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Soirée bioéthique à la paroisse du Saint-Esprit : album-photos, interventions audio, textes

Le 23 mai 2018, à la paroisse du Saint-Esprit, Mgr Michel Aupetit et Blanche Streb, docteur en pharmacie, ont abordé le thème "Procréation artificielle : l’inévitable basculement ? Entre sélection et conception sur mesure, allons-nous engendrer un monde meilleur ?".

Avec

  • Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris
  • Blanche Streb, Docteur en pharmacie, auteur de Bébés sur mesure (Artège, 2018)

Procréation artificielle : l’inévitable basculement ? Entre sélection et conception sur mesure, allons-nous engendrer un monde meilleur ?

  • Questions / Réponses

Ouvertes à toutes et tous, catholiques ou non, ces soirées seront introduites et conclues par Mgr Aupetit et conduites par plusieurs intervenants. Si certaines thématiques domineront selon les intervenants -le programme est encore à définir-, les temps d’échanges qui suivront avec l’archevêque porteront sur l’ensemble des thématiques.

Intervention de Mgr Michel Aupetit

Intervention de Mgr Michel Aupetit le 23 mai 2018

Soirée bioéthique à la paroisse du Saint-Esprit.

Intervention de Blanche Streb

Intervention de Blanche Streb le 23 mai 2018

Soirée bioéthique à la paroisse du Saint-Esprit.

Procréation artificielle : l’inévitable basculement ? Entre sélection et conception sur mesure, allons-nous engendrer un monde meilleur ?

Merci Monseigneur de m’avoir invitée à l’une des 5 soirées bioéthique que vous organisez. C’est à la fois un honneur et une importante mission, les enjeux que nous abordons ensemble sont majeurs.
J’aimerais évoquer avec vous le basculement qui s’opère dans le domaine de l’AMP et nous amener à réfléchir ensemble à ces questions :

- Jusqu’où ira la procréation artificielle ?
- Quel impact les nouvelles biotechnologies de la procréation pourraient avoir sur les générations futures ?
- Dans quelle mesure l’instrumentalisation, la sélection, la chosification de la vie à son commencement peuvent transformer les relations humaines et la société ?

Actuellement le principal critère d’accès à la PMA, en France, c’est le critère de l’infertilité : et donc le cadre qui s’y attache celui qui correspond au réel, à la réalité concrète de la procréation humaine : le couple homme-femme, vivants et en âge de procréer. Pour une filiation crédible, dans l’intérêt de l’enfant ainsi conçu.
Si le critère de l’infertilité est abandonné : alors nous quittons de facto le domaine de la médecine. C’est un déséquilibre de plus dans ce basculement qui s’opère et qui va encore bien au-delà de l’injustice, déjà infiniment grave, de vouloir légaliser la fabrication d’enfants délibérément privés de père.

Je relèverai cinq enjeux concentrés dans ce basculement :

  • Le risque de la consécration d’un droit à l’enfant : et donc la porte ouverte à toutes les demandes, comme cela s’observe déjà ici ou à l’étranger (personnes plus en âge de procréer, procréation post-mortem, gestation pour autrui etc.).
    Pourquoi refuser aux uns ce qui serait permis aux autres, si c’est le désir qui fait loi ?
  • L’asservissement de la médecine et de la technique aux services des désirs individuels.
  • L’aspiration dans ce tunnel d’une procréation de plus en plus artificielle. Dont la cause n’est pas seulement la souffrance, bien réelle et bien concrète, de l’infertilité, malheureusement croissante dans nos sociétés industrialisées. Nous sommes comme "aspirés" dans une fuite en avant technique.
  • Le risque pour la France de basculer dans un marché de la procréation, avec le risque de fragiliser le principe de l’indisponibilité du corps humain et le principe de non marchandisation qui s’appliquent à tout élément du corps humain. C’est ce dernier principe qui énonce que le corps ou ses éléments ne peuvent être vendus, pour protéger les personnes contre elles-mêmes d’un consentement soumis à l’appât du gain ou à la pression du besoin d’argent. Ce sont des notions importantes et fortes de notre Droit dont nous pouvons être fiers, en France. Elles révèlent une vision particulière de la personne humaine.
  • Concrétiser un pas de plus vers la sélection et la conception d’êtres humains selon certains critères. Si l’enfant n’est plus un don mais un dû, s’il n’est plus simplement accueilli mais programmé, si sa conception est déléguée à la technique : inévitablement, le contrôle qualité se déploie, la tentation de le choisir, de le sélectionner, se répand, créant un nouvel eugénisme technologique. C’est la tentation du bébé sur mesure.

