« Si l’Église ne tient pas ce discours exigeant, qui le fera ? »

Fondée en 1988 à l’initiative du cardinal Jean-Marie Lustiger, l’association Tibériade accompagne les malades atteints du sida. À l’occasion de la sortie du film Cent vingt battements par minute, qui retrace les premières années de lutte contre la maladie, le P. Jean-Louis de Fombelle fait un point sur l’implication de l’Église catholique dans la lutte contre le sida.

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Le P. Jean-Louis de Fombelle, aumônier de Tibériade.
© D. R.

Paris Notre-Dame – Comment est née l’association Tibériade ?

P. Jean-Louis de Fombelle – D’une conversation entre Mère Teresa et le cardinal Jean-Marie Lustiger. Ce dernier avait été très impressionné, lors d’une visite à New-York, par l’action menée par les Missionnaires de la Charité auprès des personnes atteintes du sida. Mère Teresa lui avait alors posé la question : « Et toi, que fais-tu pour elles ? » Or à l’époque – nous sommes en 1988 – il n’existait rien sur le diocèse de Paris. Le cardinal Lustiger décide alors de fonder le centre Tibériade, rue de Varenne (7e), spécialisé dans l’accueil de jour des personnes séropositives et des malades. Dans les années 1980, la plupart des personnes infectées mourraient du sida et l’accompagnement des malades était très différent de ce que nous vivons aujourd’hui.

P. N.-D. – Que proposez-vous à Tibériade ?

J.-L. F. – Aujourd’hui, grâce à la trithérapie, la plupart des malades vivent avec le VIH [1], même si les médicaments laissent parfois des séquelles physiques et psychologiques. Ceux qui fréquentent Tibériade – ils sont une vingtaine à venir chaque jour – sont malades depuis longtemps. À quelques rares exceptions près, la plupart d’entre eux ne travaillent plus et ont du mal à s’insérer dans la société. Ce que nous faisons est très humble et très modeste. Tibériade est un lieu de vie, ouvert à tous, avec une référence chrétienne explicite.

P. N.-D. – La plupart des malades que vous accompagnez sont homosexuels. Or l’Église catholique a souvent été mise en cause par les associations homosexuelles dans leur lutte contre le sida. Comment le vivent-ils ?

J.-L. F. – Le propre de l’accompagnement que nous proposons à Tibériade est de ne pas poser d’exigences morales inaccessibles – chasteté ou abstinence –, tout en réaffirmant l’idéal de vie chrétien. Nombre d’entre eux n’arrivent pas à concilier complètement leur homosexualité et leur foi. Ils écoutent d’une oreille attentive le discours de l’Église, sans pouvoir vraiment y adhérer, notamment quand celle-ci réaffirme les exigences éthiques du christianisme. Beaucoup alors se sentent jugés et disent : ce n’est pas pour nous ! Il est pourtant essentiel que l’Église tienne ce discours exigeant, sinon qui le fera ? Mais je pense aussi que nous devons être attentifs à la portée de nos paroles et à la façon dont elles seront reçues.

P. N.-D. – Comment concilier ces deux exigences : l’accueil du plus pauvre, du malade, et l’idéal de vie prôné par l’Église ?

J.-L. F. – L’Église catholique se doit d’avoir une parole claire et lumineuse, tout en étant pleinement dans la réalité. Que dit le pape François si ce n’est cela ? Du reste, cette attitude est celle du Christ qui, tout en prêchant des idéaux élevés, a toujours su accueillir ceux qui venaient vers lui, quels qu’ils soient.

Propos recueillis par Priscilia de Selve

Centre Tibériade
Ouvert l’après-midi, du lundi au vendredi.
Présence d’un prêtre le mercredi et messe à 16h.
01 83 96 95 79 ; accueil.tiberiade@club-internet.fr
9, rue Bergère (9e).

[1Virus de l’Immunodéficience Humaine.

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