Rendre le cri de la Terre audible

Le Collège des Bernardins organise les 6 et 7 février un colloque en partenariat avec l’Institut catholique de Paris et le Centre Sèvres, intitulé « Gaïa face à la théologie : l’enjeu religieux de la mutation climatique. » Les explications du P. Frédéric Louzeau, directeur du Pôle de recherche du Collège des Bernardins.

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Le P. Frédéric Louzeau est Docteur en théologie et en philosophie et directeur du Pôle de recherche du Collège des Bernardins.
© Céline Marcon

Paris Notre-Dame – Pourquoi avoir choisi Gaïa, figure mythologique, pour évoquer l’enjeu religieux de la mutation climatique ?

P. Frédéric Louzeau – Le terme de Gaïa a plusieurs sens. C’est effectivement, dans la mythologie grecque, la figure de la Terre-mère, figure assez cruelle. Mais c’est aussi une théorie scientifique promue par un grand géochimiste anglais, James Lovelock, ainsi que par une biologiste américaine, Lynn Margulis, qui ont tous deux travaillé sur ce qui fait l’équilibre de l’atmosphère. Un poète, ami de Lovelock, lui a proposé d’appeler cette théorie l’hypothèse Gaïa. Celle-ci est aujourd’hui partagée par un certain nombre de scientifiques. Elle dit la chose suivante : l’atmosphère est un système autorégulé qui s’est constitué et s’est équilibré à certaines températures par de multiples interactions entre les différents êtres qui l’habitent. Avec ces autres êtres, nous contribuons à produire cette atmosphère – ou à la détruire. C’est donc une toute autre conception de la Terre que celle que nous avions depuis Galilée.
Cette Gaïa, cette Terre, réagit à nos actions. Il y a cinquante ans, nous n’en étions pas conscients et nous n’en sommes qu’au tout début de la compréhension de ces équilibres. L’un des objectifs de ce colloque est de voir comment un tel changement dans la représentation de la Terre est vécu par les théologiens et quelles sont ses conséquences dans l’expression de la foi chrétienne.

P. N.-D. – Justement, quels impacts ce changement de représentation peut avoir dans la façon dont nous concevons notre foi ?

F. L. – Si on prend la représentation liturgique, par exemple quand on va à la messe, nos prières sont très anthropocentrées. Il n’y est question que du Salut de l’homme, un homme complètement hors-sol, déconnecté de la Maison commune si on reprend l’expression du pape François dans l’encyclique Laudato_Si’. Qu’est-ce que la théologie et la liturgie peuvent dire pour nous rendre le cri de la Terre et des pauvres audibles ? Je trouve l’expression de la foi chrétienne aujourd’hui très loin de ces questions. Il y a dans cette encyclique une nouveauté radicale, une manière d’envisager la Terre comme un organisme vivant qui crie, qui souffre et qui peut mourir, très novateur. Qu’en faisons-nous ? Comment le traduire dans la liturgie, dans notre façon d’annoncer le Salut ?

P. N.-D. – Par quoi doit passer cette conversion écologique au sein de l’Église ?

F. L. – J’envisage désormais la question du taux de CO2 dans l’atmosphère comme une question spirituelle. Quand on parle écologie, on parle d’une question qui engage l’avenir de l’humanité. Si le pape a raison, si la dégradation de l’atmosphère de Gaïa est due à la démesure de l’activité humaine, cela veut dire que le changement climatique a une origine à l’intérieur de l’homme. Cela rejoint quelque chose qui est malade en moi. C’est aussi l’objet de ce colloque : l’intrusion de Gaïa, de cette nouvelle figure de la Terre, dans nos vies. Une figure qui nous effraie, car il y a quelque chose de monstrueux à affirmer que les actions humaines risquent de rendre la planète inhabitable aux générations futures. On peut comprendre que certains se bouchent les oreilles, mais si on ne croit pas les scientifiques, que faire ? C’est pourquoi nous allons voir ce que la théologie chrétienne peut faire pour absorber un choc pareil.

Propos recueillis par Priscilia de Selve @Sarran39

Informations et inscription :
collegedesbernardins.fr/content/gaia-face-la-theologie

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