Les avancées de la science et la créativité humaine ont permis d’incommensurables progrès techniques. Nous pouvons nous en réjouir, nous en émerveiller, les progrès thérapeutiques et les prouesses médicales suscitent légitimement en nous une infinie gratitude, lorsque nos proches ou nous-mêmes, en bénéficions. La créativité humaine en ce domaine est extraordinaire, et le fait de « prendre soin » de l’autre est une magnifique et précieuse vocation de l’homme.
Mais dans le domaine qui nous rassemble ici ce soir, nous observons que la technologie s’emballe, s’impose, doit réparer ce qu’elle-même abîme, combine l’offre dictant la demande, façonne nos modes de vie et nos pensées, nous domine et risque de nous entraîner dans sa propre logique.

Pourquoi parler de sélection ?

Nous devons regarder en face, un nouvel eugénisme se répand, un eugénisme technique, consensuel, démocratique et bientôt… chronique, si notre société continue de s’y acclimater. De plus en plus, les embryons et les fœtus sont triés, passés au crible. A l’heure du « vivre ensemble » le droit à la vie n’a jamais été plus menacé. L’homme, au fond, s’est attribué le pouvoir de donner ou de retirer un droit à la vie à ceux d’entre nous qui sont à un stade d’immense vulnérabilité : au tout début de la vie. La technique aboutit aujourd’hui à cette situation : à juger quelle vie vaut, ou ne vaut pas, la peine d’être vécue.

Cet arbitraire tamis nous aurait peut-être tous mis au tapis. Nous pouvons nous demander qui d’entre nous passerait les mailles du filet que nous imposons à ceux qui construisent ce monde de demain ? Nous sommes tous génétiquement imparfaits.
Cet eugénisme libéral qui se met en place est largement induit par les biotechnologies. Et il commence désormais dans l’éprouvette. Car la FIV a rendu l’embryon « disponible », sous l’œil du scientifique, il n’est plus caché au cœur de l’union des corps. Inévitablement, un « contrôle qualité » des embryons s’est imposé, dont les parents n’étaient pas demandeurs, au départ, ce qu’ils voulaient, c’est un enfant, juste un enfant.

La sélection embryonnaire s’opère par un contrôle visuel ou une analyse de l’ADN : un diagnostic pré-implantatoire (DPI).
Ce diagnostic n’est pas sans conséquences. Il implique un changement de regard sur la procréation humaine. Et il y a une pression bien réelle pour la banalisation de ce passage au crible des embryons. L’élargissement des indications de DPI est en débat dans ces Etats Généraux.

