« Renouer les fils de la confiance rompus »

L’absence de dialogue et d’écoute peut-il expliquer, au moins en partie, le mouvement des Gilets jaunes ? Dans un texte [1] publié le 11 décembre dernier, le conseil permanent de la Conférence des évêques de France (CEF) appelle à promouvoir le dialogue pour sortir de l’impasse, en lançant plusieurs pistes de réflexion. Les explications de Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la CEF.

Paris Notre-Dame – Pourquoi avoir lancé cet appel ?

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Mgr Georges Pontier est archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France.
© Diocèse de Marseille

Mgr Georges Pontier – La décision a été prise au lendemain de la quatrième journée de manifestation des Gilets jaunes à Paris, manifestation accompagnée des scènes de violence que l’on connaît. Nous avions la conviction qu’une déclaration à ce sujet n’était pas le plus utile, mais qu’il fallait au contraire inviter les citoyens français, les chrétiens en particulier, à initier des lieux d’échanges et de dialogue, afin de reconstituer un tissu citoyen qui se parle. Car on ne peut se satisfaire des éclats de voix, des condamnations ou des déclarations admiratives, toutes choses excessives. La politique est faite de la recherche du bien commun, dans l’attention et le respect de chacun. Or l’Église, sans se substituer au politique, a la capacité et la possibilité d’offrir un espace pour faire grandir la fraternité.

P. N.-D. – Selon vous, cette colère illustrée par le mouvement des Gilets jaunes est le résultat d’un phénomène d’exaspération dû au manque d’écoute de nos responsables politiques ?

G. P. – Le sentiment de ne pas être écouté existe, il est réel. Et depuis quelque temps, on constate une perte de confiance dans la représentation politique et syndicale. Ce qui est grave, car la démocratie fonctionne dans la mesure où la population est représentée par ces corps intermédiaires. Sans ces lieux de représentation que sont le parlement, les mairies, les syndicats, il n’y a plus de dialogue possible. On le voit bien d’ailleurs avec les Gilets jaunes, car qui parle en leur nom ? Ce qui n’existe que par les réseaux sociaux ne fournit pas de structure de dialogue pertinente, capable de construire des projets. Les corps intermédiaires sont indispensables pour le bon fonctionnement d’une démocratie. Notre initiative est destinée à nourrir cette conscience politique, afin que chacun renoue les fils de la confiance qui ont été rompus.

P. N.-D. – Vous proposez de constituer des groupes d’échanges et de propositions et avancez des pistes de réflexion concrètes.

G. P. – Les questions qui accompagnent ce texte sont très vastes, mais pas politiques. La première est une réflexion sur les causes principales du malaise actuel, afin de hiérarchiser ce qui relève de l’essentiel ou du conjoncturel. Si c’est une goutte d’eau qui a fait déborder le vase, il faut regarder le vase : de quoi était-il plein ? Ensuite, il est question de ce qui fragilise nos démocraties : si nos concitoyens ne se sentent pas partie prenante des décisions politiques, s’ils ne les sentent pas adaptées, s’ils ne les comprennent pas, ils ne peuvent y adhérer. Nous posons ensuite la question des corps intermédiaires et du bien commun. Enfin, la dernière question est plus révélatrice, car il n’y a pas que nos données économiques qui nous définissent. Nous portons aussi des conceptions et des valeurs qui nous sont personnelles. Qu’allons-nous transmettre à nos enfants et à nos petits-enfants ? Il faut aujourd’hui sortir des propos incantatoires ou révolutionnaires et trouver des solutions respectueuses des plus démunis, en particulier de ceux qui expriment leur difficulté à boucler leur fin de mois et avoir une vie digne.

Propos recueillis par Priscilia de Selve

[1Appel aux catholiques de France et à nos concitoyens. Texte à retrouver sur https://eglise.catholique.fr

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