Sacré-Coeur : « La basilique est un lieu de paix »

Recteur de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre depuis septembre, le P. Stéphane Esclef réagit à l’inscription de l’édifice aux monuments historiques, le 21 octobre dernier. Le classement du site de la basilique, qui fête cette année les cent ans de sa consécration, interviendra au premier semestre 2021.

P. Stéphane Esclef
P. Stéphane Esclef
© Laurence Faure

Paris Notre-Dame – Quelle a été votre réaction à cette annonce ?

P. Stéphane Esclef – Je me rappelle avoir été surpris tout en recevant l’invitation de la Ville de Paris et de la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France, à participer à la conférence de presse. Il était évident pour moi qu’un monument aussi visité – dix millions de visiteurs par an en temps normal –, symbole de la France dans le monde, était déjà classé.

P. N.-D. – Un clivage anticlérical a ressurgi, critiquant la basilique comme symbole d’une revanche catholique sur la Commune de 1871…

S. E. – Recteur, je ne suis pas là pour me situer d’un point de vue historique ou polémique. Laissons faire les historiens, dont plusieurs, comme Alexandre Gady, ont rectifié les faits. Le vœu de la construction de la basilique date de fin 1870, six mois avant l’insurrection de la Commune de Paris (mars-mai 1871), dans le contexte de la guerre franco-prussienne et de la chute des États pontificaux. Il a été formulé par deux laïcs, disciples de Frédéric Ozanam, Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury, souhaitant remettre la France et ses troubles au cœur de Jésus. Ne réactivons pas les rivalités du passé, nous n’en avons pas besoin : notre actualité marquée par un terrible attentat le prouve. Catholiques, n’en profitons pas non plus. La basilique est honorée comme monument historique. Honorons à notre tour la spiritualité du Sacré-Cœur, sans nous vanter. Pour reprendre les mots du pape, ne construisons pas des murs : bâtissons des ponts.

P. N.-D. – Cette inscription donne-t-elle un rôle spécifique à la basilique, aujourd’hui ?

S. E. – Cette inscription est avant tout une reconnaissance de l’exception de cette architecture XIXe qui marque l’histoire. C’est une protection patrimoniale qui permet à cet édifice monumental d’être protégé et entretenu, pour le bien de tous ceux qui y vivent leur foi et le visitent. Il n’y a pas d’impact direct sur la vie liturgique ici, qui suit son cours, indépendamment. Ma mission reste celle de porter la vie du lieu, avec les bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre, les chapelains et les bénévoles de la basilique. Si j’hérite du passé, comme dix-huitième recteur, je suis surtout témoin de son actualité. Malgré le contexte sanitaire et l’aspect quasi désert de la butte, de nombreuses personnes continuent à venir de Paris et de France, un peu de l’étranger : fidèles de pèlerinages reportés après le confinement, « orphelins » de la cathédrale Notre-Dame, visiteurs... Beaucoup déposent ici des fardeaux lourds. Le rôle de la basilique est le même, avec une acuité particulière en ces temps de troubles sociaux : le Sacré-Cœur est le lieu du cœur aimant de Jésus. Travaillons à ce que notre christianisme transpire de sa tendresse, par notre charité et notre écoute. Ce sanctuaire national est un lieu de paix et de gratuité, de consolation. Pour beaucoup, de toutes croyances, passer au Sacré-Cœur est un temps de grâce. La basilique et son rayonnement mondial sont un écho à cet appel du Christ, thème de notre jubilé : « Venez à moi » (Mt, 11 ; 28). Chacun est invité à lui répondre, en cette période de couvre-feu, durant une nuit d’adoration, accessible avant 21h !

Propos recueillis par Laurence Faure @LauFaur

Jusqu’au 8 décembre 2020, vivez le Jubilé du Sacré-Cœur de Montmartre, tous les jours : montées ou chemins jubilaires, célébrations, scénographie biblique dans la crypte. sacre-coeur-montmartre.com

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