On observe un véritable toboggan : les maladies graves et incurables justifient ces tests. Puis le glissement s’opère : on recherche ensuite des anomalies moins graves, puis de simples prédispositions, ce sont ces gènes dont on sait qu’ils sont un facteur de risque pour déclencher tel ou tel type de maladie, dont rien pourtant n’assure avec certitude de la survenue. Je vous partage un court témoignage. J’ai une amie, une ancienne collègue qui a eu un cancer du sein à 50 ans. Elle a suivi un traitement, radio, chimio etc. avec un courage et une force morale édifiants. Elle a traversé cette lourde épreuve. J’ai appris, longtemps après, que son cancer était relié à une prédisposition génétique familiale. Prédisposition devenue aujourd’hui un critère pour éliminer les embryons qui en sont porteurs. C’est une indication de DPI. Aujourd’hui, cette amie n’aurait peut-être pas son ticket d’entrée dans l vie. J’ai eu une prise de conscience. Sans dénier l’épreuve que représente une telle maladie, à supposer qu’elle se déclare, comme cette femme aurait manqué au monde !
Si la maladie l’avait fauchée, ce qui aurait été un drame, sa vie, certes de juste 50 ans, n’aurait-elle pas valu le coup ? Son visage me revient toujours au cœur lorsque je pense à tout ça. Se savoir porteur peut par contre présenter l’intérêt de pouvoir orienter vers une surveillance particulière pour prévenir le déclenchement d’une maladie.

Et continuons la descente du toboggan : ce sont ensuite des critères esthétiques qui peuvent être recherchés – la couleur des yeux est un marché qui s’ouvre. Quel besoin que son enfant ait les yeux de telle couleur ? Le désir naît car la technique le permet.
Aux États-Unis, pour quelques milliers de dollars, des couples qui ne sont pas infertiles font des FIV afin de faire trier leurs embryons pour ne garder que ceux dont le sexe convient à leur attente. Voici que la discrimination entre les garçons et les filles se technicise, et s’invite dès l’origine de notre vie : au stade de quelques cellules.

Allons-nous vers la mise en place du DPI pour tous, c’est-à-dire pour tous les couples ? Et pour tout, c’est-à-dire pour décrypter ce que l’on sait déjà dire ou prédire ?
Pour trier les embryons, il faut les avoir sous la main et donc faire des FIV, même si l’on n’est pas infertile. Lorsque l’on fait des FIV pour des raisons d’infertilité les embryons sont à notre disposition : « alors pourquoi pas ne pas en vérifier la qualité ? » se demandent certains.
Ainsi, la procréation assistée appelle le tri, et le tri impose la procréation assistée.
La technique appelle la technique, et le phénomène s’emballe….

Aux États-Unis, des couples atteints de surdité ont recours à la sélection délibérée de leurs embryons porteurs de ce handicap, les sains sont rejetés. Pourquoi ? Car ils souhaitent transmettre leur propre handicap en héritage pour que leur enfant partage complètement leur mode de vie.
Si tout n’est qu’une question de désir individuel, il n’y a plus de limite.

Ces techniques, mais surtout aussi la mentalité qu’elles impliquent, amènent l’enfant à ne plus être accueilli pour ce qu’il est, mais reçu « sous conditions ».
Toutes ces techniques portent en elles un effet anxiogène et culpabilisateur. Des couples qui souhaitent avoir des enfants, même s’ils pensaient simplement faire l’amour pour les concevoir, en entendant parler de ces possibilités de tri ou d’amélioration, peuvent se retrouver devant une offre technique qui s’imposerait d’elle-même.
Et puis ensuite, irions-nous vers un permis ou un agrément génétique étatique avant de faire des bébés ?

Pourquoi parler de « conception sur mesure » ?

