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« Si je n’ai pas la charité » : chronique hebdo #05 de Mgr de Sinety

« Il s’appelle Abdel, au creux de ses doigts, à sa tasse de thé, il réchauffe ses mains, il réchauffe sa vie. Cette vie sauvée, il ignore comment. Il est toujours saisi par l’étonnement lorsqu’il raconte son histoire à qui veut bien l’entendre. » Mgr Benoist de Sinety est vicaire général du diocèse de Paris.

« Si je n’ai pas la charité » : chronique hebdo #05 de Mgr de Sinety

« Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés » : voici le thème de la Journée mondiale du Migrant célébrée le 14 janvier prochain dans l’Église universelle.

L’homme est fort, son physique en impose. Il est arrivé en Grèce depuis bientôt un an. Chaque jour il porte dans sa mémoire la femme et les enfants qui demeurent aujourd’hui en Afghanistan. Là-bas il fut officier compagnon de Massoud, il fit la guerre aux russes : il était résistant, commandant de troupes, combattant pour la liberté de son pays. C’est un soldat des montagnes, épris de liberté.

Il fut d’abord dans le camp des vainqueurs, il crût en son pays, décida de le servir et s’engagea pour cela. Et puis il y eut les talibans, l’ennemi de l’intérieur. Il lui fallut alors consentir d’autres risques. De nouveau la guerre, le voici prisonnier. Le frère est devenu l’ennemi. Sans que l’ennemi d’hier soit redevenu frère. Il a passé quatre années en prison battu torturé, il montre ses blessures.
Il s’appelle Abdel, au creux de ses doigts, à sa tasse de thé, il réchauffe ses mains, il réchauffe sa vie. Cette vie sauvée, il ignore comment. Il est toujours saisi par l’étonnement lorsqu’il raconte son histoire à qui veut bien l’entendre. L’ancien commandant a décidé un jour de fuir son pays. Chaque jour qui passe depuis qu’il est arrivé sur le sol d’Europe, lui donne de pouvoir mettre des mots sur ses maux. L’ancien chef de guerre est devenu homme d’entretien. Il balaye la cuisine du centre qui l’accueille. Désormais ses armes sont devenues des outils ménagers. Désormais son regard se perd, triste, vers les montagnes de son pays, quand il songe à ses proches à sa femme, ses enfants, sa famille, ses amis. S’il est arrivé en Grèce ce n’est pas par plaisir. Il n’a abandonné personne. Il est venu chercher et préparer un lieu où ceux qu’il aime pourront le rejoindre et, pourquoi pas, vivre sereinement.

« L’immigré qui réside avec vous sera parmi vous comme un compatriote et tu l’aimeras comme toi-même car vous-même avez été immigrés au pays d’Égypte. Je suis le Seigneur votre Dieu » (Lv 19,34)

Chroniques « Si je n’ai pas la charité » de Mgr Benoît de Sinety

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