institut d’engager des réformes décisives. Le Conseil d’Administration a élu président par intérim M. Michel Stavrou, professeur à l’Institut Saint-Serge, jusqu’à la réunion prochaine de l’Assemblée Générale de l’Institut. »
L’Institut Saint-Serge est soucieux de son indépendance académique, ce qui ne simplifie pas les rapports avec les autorités diocésaines. Jusqu’à la chute du mur de Berlin, l’Institut de Théologie Orthodoxe était très utile aux Églises orthodoxes, mais depuis, chaque Église a pu constituer chez elle des institutions d’enseignement supérieur pour former ses propres cadres. Depuis deux ans, l’ITO est hébergé par l’Institut Protestant de Théologie du boulevard Arago et le couvent dominicain des Tanneries. Jean-François Colosimo souhaitait un rattachement plus direct à la métropole grecque de France, et ce, contre l’avis des professeurs. Les effectifs sont de plus en plus modestes, bien qu’en master et doctorat il y ait 35 étudiants. L’enseignement par correspondance reste le point fort : 150 inscrits russophones et 350 francophones.

Les séminaristes de la Faculté Notre-Dame de Paris à la rencontre du monde évangélique
Il est remarquable que de futurs prêtres catholiques aient choisi de s’intéresser au mouvement évangélique. C’est ainsi que les séminaristes de la Faculté Notre-Dame (Collège des Bernardins) se sont posé la question : Que nous disent les évangéliques ? « Voyant la grâce de Dieu à l’œuvre, il fut dans la joie. » (Actes 11,23). Ils ont ensuite élaboré un programme pour leur session annuelle entre les deux semestres de cours. Le travail préparatoire mené par les étudiants a duré une année : prises de contact et participation à une rencontre du groupe de conversation entre catholiques et évangéliques et au Forum Chrétien francophone de Lyon. Ce n’était pas une simple curiosité ou une entreprise pour récolter des recettes et des bonnes pratiques pour l’évangélisation, mais le désir d’une rencontre en profondeur. Les pasteurs Gordon Margery et Étienne Lhermenault ont été des facilitateurs fraternels pour la réussite de cette entreprise qui n’avait rien d’évident pour le monde évangélique, où une défiance envers le catholicisme n’a pas complétement disparu.
Le jeudi matin, le dominicain Michel Mallèvre, rédacteur en chef de la revue Istina, a fait une présentation historique suivie d’une intervention de Sébastien Fath qui a donné un point de vue plus sociologique des dynamiques évangéliques qui sont plus fortes en Asie et en Afrique qu’aux États-Unis. Cette première journée s’est poursuivie à l’Institut Biblique de Nogent-sur-Marne, un des principaux lieux de formation évangélique avec la faculté de Vaux-sur-Seine. Sur place, les étudiants évangéliques de première année (25 étudiants) et le corps professoral ont accueilli les séminaristes et leurs professeurs. Les deux instituts (L’Institut Biblique de Nogent et La Faculté Notre-Dame) ont été présentées par le pasteur Etienne Lhermenault et le Père Jacques de Longeaux, puis les étudiants (70 séminaristes environ) avaient le choix d’aller suivre un cours sur le livre de Job ou d’assister à la table ronde théologique : « Former aujourd’hui des disciples-missionnaires » avec deux professeurs de l’Institut biblique – Lydia Jaeger et Sylvain Aharonian –, le Père Alexis Leproux – vicaire général du diocèse de Paris et chargé de la formation – et le professeur Laetitia Calmeyn de la Faculté Notre-Dame, spécialiste en théologie morale.

Ensuite, un séminariste, puis un étudiant évangélique ont témoigné de leur itinéraire spirituel. Un repas partagé a été précédé par une prière animée par Étienne Lhermenault, président du Conseil National des Évangéliques de France.

- Le vendredi matin, trois interventions se sont succédé. La première avait pour problématique : Comment Dieu construit-il l’Église du Christ ? Le professeur évangélique, Henri Blocher, présenta l’ecclésiologie des Églises confessantes. Ensuite, le pasteur David Mastriforti des Assemblées de Dieu présenta la seconde problématique : Comment Dieu agit-il aujourd’hui dans son Église ? Il développa son propos : Jésus Parole éternelle du Père : comment le pastorat se met au service d’une communauté pour la faire vivre de la Parole ? Ensuite le pasteur Marc Rizzolio, lui aussi des Assemblées de Dieu, aborda le thème de Jésus Sauveur : « Quelle place pour les œuvres de guérisons dans l’économie du salut ? ».
- Le vendredi après-midi, ce fut la présentation pleine d’humour britannique du pasteur Chris Short avec la « Pontault Story », sur les implantations d’église en région parisienne par essaimage. Puis vint le temps de la relecture ouvert par Mgr Alexis Leproux à partir des questions des étudiants, avec Blandine Lagrut, consacrée du Chemin Neuf et professeur de philosophie au Centre Sèvres, le Père Emmanuel Gougaud, directeur du Service national pour l’unité des chrétiens, et le Père Augustin Bourgue, professeur de morale sociale au studium du séminaire de Paris. Durant cette session, les séminaristes ont accepté de se laisser interpeller et déplacer par cette expérience qui s’est vécue dans un climat d’accueil fraternel réciproque. Ce fut une rencontre pleine de promesses pour l’avenir. J’en vois au moins deux : une plus grande estime réciproque entre évangéliques et catholiques et une audace missionnaire qui dépasse la concurrence prosélyte.

La célébration régionale 2020

À Paris nous avons eu la joie de prier pour l’unité des chrétiens à la Métropole grecque de France, avec la première participation du nouvel archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit. L’an prochain la célébration régionale de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens sera le mercredi 22 janvier, de 20h30 à 21h30, à la paroisse catholique du Saint-Esprit (186 avenue Daumesnil, 75012 Paris). La prédication sera assurée par un ministre de l’EPUdF.

Père Jérôme Bascoul

Éditorial

Horaire de messes
Faire un don
Trouver ma paroisse