L’autre revers de la médaille dans cette tentation de toute puissance, c’est celle du bébé à tous prix. La marchandisation des gamètes et des ventres, et la technique, organisent ce qu’on peut appeler « de nouveaux modes de procréation » au service des adultes. Jusqu’où ira l’artificiel ? Les 3 points que je vais vous évoquer ont été soulevés par le CCNE lors de ces Etats généraux de la bioéthique et pourraient donc faire partir du projet de loi. Certains ont déjà fait l’objet de recommandations favorables, notamment par l’OPECST .
1er point : les premiers bébés génétiquement modifiés sont déjà nés : au Mexique, en Ukraine. Ils sont nés de la technique dite de « FIV à 3 parents ». Les enfants ainsi conçus artificiellement possèdent 3 ADN différents. L’objectif, à la base, de cette technique est d’éviter la transmission d’une maladie par la mère. Mais les faits montrent que ce qui semble être le but, caché mais bien réel, est le marché de la procréation, en particulier un prétendu « rajeunissement » des ovocytes. La Grande-Bretagne l’a légalisé, en dépit d’alertes de pédiatres et de scientifiques car cette procédure qui n’est ni-sûre, ni efficace. Dans cette FIV 3 parents, les techniques de PMA sont utilisées pour concevoir délibérément des embryons malades, et la technique ensuite est convoquée pour les réparer.
La technique fait un appel d’air à la technique ! Pour mettre cela au point, de nombreux embryons sains sont utilisés et détruits. N’est-ce pas juste d’instrumentaliser des êtres humains existants pour un éventuel profit pour d’autres, qui n’existent pas encore ? Cette vision utilitariste de l’homme n’est pas digne de l’homme.
2ème point : les techniques qui permettent de modifier l’ADN, le code génétique. En effet, il est aujourd’hui possible d’ajouter ou de retirer un gène à l’ADN de n’importe quelle cellule, une sorte de « traitement de texte génétique ». Ceci n’est pas encore autorisé en vue de faire naître un enfant. Appliqué à des gamètes ou à l’embryon, ce type de technique constitue la voie la plus directe vers la création du bébé à la carte.
Enfin, les gamètes artificiels, nous n’en sommes seulement qu’au stade de recherche. Ces gamètes artificiels sont fabriqués, par exemple, à partir d’une cellule adulte (une cellule de peau). Ces techniques ; si elles servaient à concevoir des embryons, laissent entrevoir la perspective de la procréation artificielle à partir de deux personnes de même sexe, ou encore « l’auto-procréation » ou la procréation à partir de 3 ou plus encore, personnes.
On peut se questionner : ici la science se met est au service du bébé à tous prix et se conforme à l’idée de le fabriquer en lui faisant courir d’inconséquents risques sur sa santé. L’exact contraire de la quête du bébé parfait… Dans le monde du bébé sur mesure, tout et son contraire se mettent en place.
Ce sont de nouvelles menaces modernes et technologiques contre la vie.

Mais en y réfléchissant en conscience, ne pouvons-nous pas nous accorder sur les limites qu’il serait bon de poser ? Ne serait-ce qu’au nom d’un principe de précaution : car ce dont nous parlons, ce ne sont même pas simplement des essais sur l’homme, mais des essais d’hommes. Les enfants ainsi conçus sont les cobayes de la technique qui contribue à les créer. Ils seront tous, systématiquement, leurs propres tests grandeur nature. Car même si les techniques deviennent plus pointues, ce qui ne changera jamais, c’est la singularité de chacun, le fait que chaque embryon sera toujours unique, car son génome sera unique.

Est-ce que la sélection et la conception sur mesure contribueront à construire un monde meilleur ?
Allons-nous gagner en liberté ?
Posons-nous cette question pour l’enfant.

Est-ce si facile pour un enfant de savoir qu’il existe parce qu’il a obtenu le droit de naître sous conditions, à la suite d’un tri, d’une amélioration ou d’un contrat posé sur lui ?
Un enfant fabriqué sur mesure pour s’ajuster au désir de celui, celle ou ceux qui l’auront commandé, peut-il vivre paisiblement cette situation et s’épanouir sans y penser ?
Peut-il se sentir libre d’être lui-même et non pas ce que d’autres (parents, société, techniciens de la procréation) auront voulu qu’il soit, au point de le sélectionner parmi d’autres ou d’intégrer à son corps biologique (son génome, par exemple) un élément lui donnant le droit de vivre ?
Contesteront-ils un jour leur mode de conception ? Car on fait des enfants….qui ne se laissent pas faire !
Devrons-nous défendre un jour un droit à un héritage génétique non modifié (selon l’expression d’Habermas) ?

