Saint-Bernard, vingt ans après

Il y a vingt ans, les gardes mobiles évacuaient 300 sans-papiers de St-Bernard-de-la-Chapelle (18e). L’événement « Actualité de l’occupation de l’église St-Bernard en 1996 », les 24 et 25 septembre, veut montrer l’urgence d’accueilir les migrants dans les communautés chrétiennes.

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Extrait du journal Libération, vendredi 16 août 1996.

« Il arrive souvent des visiteurs qui demandent : “C’est ici, Notre-Dame des sans-papiers ? », raconte, amusée, Nelly Forget, 84 ans, au caractère de feu et au regard qui pétille. Vingt ans après son occupation par 300 Maliens, l’édifice néogothique niché au cœur de la Goutte d’or, reste symboliquement lié au destin des sans-papiers.

C’est Jacques Levrard, septuagénaire aux cheveux gris, qui a eu l’idée de fêter l’anniversaire. À l’époque, il était aux premières loges. « Quand ils sont venus se réfugier ici, le curé a convoqué le Conseil pastoral le soir-même. Ma femme y était. À l’unanimité, ils ont décidé qu’on ne pouvait donner les clés de l’église aux policiers », raconte-t-il. Il a, dès lors, soigneusement récolté tous les articles de presse qui relataient les rebondissements de l’affaire. Ils fournissent la matière de l’exposition présente dans l’église durant quinze jours. St-Bernard se souvient donc, mais attention, précise le P. Livio Pegoraro, curé de la paroisse : « Le passé n’est pas là pour être commémoré ! Il nous donne l’occasion de nous demander comment actualiser cette solidarité avec les démunis, en cohérence avec l’Évangile ». La table ronde qui aura lieu le samedi, portera donc sur l’actualité de l’accueil des migrants qui, pour le P. Livio, « fait partie de l’ADN de la paroisse ».

Nelly Forget n’était pas paroissienne de St-Bernard il y a vingt ans. Mais c’est elle qui a lancé une grande partie des initiatives de la paroisse en direction de migrants dans les années 2010. Hiver solidaire, qui accueille quasi-exclusivement des migrants, vestiaire, petits-déjeuners des samedi et dimanche matin, cours de français ou sorties culturelles : des centaines de personnes sont aidées, accueillies, nourries toutes les semaines.

« Ce sont le plus souvent des Soudanais, Érythréens, Afghans célibataires », témoigne Alexis de la Ferrière, 29 ans, très engagé dans les actions en direction des migrants. Au début, ils n’étaient qu’une vingtaine d’habitués à venir aux petits-déjeuners du week-end. Mais depuis deux ou trois ans, le nombre a explosé et ils sont aujourd’hui 200 aux visages anonymes. Les campements sont démantelés en permanence, ce qui explique pourquoi ce sont rarement les mêmes qui frappent à la porte. Alexis le déplore : c’est repousser d’autant le moment où ces gens créeront des liens pour s’intégrer dans la société. « La façon dont on les traite m’évoque la poussière que l’on balaie », ajoute-t-il.

Dans un tel contexte, la paroisse sait bien que son aide est une goutte d’eau dans un « problème planétaire » qui nécessite aussi des réponses politiques fortes, analyse le P. Livio. Cependant, l’ampleur de la tâche ne décourage pas les paroissiens. « Nous sommes conscients de la modestie de notre action au plan macroscopique », lance Alexis. « Ce qui nous motive, c’est de faire vivre une certaine vision de la communauté, inspirée de l’Évangile. Lorsque je donne des sandwichs le samedi matin à des gars, je sais pertinemment qu’ils ne risquent pas de mourir de faim. Nos frères musulmans, majoritaires dans ce quartier, savent ainsi que nous vivons les valeurs que nous proclamons, et ils sont heureux de se mettre au coude à coude avec nous. » En effet, près de cent bénévoles œuvrent pour les migrants, qu’ils soient paroissiens, non pratiquants, musulmans, non croyants, etc. « La Goutte d’or est souvent stigmatisée, commente Alexis. Mais il est rare de trouver, en France, un lieu où chômeurs, cadres, chrétiens, musulmans, athées, noirs, blancs et arabes, se retrouvent autour d’une table pour mener un projet ensemble tout en reconnaissant leurs différences. Pour moi, ici, c’est un élan vers l’idéal. » • Pauline Quillon

Programme

- Samedi 24 septembre :
Table ronde, 15h-18h. Avec notamment la présence du P. Henri Coindé, curé de la paroisse en 1996, Traore, porte-parole des occupants de l’église, le maire du 18e, Éric Lejoindre, et Charles Gazeau, délégué épiscopal pour la solidarité du diocèse de Paris. Elle est suivie de l’inauguration de l’exposition dans l’église reprenant les événements de 1996 et les engagements actuels pour les migrants.
- Dimanche 25 septembre :
Messe à 11h, présidée par Mgr Georges Soubrier, évêque auxiliaire de Paris en 1996.

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