Réussir sa vie

Longtemps basée sur l’ascension sociale et économique individuelle, la notion de réussite a évolué. Au XXIe siècle, et après la crise liée au Covid-19, que veut dire réussir sa vie ? Des étudiants en classes préparatoires au lycée Notre-Dame du Grandchamp (Versailles) ont réfléchi toute cette année à cette question. Année qui se conclut par un débat, le 30 juin au Collège des Bernardins (5e). Arthur Derderian, 20 ans, est l’un des coorganisateurs de cette soirée.

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Arthur Derderian est étudiant en classe préparatoire au lycée Notre- Dame du Grandchamp (Versailles) et coorganisateur de cette soirée des Mardis des Bernardins.
© D.R.

Paris Notre-Dame – Pourquoi avoir choisi ce thème pour l’atelier auquel vous participez au sein du Collège des Bernardins ?

Arthur Derderian – Nous avons fait ce choix en octobre 2019, bien avant la crise liée au Covid-19. Nous voulions un thème qui parle aussi bien à notre génération qu’à celle de nos parents ou de nos grands-parents. Or la question de la réussite, et en particulier celle de la réussite personnelle, est une question centrale dans la vie de chacun, tout en étant très opaque, car pouvant regrouper beaucoup de choses. Très vite, nous nous sommes demandés : qu’est-ce que réussir, si cela se fait au détriment des autres ? Aujourd’hui, rares sont les réussites qui sont collectives. Si l’on se réfère à des succès entrepreneuriaux comme celui d’Elon Musk (PDG de Tesla et Space X - NDLR) ou de Steve Jobs (ex-PDG d’Apple, aujourd’hui décédé), ce sont souvent des aventures solitaires, qui se font aux dépends de certains ou de l’environnement. Ce sont ces questions, entre autres, qui ont abouti à ce débat.

P. N.-D. – Qu’est-ce que veut dire réussir quand on a vingt ans comme vous ?

A. D. – Personnellement, je pense que la réussite, c’est avant tout être soi, avoir connaissance de ses limites et essayer d’avancer en se fixant des objectifs personnels. J’aimerais créer une entreprise dans le domaine du consulting. Mais je ne souhaite pas le faire en écrasant les autres. Un cheminement collectif est nécessaire, et revenir à plus de simplicité aussi. Mais tous au sein du groupe de travail ne partagent pas cette vision, forcément subjective. Certains considèrent que le bien-être individuel prime sur le bien-être collectif, face à toute autre considération, qu’elles soient humaines ou environnementales. On nous vend toujours aujourd’hui cette image d’un entrepreneur totalement libre, qui fait ce qu’il veut quand il veut… Mais pour avoir rencontré des dirigeants d’entreprise, c’est très loin de leur réalité. Même eux sont subordonnés à des actionnaires, ligotés à un ensemble de facteurs structurels. Dire qu’ils sont libres serait totalement faux.

P. N.-D. – La crise que nous venons de traverser démontre-t-elle qu’on ne peut réussir au détriment de la collectivité ?

A. D. – Nous le savions avant même la crise du Covid-19, surtout en termes d’empreinte environnementale. La réussite a beau être individuelle, elle possède une dimension collective. On ne peut réussir seul. Tout succès est à la fois personnel et collectif, au moins en partie : une réussite entrepreneuriale n’est possible que grâce à des salariés, des actionnaires… Nos actes impactent toute la collectivité. Après en avoir discuté, nous sommes parvenus à un consensus qui pourrait se résumer à ceci : si l’impact du Covid-19 n’a pas changé notre vision de l’entreprise – peut-être parce que nous n’avons pas encore pris assez de recul –, nous avons conscience qu’une croissance inclusive est nécessaire. En intégrant tous les salariés et en reconnaissant le travail de chacun d’eux.

Propos recueillis par Priscilia de Selve @Sarran39

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