Et du côté des parents ? Allons-nous garder la liberté de faire des bébés sous la couette ? Au petit bonheur la chance ? Cette tentation de maitrise, qui au fond ne maitrisera pas grand-chose, est une forme de fermeture à l’imprévisible, qui risque d’apporter son lot de souffrances.

Allons-nous gagner en égalité ?

Nous ne naissons pas génétiquement égaux, au contraire, nous naissons génétiquement uniques !
Mais nombre d’enfants naissent déjà après avoir été génétiquement sélectionnés, triés. Cela revient à dire que beaucoup d’autres sont éliminés. Et même en « PMA classique » si l’on peut dire, toutes méthodes confondues, il aura fallu créer 18 embryons pour une naissance.

Nous naissons libres et égaux en droits, le tout premier article de la Déclaration des droits de l’homme, encore une fierté française. Peut-on voir une rupture d’égalité qui se manifeste désormais, non à la naissance, mais encore plus tôt ? Lors de la vie utérine, voire in vitro, voire même dans la conception mentale (le projet) précédant la conception artificielle ?

Quelle égalité prétendre défendre quand une forme de racisme génétique se met en place ?
Réalisons- nous que ces nouvelles technologies créent de nouvelles discriminations ?
L’inégalité sociale sera-t-elle bientôt programmée dans notre ADN ? Si nous imaginons une humanité constituée demain de personnes « génétiquement modifiées » versus des « bébés sous la couette », se dessine alors une rupture anthropologique d’un nouvel ordre.
Ceux qui seraient programmés pour être « génétiquement nantis » ne seront d’ailleurs pas obligatoirement les plus favorisés. Les « génétiquement libres » pourraient n’avoir rien à leur envier… mais au contraire, pourraient jouir d’un trésor inestimable : la liberté d’être soi !

Allons-nous gagner en fraternité ?

Nous le voyons déjà par exemple pour les prêts : ceux qui ont été malades ont déjà bien plus de mal à obtenir une assurance et un prêt. Que deviendrait la transmission de nos données génétiques aux assureurs, aux mutuelles ?
Dans le futur, les personnes porteuses d’une maladie qui aurait pu être détectée, et donc contribuée à leur éviter de naître, auront-ils encore accès à la solidarité de tous, comme lors d’un accident ou d’une maladie imprévue ?
« Si la sensibilité personnelle et sociale à l’accueil d’une nouvelle vie se perd, alors d’autres formes d’accueil utiles à la vie sociale se dessèchent. »
Protéger le plus petit d’entre nous dispose ensuite à protéger chacun de nous. Il est le référentiel, l’étalon de notre humanisation.
C’est l’accueil de l’autre qui prépare à la solidarité et au service.

Quels signes d’espérance ? Et que faire pour construire un monde meilleur ?

La prise de conscience écologique, de la biodiversité qu’il nous faut protéger, le souci de notre maison commune, cette compréhension à laquelle nous accédons de plus en plus que « tout est lié » sont des signes d’espérance face à la brutalité de l’individualisme et du relativisme qui gangrènent nos sociétés. Le même sursaut bioéthique devient nécessaire. La biodiversité de l’homme aussi est en danger !

Je vois de magnifiques signes d’espérance dans tous ces couples qui continuent, malgré la peur et les pressions extérieures, à garder leur bébé. Les mauvais présages se révèlent parfois inexacts, les bébés déjouant les tragiques destins auxquels la froide technique les prédestinait.
Même en cas de diagnostic avéré, certains parents sont comme saisis aux entrailles à l’annonce d’un handicap et se sentent encore plus vite parents de l’enfant, au sens de responsables et protecteurs. Le besoin de prendre soin de ce petit, plus fragile encore que ce qu’ils s’imaginaient, leur donne une force et un courage qui déplacent les montagnes et forcent l’admiration.
Malgré l’épreuve et sans en minimiser les difficultés, des parents témoignent souvent de leur bonheur d’avoir à leurs côtés cet enfant, car c’est leur enfant…

Je pense par exemple à cette très touchante communauté « Tombée du nid » qui rassemble des familles concernées par ces questions : l’accueil, l’adoption ou la vie avec un enfant malade ou fragile, et qui partagent leurs touchantes histoires, vibrantes d’humanité, de réalités humaines mais aussi et surtout d’amour. Comme celle vécue par Benoit et Marie-Axelle, les parents du petit Gaspard entre Terre et Ciel qui a ému toute la France. Ils nous disent dans leur livre « refuser toute méthode de procréation médicalement assistée, qui leur garantirait de donner la vie à un enfant “sain” » car ils expliquent se « sentir incapables de décider quelle vie mérite d’être vécue ou non. Avoir éprouvé au fond de ses entrailles de manière concomitante la fragilité de la vie et son incomparable richesse invite à considérer chaque décision dans ce domaine avec une infinie précaution. Sans dogmatisme, mais sans angélisme non plus ».

Ce sont tous de lumineux témoins et de puissants antidotes à cette culture du bébé parfait ou du bébé sur mesure.

Que faire et que proposer ?

Je souhaite proposer quelques bien humbles pistes de réflexion.

- Nous libérer des injonctions et en particulier de la technique. Arrêtons de croire qu’il y aurait une solution ou un besoin technique à tout. Nous devons parfois avoir le courage de dire « ces techniques existent mais nous n’en avons pas besoin ». Car un progrès technique n’est pas toujours un progrès humain !

- Continuer les recherches sur les causes de l’infertilité, dont l’explosion est très préoccupante, il est important de les poursuivre et de proposer, quand c’est possible, les moyens d’y remédier, de manière éthique et intégralement respectueuse de l’homme, de la femme et bien sûr de l’enfant.

- Refuser de nous voir affublé un code-barres génétique : sans nier l’importance de la pièce maîtresse qu’est le génome, unique et en ce sens-là : infiniment respectable, nous sommes plus qu’un « code-barres génétique » : l’être humain ne peut se réduire à son ADN, ni s’expliquer par la seule lecture des quatre lettres de son ADN. Il ne s’agit pas d’une boule de cristal ! L’ADN ne permet pas de tout connaitre. Loin de là. Le génome humain contient encore et peut-être pour toujours bien plus de mystères que de certitudes.

- Protéger l’éthique de la science qui s’honore quand elle se met pleinement au service de l’homme, sans jamais le réduire à un objet, la science doit nous servir mais pas nous asservir

- Encourager le législateur. La France, premier pays au monde à s’être doté de lois bioéthiques, a une vocation particulière. Oui, la France fait encore un peu figure de modèle et d’îlot de résistance. Tant mieux ! Nous n’avons pas à nous sentir acculé à nous aligner sur les moins-disant éthiques, à nous soumettre aux lois du marché, à un pseudo sens de l’histoire, ou aux revendications contraires à la dignité humaine. La force de la raison doit gagner sur les raisons de la force. Rappelons sans nous lasser que la mission de la loi est de protéger les plus vulnérables.

- Cultiver une ouverture à l’imprévisible. Accepter l’imprévisible et composer avec lui. Non, on ne maitrise pas tout. Et heureusement ! La vie est un sacré risque à prendre !

- Un consentement à une vie pleinement humaine, faite, il est vrai de limites. J’évoque dans mon livre un « principe vulnérabilité » : bien humble clin d’œil au « principe responsabilité » de Hans Jonas. Je pense que si chacun se sait, s’assume et s’accepte comme vulnérable, alors la vulnérabilité devient la pierre d’angle des relations humaines. C’est ce qui nous relie, nous donne un sort commun, suscite notre solidarité et notre fraternité. Partager une commune vulnérabilité, c’est reconnaître à chaque membre de la communauté humaine une commune dignité, le meilleur moyen de « passer de la générosité à la communion » selon les mots de Jean Vanier.

- Et j’ose ajouter tout de suite : nous ne sommes pas que vulnérables ! Notre corps biologique est une « machine » extraordinaire. Si on voulait l’inventer de toutes pièces, on n’y arriverait pas ! Pendant mes études de pharmacie, matière après matière, biologie, physiologie, biochimie, embryologie…je n’ai eu de cesse de m’émerveiller sur la complexité extraordinaire du corps. Contre l’idéologie transhumaniste : redécouvrir la majesté du corps humain me semble essentiel.

- Nous sommes appelés à rappeler la valeur de toute vie humaine, prise dans sa globalité et accueillie pour ce qu’elle est. Un bébé parfait car son génome serait parfait n’existe pas. Ayons à cœur de nous souvenir que chacun est là pour ce qu’il est, imparfait peut-être, mais unique et irremplaçable. Là pour un destin ou un dessein qui nous dépasse, qui ne nous appartient pas. Sans cette boussole, qui oriente le vrai progrès moral et social, ces technologies se retourneront contre l’homme.

- Cultiver le goût de la vie, qui vaut toujours la peine d’être vécue. Cultiver la confiance, dans la capacité de l’homme à écouter sa conscience. Cultiver l’espérance. Habiter et aimer pleinement notre temps, voilà peut-être les secrets pour contribuer, humblement, à transformer positivement notre époque. Le Pape Francois nous encourage : « Tout n’est pas perdu, parce que les êtres humains, capables de se dégrader à l’extrême, peuvent aussi se surmonter, opter de nouveau pour le bien et se régénérer, au-delà de tous les conditionnements mentaux et sociaux qu’on leur impose. Ils sont capables de se regarder eux-mêmes avec honnêteté, de révéler au grand jour leur propre dégoût et d’initier de nouveaux chemins vers la vraie liberté. Il n’y a pas de systèmes qui annulent complètement l’ouverture au bien, à la vérité et à la beauté . »

Contre la toute-puissance technique, je pense aussi que nous avons à ré-humaniser notre regard sur l’embryon humain. Humain, il l’est pleinement, ceux qui le désirent tant nous le prouvent infiniment. Ce qui a besoin de s’humaniser, c’est le cœur de celui qui le contemple
Nous avons aussi à redécouvrir la beauté de la maternité, parfois décriée comme une source d’inégalité ou une contrainte infligée aux femmes. La maternité est, je crois, le lieu par excellence de la vulnérabilité, source de communion. Je crois que la grossesse pourrait bien être cet événement unique, puissant, mystérieux et prodigieux pour lequel la nature humaine dépassera toujours la technique. Qui peut croire que la machine fera mieux que la femme ?

Quel monde voulons-nous demain ?
Nous voulons tous un monde meilleur. Je crois que quand on est du côté de la vie, on est du côté du progrès, celui qu’on choisit, non pas celui qu’on subit.
Continuons à nous approprier ensemble tous ces sujets qui ne doivent pas être laissés aux politiques ou aux scientifiques. Et n’ayons pas peur d’en parler.
N’ayons pas peur d’annoncer, avec fermeté et avec bonté, la bonne nouvelle de la vie.
Ce n’est pas toujours facile, cela ne nous promet certainement pas la tranquillité, mais nous offrira assurément la paix, pour nous aider nous pouvons tous nous augmenter…. d’un supplément d’âme.

Je vous remercie.


- Voir le compte-rendu de la soirée bioéthique à Saint-François-de-Sales le 10 avril 2018.
- Voir le compte-rendu de la soirée bioéthique à Saint-Léon le 3 mai 2018.
- Voir le compte-rendu de la soirée bioéthique à Saint-Sulpice le 13 juin 2018.

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